‹ MontaigneChapitre 25 sur 100 · chapitre lu <1u 1i\ re il des / \n temps o < Les · texte numérisé non relu

chapitre lu <1u 1i\ re il des / \n temps o < Les

« nouvclletés <!<• Luther commençaient d'en! crédit et ébranler en beaucoup de li*'u\ L'ancienne créance . Pierre Bunel . Bai ant homme . chez Pierre Eyquem de Montaigne . la pour Le •• fermir ■■ dans La foi et Le préserver de L'athéisme, la Theologia naturalisa rive liber creatureu (lcH."i\ mond Sebond. Pierre Eyquem oublia ce Livre 1 temps. . Quelques jours avant sa mort, 1 ayant de fortune rencontré sur un tas d'autres papiers abandonnés », il commande à son fi K Michel de Le lui mettr< français. « C'était une occasion bien étrange e1 nou- « velle pour moi, écrit celui-ci; mais tant de fortune « pour lors de loisir, et ne pouvant rien refuser au « meilleur père qui fut onques, j'en vins à bout comme « je pus; à quoi il prit un singulier plaisir, et donna « charge qu'on le fit imprimer... Je trouvai belles Les « imaginations de cet auteur, la contexture de son ou- « vrage bien tissue, et son dessein plein de piété. »

Les pensées du théologien espagnol pénétrèrent profondément dans l'esprit de Montaigne et modifièrent son tempérament intellectuel.

Montaigne aime beaucoup la lecture : mais d'ordinaire ses maîtres-livres, il les prend, les quitte, les reprend: c'est par boutades. Ce livre-là, il s'y attache, il le

scrute, il le pénètre, il ne cesse, pendant des mois et des mois, de vivre avec lui. Certes il a l'air de dire dan^ les Essais qu'il y travailla en gentilhomme,

« Je n'ai demeuré qu'un quart d'heure à le faire. »

Mais il a demeuré plus d'un quart d'heure à entendre son auteur, et à le traduire. La Théologie naturelle avait été, non pas traduite, mais adaptée par Jean Martin qui l'avait abrégée et mise en dialogue. Il n'est pas douteux que Montaigne ne connût cette œuvre de l'ancien secrétaire de Maximilien Sforce. Il a voulu faire plus et mieux. Il a vraiment traduit, tout traduit, en respectant le mouvement et les divisions de l'original : mais il est arrivé, et il s'en vante, à mettre en beau français, clair, élégant et animé, le latin sec et abstrait de son auteur. « J'ai, écrit-il, taillé et dressé de ma « main , à Raymond Sebond , ce grand Théologien et « Philosophe Espagnol, un accoutrement à la Française : « et l'ai dévêtu autant qu'il a été en moi, de ce port farouche et maintien barbaresque, que vous lui vites « premièrement, de manière qu'à mon opinion, il a « meshuy assez de façon et d'entregent pour se pré- « senter en toute bonne compagnie. Il pourra bien être « que les personnes délicates et curieuses y remarque- « ront quelque trait et pli de Gascogne; mais cela Leur « fera d'autant plus de houle, d'avoir par leur non- « challance laissé prendre sur eux cet avantage à un « homme de tout point nouveau e1 apprenti en telle be- « sogne1. » De cet « accoutrement à la Française », par

1. Dédicace de Montaigne à son pne m tête <!<• la Théologie naturelh .

lequel Montai le p< be et l<

Lien barbares [uedeSelwnd jen< ri qu'un exemple:

il est pris au chapitr i odindiquanl Le *J* — iri d<

bob Livre, s'exprime ainsi en latin : Il lionm po**ii venire ad ipsius cognitionem ne< lentem

• ordinem observare. Primo optimum viden

derare ordinem rerum inter se , et di dos

rerum ordinatarum in univi iderareqn

libef rem in se, ei quid habet in seipi u v< <• considerato, oportel comparare hominem qui « premus inter omnes rea mundi ad omnes ali -

• Et ista comparatio fit duobua modifl Primo é tper convenientiam, ei secundo perdifierentiam,itaquod

« necesse esi considerare quam convenientiam habet i liomo cum nliis rébus, e1 quam differentiam. P

ex ista convenientia et differentia manifestabuntui « omnia quae scire debemus do homine « t de Deo. Quia <( per illa qua1 sunt inferiora hommis itmeramus « asccndimus ad hominem, et per hominem bnus i « ascendimus in Deum , sicut per veram scalam per « quam debemus ascendere in cognoscendo. Âlitei « impossibile veritatem cognoscere recte. Ita quod duo « sunt ascensus, et dua? dieta>. Prima dieta est. primus « ascensus et est de omnibus inferioribus usque ad « hominem. Secunda dieta et secundus ascensus est de « homme usque ad Deum. » Ce latin-là est bien aride et ce développement bien scolastique. Du moins semble-t-il avoir les qualités de ses défauts, la netteté, la précision, la rigueur. Eh bien, regardez la traduction de Montaigne. Sans être moins nette . moins précise ,

moins rigoureuse, elle est plus brève, plus expressive, elle a de l'élégance et de la distinction. « Voici le train « qu'il lui faut tenir pour parvenir à sa connaissance. « Premièrement qu'il considère la valeur de chaque « chose en soi, et puis la générale police de cet uniu vers, distribuée en différentes dignités et divers rangs « de créatures. Cela fait, il lui faudra comparer « l'homme qui en est la plus noble et première partie « à toutes les autres, et les comparer en double façon : « tantôt regardant en quoi il convient, tantôt en quoi « il diffère d'avec elles. De cette ressemblance <»u dis- « semblance s'engendrera en lui l'intelligence qu'il « cherche de soi, et, qui plus est, celle de Dieu, son créa- « teur immortel; car, par la voie des choses inférieures « il s'acheminera jusques à l'homme, et, tout d'un fil, il « enjambera de l'homme jusques à Dieu. 11 est impos- << sible d'arriver par ailleurs à cette double connais- « sance. Ce sont deux montées et deux traites à faire : « l'une par les choses qui sont au-dessous de L'homme « jusques à lui; et la seconde, de lui jusques à son « Créateur. » Certes ce n'est pas un des morceaux les plus colorés, et les plus heureux do la traduction de Montaigne1; mais c'est un de ceux qui raontrenl le mieux avec quelle minutie Montaigne a travaillé, Ce Labeur indéniable suppose une fréquentation quotidienne, un quotidien effort pour entrer dans la pensée de Raymond

1. M. Siapfer cite une page d'un parallélisme fort curieux, dont Montaigne s'imitani loi-même, i reproduit le mouvement dans mi Essais, i. a I, \:<\. M., j>. ion f s i m-i br, la FamUh et les amis de Montaigne, p. 328). Il y a d'ailleurs l>i<'n <\r>. pages beaucoup plue brillantes.

71» MuM \|i, M .

Sebond , pour la tourner et retourner jusqu p-

p ii ni e la traduction adéqu ite cl pourtant i :

11 v a plus, La traduction ache\ - i Montaigne pas abandonnée, il i continué ft s'infc elle, il

|»lï>> ;i BOD C'ulllptl' 1rs ci-iliïjllrs .fil

avanl d'écrire V Apologie de Raymond de Si rompu en sa faveur bien des lances. !>•• la sorte l'influence de La Théologie naturelle n'a p nfluence forte ei passagère, elle s'esl prolongé elle a été une influence forte e1 durable.

La Théologie naturelle entend donner à L'homme la connaissance de Dieu ei de soi-même ». La seien (jirellc enseigne rend L'homme content, humble, gracieux, obéissant, ennemi du vice et du pi . ;n<>u-

reux de vertu, sans l'enfler pourtant ou L\ - teillir par sa sufiisance ». Cette connaissance de soi-même, cette science, qui seront l'objet même des E dos gens les promettent, ce sont les philosophes et Les théologiens. Sebondsepasse desunsetdes autres, comme Montaigne s'en passera : « Et n'est besoin que personne u laisse à lire ou apprendre la doctrine de ce livre, par « faute d'autre doctrine : car elle ne présuppose ni la « Grammaire, ni la Logique, ni autre art libéral, ni la « Physique ni la métaphysique. Elle est commune aux « laïques et aux clercs, et à toutes manières de gen> : « et si se peut comprendre en un mois et sans peine. Il « ne la faut apprendre par cœur ni en avoir des livres.. . « Elle ne se sert d'arguments obscurs, qui aient besoin (( de profonds et longs discoure, car elle n'argumente

« que par choses apparentes et connues à chacun par « expérience, comme par les créatures et par la nature « de l'homme; par lequel, et par ce qu'il sait de soi, elle « prouve ce qu'elle veut; et principalement par cela « cfu'un chacun a essayé en lui-même. »

Toutes les promesses, toute la méthode, toute La physionomie des Essais, sont déjà données dans ces lignes, et jusqu'au mot Essai : « par cela qu'un chacun a essayé en lui-même ».

Cette science merveilleuse, ces « conceptions hautaines », que Montaigne admire, les voici.

Sehond apprend à l'homme à regarder 1' « Université des Choses ». Et nous apercevons d'abord la terre, les minéraux, et les métaux et 1' « azur qui excède tout métal en valeur », et le ciel, et les corps célestes, et aussi « toutes choses faites par art ». C'est le premier échelon, c'est l'échelon de l'être ; on n'y reconnaît en effet que /V/rc. Mais déjà les herbes, piaules et arbres mit plus que l'être, sont capables de naissance, de croissance, de mort; en un mot, vivent. Le second échelon c'est l'être et la vie, l'être vivant. Et voici les animaux: de toutes sortes, qui souffrent, qui se réjouissent, que l'appétit entraine; ils ont l'être, comme les choses brutes, la vie, comme les plantes, et la sensibilité qui n'est qu'à eux. C'est le troisième <\<'-vr de l'échelle, l' « ordre troisième, » où il y a être, vie et sentiment. A la « quatrième marche ><>nt les choses qui ont être, vivre, sentir, entendre, juger, vouloir et ne vouloir à leur fantaisie, c'est-à-dire le librral arbitre », c'est

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repose l'extrémité supérieur* de

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nous avons trow é les quali i leurs, *-t

une qualité nouvelle. Au degré suprême, non

aussi Les qualités de I' •■ Univenrit bre,

le vivre, le sentir, !«■ vouloir, mais, envel

l'absolu <1<' l'être el participant a L'absolu de I ■ ■ . !

Dieu « l'être, le vivre, le sentir et l'entendre v

Fond l'entendre cl le Libre-arbitre ne sont autre chose

<( Son être est toutes ch . 1 1 toutes ch<

être i . Ici Raymond Sebom b i ani Les p] les plus nobles métaphysiciens s'engage dans la science de l'être; <'t. sous la plume de Mont . il s'exprime magnifiquement, o Croyons donc certainement, que Dieu <*>( constant <•' permanent en sonesa sans se changer et sans se mouvoir de l'un à Tant: qu'il n'a point un être et un être à venir, mais un être toujours présent. Somme, Dieu est une mer. un gouffre et un profond abime d'essence, sans fond, sanbord et sans mesure, et qui n'est tenu de son être à personne. Ainsi est-il premier, très simple, infiniment éloigné du non-être, et par même moyen très actuel, très parfait, très immuable et très immortel. »

Tel est le point de départ de Sebond. Par une comparaison suivie entre l'être de Dieu et l'être des chose-, le « vivre », le « sentir », 1' « entendre » de Dieu et celui de la créature, il constitue une théodicée très détaillée, aboutissant par une voie vraiment royale aux dogme-

chrétiens de la Trinité. Le lecteur attend!' et informé comprend, en lisant ces pages, l'admiration de Montaigne.

Cela fait, Sebond entre dans l'étude même de l'homme, niais' sans jamais isoler l'homme de ce monde dont l'homme n'est qu'une partie : « Tu es une pièce de l'ordre des choses, tu fais un corps avec elles et une Hiérarchie, dit-il ». Et il écrit ailleurs. « Que l'homme étudie donc et s'exerce h connaître les choses inférieure Plus il s'attache et joint à elles par affection, pins il 1<^ a en son intelligence, plus clairement aussi se voit-il et son facteur... Faisons donc que la science des choses naturelles augmente toujours en nous... » Telle est la méthode qui conduira de proche en proche Sebond a toutes les vérités, non seulement de la théologie, mais de la discipline môme et de la vie chrétienne et jusqu'aux plus menues prescriptions de L'Église catholique.

Mais cette méthode d'observation et de comparaison ne saurait s'appliquer sans un principe directeur. Le principe directeur de La dialectique de 11. Sebond est bien curieux et bien inattendu : ce n'est ni Le principe de contradiction, ni le principe de causalité; c'esi le principe de convenance; il faut dire plus, sa dialectique suppose la confiance dans Le mouvement de noire nature, dans Le cri de tout noire être. « Il n'y a point de « doute que l'homme ne soit tenu d'accepter, d'affir- « mer et de croire la vérité qui lui apporte plus d'uti- « lité, de commodité, de perfection ei de dig-nité en » tant qu'il <isi homme, par laquelle il peut engendrer

BO m i ugni .

en soi <lu contentement, de la con >n, de I

rance de la confiant e, de la suret !<•

déplaisir el le d< es poir ; et pai i quent t

« embrasser celle </m est />l" nimnhh « / j>i

h de sa nature, ti en laquelle il y a pin de bien, et nier et me fopp<

COntrai rr à rel/r-Ià, roiniiH* IVhism- < t • - 1 1 m-ui i»- »!•■ son

«< profit. Là. où, s'il fait an rebours, il al ioi-

« même de Bon entendement, il renverse entière « la règle générale <l<i nature, il com me et

« l'ordre universel des choses*

Nous ne suivrons pas jusqu'à la fin L'effori si remarquable de R. Sebond. U suffira de noter que sainf François de Sales el Pascal, sans compter dTfrfé, ont beaucoup profité de la Théologie naturelle. le ne suis p certain que Pascal l'ait lue, dans le 1 - de H »nl ûg :

peut-être s'est-il servi de L'édition latine donnée à Lvon en 16i8, chez Pierre Compagnon; m coup sûr

d'Urfé et saint François de Sales ont pratiqué la traduction même de Montaigne. Et celui qui a encore le plu- pi fité de cette traduction, c'est Montaigne lui-même.

Il a retenu d'abord l'idée d'une sagesse ou d'une philosophie, qui ne suppose aucune science abstruse, qui es! enseignée, naturellement et simplement par le spectacle même du monde, qui rend la vertu aisée, l'homme aimable et heureux, et qui est de tous les instants, de tous les Ages, pour tous les hommes et pour toutes les professions.

Puis il a appris qu'il y a grande présomption et ridi-

cule erreur chez l'homme, à se considérer comme d'une

autre sorte que le reste du monde, à se regarder comme

un monde, dans le monde. L'homme n'est qu'une pièce

de l'universel ordre des choses. Il ne peut se connaître,

il ne peut remplir sa destinée, qu'en reprenant humble- •**£££

ment sa place dans la « police » du monde.

La faculté particulière à l'homme, celle qui le caractérise et le classe, c'est pour Raymond Sebond la faculté cle juger et de vouloir : et cette leçon encore ne sera pas perdue pour Montaigne; désormais il consacrera sa vie, non à devenir plus docte, mais à s'exercer à juger et à juger librement, directement.

Le jugement chez Montaigne ne sera pas gouverné par les raisonnements et « ordonnances aristotéliques et logiciennes ». Montaigne se mettra en face des choses, sans intermédiaire de méthode, de préjugé ni d'idée antérieure, et il jugera selon l'instinct secret qu'il porte en lui, selon L'instinct de vérité qui discerne les choses « où il y a plus d'être et plus de bien ». Et c'est toujours la leçon de Raymond Sebond.

Enfin ce « naturaliste » ', ce « positiviste » qu'est Montaigne se trouve être, en quelques-unes de ses pages les plus belles, un ontoiogiste; e1 si son scepticisme lui vient de la considération des hommes, on peut dire qu'il ne lui vient pas moins d'une conception toute métaphysique de Dieu. C'est pour être trop entré dans la pensée de Raymond Sebond, que Montaigne a creusé an abîme entre

1. Dans une variante - effacée - de lïexemplaire de Bordeaux, Montaigne s'applique ce mol a loi-même, et on peu dans le sens où nom employons le mot de positiviste.

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