‹ MontaigneChapitre 32 sur 100 · III. 82, Éd. I). et B., I. Il, p · texte numérisé non relu

III. 82, Éd. I). et B., I. Il, p

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s'ouvrir lea veines, Sénèque n'enéprou i tii«t. ■-«••.

fâcherie . Sa philosophie morale est on i ■ cl une cuirasse, bouclier et cuirasse d'usage, non de parade, derrière lesquels il a prouvé qu'il était invulnérable. Cette philosophie morale repose sur de ba considérations métaphysiques, sur «I»-- recherches scientifiques, sur une construction particulière de La logi pie, et en un mot c'est La morale d'un philosophe et il est certain que ni la métaphysique, ni la physique, ni la logique stoïcienne n'ont conservé Leur valeur pour un Français du w; siècle, pour un humaniste et pour un chrétien, quoique d'ailleurs Montaigne fût préparé par li. Sebond à certaines conceptions stoïciennes sur la « police du monde et l'universel ordre des cho» s niais Sénèque laisse à chaque instant oublier le subs philosophique de ses enseignements : il y a Luciliu^ et lui; il connaît le cœur de Lucilius, il dirige Lucilius; il n'instruit pas une intelligence: c'est un homme qui parle à un homme après s'être entendu avec lui sur les principes une fois pour toutes, mais qui ne fait jamais appel à ces principes.

Il suffit d'avoir un cœur comme celui de Lucilius une conscience du même ordre que la conscience de Lucilius. eût-on par ailleurs des idées toutes différentes sur l'épicycle de Mars, sur la valeur probatoire du syl-

LE STOÏCISMK. <).">

togisme, et sur lame du monde, pour pouvoir prendre à son compte les conseils de Sénèque, et, le cas échéant, les mettre en pratique1.

C'est ce que va faire Montaigne. D'autant mieux q Montaigne a un penchant et une tendresse d'âme en\ l'art de Sénèque. Ce sont deux: ('cri vains de même école, surtout en 1572. Montaigne aime un parler coupé, serré, nerveux; il cherche les formules brèves et brillantes; il se plaît aux antithèses, il ne dédaigne pas les pointes. Il y ajoute certes du pittoresque, et son imagination tantôt familière, tantôt poétique, met de la couleur, là où Sénèque se contente de l'esprit et de la linessc. N'importe; il imite, il pastiche Sénèque. Il introduit dans ses Essais des passages entiers de Sénèque traduits par lui avec une merveilleuse fidélité; et l;i suture ne se voit pas : c'est déjà Sénèque qui parle, qu'on croit encore entendre Montaigne.

Il en résulte que l'essentiel de la morale de Sénèque s'incorpore peu à peu à la pensée et à [a conscience de Montaigne. Le gentilhomme périgourdin, dans .son château battu [>ar h?s remous de la guerre civile, aurait le droit de trembler pour ses biens <•! sa vie; le maître de Luciliua lui apprend à ne pas Laisser troubler la tranquillité de son âme par la perte des biens, des parents, des amis, par la douleur, par la crainte de mort, à puiser son contentement en soi-même, et, distinguant ce qui dépend de nous de ce qui ne dépend pas de nous, à mettre le bonheur dans 1rs choses qui sont en

aotre pouvoir, Les aul

amuser Lee enfant» nu .< • lli s<»t>.

C'esl la même Leçon que l'Iui irq en d'autres termes il est vrai, d'une autre man

îii.ii- ,i\ ec antanl d'insistance e\ d\ Sans doute Plutarque esl l e du stoI<

ueilleux, paradoxaux, in ou <lu

moins qui Lui paraissent tels, choquent son l>"n * son amour du nature] 1 1 de L'aisé, sa piété enfin, sa p envers Les dieux de La cité. Mais il a beau dire, - 1 m raie esl stoïcienne. Voici une de ses Œuvres M rilais

dire un de ses Essais*. Il s'agit de La tranquillité de l'àinr et repos (]<• lVsprit . Montaigne a beaucoup lu cet opuscule, il en ;i cité à diverses repr luis des Irai: niants. Plutarque, naturellement, y Lance quelques pointes contre Les stoïciens; - L'on va

jusqu'au vif de ses aimables conseils, on y trouve I piration stoïcienne. Dès le début on discerne l'esprit du Portique : « Ni la chaussure patricienne ne guérit la « goutte des pieds, ni l'anneau précieux les j « le diadème de la douleur de tête; car -de qu<>i servent « les grands biens à délivrer l'Âme de toute fâcherie, « et à rendre la vie de l'homme tranquille, s'il n'y a « au dedans qui en sache user honnêtement, et si cela « n'est toujours accompagné du contentement, qui ne « souhaite jamais ce qu'il n'a point? Et qu'est-ce autre « chose, sinon la raison accoutumée et exercitée à re- « frener incontinent la partie irraisonnable de l'âme? »

1. Voir A. et M. Croiset. Histoire de la littérature grecque, t. V, p. 493.

Et plus loin, on reconnaît jusqu'aux formules et aux comparaisons dont se servaient habituellement les stoïciens : « Toute tranquillité d'esprit est en nous. L'é « nemont ou le sort du dé n'est pas en notre puissance, « mais recevoir modérément et doucement ce qui « plaît à la fortune nous envoyer, et disposer chaque « chose en lieu où elle puisse ou beaucoup profiter, si <( elle est bonne, ou peu nuire, si elle est mauvaise : « cela est de notre pouvoir et devoir. »

Or Montaigne, s'il lit Sénèque, lit autant et plus Ion temps1 Plutarque dans la traduction d'Amyot : Les Vies Parallèles l'intéressent; les Œuvres morales le passionnent. Il y prend des anecdotes, des formules, des mots, des tours et des passages entiers. Que de fois, lorsqu'on croit admirer Montaigne, c'est Âmyot qu'on admire ! « Le vice, lisons-nous au livre III, ch. u, des Essais, Le « vice laisse comme un ulcère en La chair, une repen-

tance en L'âme, qui toujours s'égratigne ei s'ensan- (( glante elle-même ■ : oh bien, c'est une phrase prise au traité d<* Plutarque de La Tranquillité de Vârm mise <mi place marchande; Plutarque dit :

« Le remords <1<* La conscience, je sais que j'ai coni- • mis telle méchanceté, Laisse comme un ulcère en la

chair, une repentance en L'Âme, qui toujours s'égran ligne et s'ensanglante elle-même.

En prenant tanl de choses à Plutarque, Montaigne y

I, i Plutarque qui etl detoni 1rs tuteurs <\uc je connaisse, celui qui;» mieui mêlé l'art à la nature et neut a la science. / tsais, ni. s.

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