I. I, 20, Éd. M., i
HH MOU i \i«.m
moi profiter doucement cl lu plaii
que jour : je m'ennuyait, je ne m'ennuie plus; j i met Essaie qui m'occupent ; je feuilleta mei lirret, aujourd'hui celui-ci, demain celui-là, selon les mj rieuses convenances de mes humeurs ef du temps. De puis la moH de La Boétie, ; plus l<
vraie, pure et souveraine amitié, mais le souvenir de La Boétie me reste el Les relations me man-
quent pas. .h> ne demande rien de plus. El toute ma
sse consiste à écarter ce qui pourrait m'empé* de savourer ce paisible bonheur quotidien. »
[déal bien réduit, idéal bien peu philosophiq que va-t-il sortir de là, de plus qu'un épicuréisnn lica t , si l'on veut, en tout cas um hon-
neur? Ne songe-t-on pas au mot d«- Pascal : le mol et lâche Montaigne ?
iMais il faut compter avec les circonstances.
Depuis Tannée 1569 la Guyenne est la proie de la guerre civile. Bordeaux est une riche ville, elle est enserrée entre les protestants de Béarn et les protestants de i'Aunis et de la Saintonge. Elle ferait une belle capitale pour ce roi de Navarre, qui n'a qu'un demiroyaume, et sur la tête de qui reposent le- espérances du parti réformé. Catholiques et réformés ont levé des armées, ont réuni des bandes. Les armées ont d'abord l'aspect religieux et discipliné ; bientôt la religion n'est
qu'un prétexte qui cache les ambitions basses ou féroces, les convoitises Apres, les haines particulières '. Les Chroniques bordelaises sont pleines de sentiments de colère et d'inquiétude. En 157V, la noblesse du Bordelais s'assembie et décide « qu'attendu les insolences insupportables des Huguenots, il fallait mettre en pied une armée pour les exterminer ».
La sécurité que donne un État bien réglé, quand la police des routes est faite, et que chacun peut jouir en paix de ses biens, s'évanouit peu à peu. On en revient, surtout dans les campaniles, à l'état sauvage, et à la barbarie des temps où on ne connaissait ni juges, ni tribunaux. Chacun ne peut compter que sur soi-même pour se défendre contre la haine ou la rapacité d'un voisin, contre le caprice d'un chef de bande qui passe.
Écoutez une aventure caractéristique : « Un quidam délibéra de surprendre ma maison et moi. Son art fut d'arriver seul à ma porte, et d'en presser un peu instamment l'entrée. Je le connaissais de nom, et avais occasion de me fier à lui comme de mon voisin et aucunement mon allié. Le voici tout effrayé, son cheval hors d'haleine, fort harassé. Il m'entretint de cette fable,
qu'il venait d'être rencontré à une demi-lieue de là
par un sien ennemi, Lequel je connaissais aussi, el avais ouï parler de leur querelle ; que eet ennemi lui avait merveilleusement chaussé les éperons, et, qu'étant sur-
I. Voir la belle biographie de Brantôme, par M. Ludovic Lalanne. M. Laltnne contrôle <'t complète i chaque instant le témoignage de Brantôme par celui de Montaigne. M. Lalanne me semble avoir bien rendu justice à l'historien qu'est Montaigne et que le philosophe et l'humoriste avaient tait oublier.
pria < t plus faible de beaucoup, il
te .1 sauveté; qu il i r.-nnl p<
lesquels il disait tenir pour morts cl
ii tout naïvement <!<• le conf< chip. Tantôt après voilà quatre on et puis d'autres, et d'autres encore après, 1 > i « - 1 1 équ ;m demeurant, et bien armés, jusqu'à vingt-cinq treille, feignants avoir leur ennemi 6 leurs tali mystère commençait è tatermon soupe, u. Je a ignorais pas en quel siècle je vivais, combien ma maison pouvait être enviée, et avais plusieurs exemples d'au de ma connaissance à qui il était mesadvenu <hi mên Toutefois je me laissai aller au parti le plus naturel et le plus simple, comme je fais toujoui qu'ils entrassent. Ceux-ci se tinrent à - ma
cour, le chef avec moi en ma salle. Il se vit maître son entreprise. Souvent, depuis, il a dit ^ nait pas de l'aire ce coûte, que mon visag ma
franchise lui avaient arraché la trahison des poings. Il remonte à cheval, ses gens ayant continuellement yeux sur lui pour voir quel signe il leur donnerait. 1 étonnés de le voir sortir et abandonner son avantage Cette aventure se passe, non au milieu de la mais durant une trêve, et le châtelain qui échappe ainsi par une sorte de miracle à la trahison de son parent, on le devine, c'est Montaigne.
Combien de fois s'est-il couché en se disant que cette nuit même on l'assassinerait J ! « En cette confusion où