‹ MontaigneChapitre 23 sur 100 · Voir BoNHEPOlf, op. cit · texte numérisé non relu

Voir BoNHEPOlf, op. cit

AVANT LA SAGESSE. (i.",

D'ailleurs c'était le moment d'expansion de la religion nouvelle. Elle n'était pas étroitement définie et Bon organisation restait lâche et flottante. Elle représentait des aspirations, plus qu'elle n'était une institution; elleavaitjc ne sais quoi d'indécis dans ses rêves et je ne sais quoi de généreux dans son prosélytisme. Qu'estce quelle voulait? guérir les abus dont soutirait l'Église, accorder la religion avec les progrès de la science, de la culture, de la civilisation; satisfaire le sentiment religieux en mettant le fidèle face à face, cœur à cœur avec Dieu. Et que l'Église eût des abus, que la scolastique dégénérée fût devenue déraisonnable et inhumaine, que les pratiques et les superstitions eussent envahi le culte catholique, qui en aurait douté surtout parmi les jeunes gens, élevés à l'étude de la philosophie antique, du droit romain, et delà Bible?

Tant que le protestantisme resta dans ces régions imprécises, et fut purement une réforme intellectuelle et cordiale, il exerça une séduction universelle. Quand il devint une religion organisée, quand il voulut être non le perfectionnement de l'ancienne religion pmïliée, niais son ennemi et son rival, surtout quand il dut, par la force même des choses, prendre les habitudes et les ambitions d'un parti politique, ce l'ut Uni : les humanistes attachés à la religion traditionnelle, à la religion de l'État, se tournèrenl contre Le protestantisme. Ainsi fit La Boétie, sans doute à L'époque où Ronsard passanl par La même épreuve prenait l<i même parti; ei peutêtre, si Ronsard ei La Boéticonl vécu la même histoire, i\ qu'ils s'étaient l'un l'autre consultés et concertés.

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point passé par cette période de sympathie, p lune de miel de L'humanisme avec la Réforme. vi jamais il a penché vers La Réforme, ce fat par piti plus tard; il lui a manqué ce rêve religieux dont Marguerite de Navarre s'enchanta. Du moins La Boétie, — ce n'est qu'une hypothèse, je L'avoue — L'a initié à cei étal d'âme.

La Boétie es! désormais catholique : mais il app tient à l'école du grand chancelier de L'Hôpital. Les gens d'Agen faisaient « les fols ». La cour y envoie de Burie, lieutenant du Roi à Bordeaux, avec Les insu lions suivantes : « Vous ferez bien entendre aux principaux que vous ne venez point là pour les châtier pour le fait de la religion qu'ils tiennent... Et. pour cette cause, qu'ils demeurent en paix et vous aident et assistent, comme ils ont offert, à punir tels séditieux qui se couvrent d'eux et de leur faveur à toute impiété et scandale, étant certains et assurés que, pour leur religion, vous ne les molesterez, ni travaillerez aucunement, pourvu aussi que de leur part ils se comportent avec tant de modestie et de discrétion qu'ils ne vous donnent occasion de changer de délibération » . Or de Burie se fait accompagner d'Etienne La Boétie, « fort

docte et homme de bien », comme il écrit au roi. La Boétio est le conseil de Burie; c'est celui que Théodore de Bèze accuse, quand Burie a le tort de donner tort aux Réformés. Mais ce n'est pas de zèle ou de fanatisme (jue Bèze accuse La Boétie ; au contraire : ledit conseiller, écrit l'historien protestant, « ne se souciait guère de la religion romaine ». Il se souciait à tout le moins de la paix et de la concorde. Au moment d'entrer en agonie, il fait appeler le sieur de Beauregard, frère de Michel de Montaigne, et huguenot, et il lui tient le petitdiscours suivant : « Je vous jure que, de tous ceux qui « se sont mis à la Réformation de l'Église, je n'ai « jamais pensé qu'il y en ait eu un seul qui s'y soit mis « avec meilleur zèle, plus entière, sincère et simple « affection que vous. Et crois certainement que les « seuls vices de nos prélats, qui ont sans doute besoin « d'une grande correction, et quelques imperfections « que le cours du temps a apporté en notre Église, vous « a incité à cela. Je ne vous en veux pour cette heurt? « démouvoir : car aussi ne prie-je pas volontiers « personne de faire quoi que ce soit contre sa cons- « cience. Mais je vous veux bien avertir, qu'ayant res- « pect ii la bonne réputation qu'a acquis la maison de a laquelle vous êtes par une continuelle concorde... « ayant respect à la volonté de votre père.. <l<i votre « oncle, vos frères, vous fuyez ces extrémités : ne « soyez point si âpre et si violent; accommodez-vous à « eux. Ne faites point de bande et de corps à part. Joi- « gnez-vous ensemble. Vous voyez combien de ruines « ce> dissentions ont apporté en ce royaume; et vous

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et inconvénienti parmi votre tamille. ■ <>n rem quera, <-n Lisant cet paroles, qu< I Boétie i fait p i - ;i \i. de Bussaguet, une exhortation ndi. \rui pas Le convertir, il veuf l'empêcher de détru la violence des dissensions religieuses L'union de La mille. I itimenta de La Boétie ne Forent pas et i

Montaigne; an contraire, ils ont été le fond <!■ conduite ultérieure : point de prosélytisme, amour de la paix, esprit de justice, de tolérance, auquel il faut joindre l'esprit de conservation politique e( social.

La Boétie a une -une antique plus qu'une âme chrétienne. Il a ce sentiment républicain qu'on puise dans Tite-Live, dans Plutarque, dans Lucain, et qui s'accoiiim<>dr à merveille dn régime monarchique d'un empereur. Il eût mieux aim A \ \» qu'à

Sarlat, nous rapporte Montaigne : il écrit la S volontaire, mais « il avait une maxime souverainement empreinte en son âme, d'obéir et de se soumettre très religieusement aux lois sou-» lesquelles il était né... Il ne fut jamais un meilleur citoyen ni plus affectionné au repos de son pays ni plus ennuyé des remuementnouvelletés de son temps K » Il chantait les louanges d'Harmodius et d'Aristogiton ; mais si un flarmodius Aristogiton avaient ressuscité de sontemps.il les eût condamnés àl'écartèlement. C'était donc par l'imagination et par la science qu'il vivait avec l'antiquité, mais il y

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