Titre de l'Essai 20 du livre Ier
coutume d'avoir non seulement en l'imagination, mais continuellement la mort en la bouche, et n'est rien de quoi je m'informe si volontiers que de la mort des hommes, quelle parole, quel visage, quelle contenance ils y ont eu, ni endroit des histoires que je remarque si attentivement '. »
A cette « préméditation » il ajoute « l'exercitation ou l'expérimentation ». Certes il ne fait pas une romantique répétition de ses funérailles, à la Charles-Quint. C'est plus sérieux. Un jour, durant les second ou troisième troubles il a un accident terrible; il est précipité à bas de son cheval contre un arbre, il reste évanoui deux heures au bruit des arquebusades, on le tient pour mort. Puis il vomit du sang. « Par là je recommençai à « prendre un peu de vie, mais mes premiers sentiments « étaient beaucoup plus approchants de la mort que de « la vie. Cette recordation que j'en ai fort empreinte en « mon Ame, me représentant son visage et son idée si « pies du naturel, me concilie aucunement à elle. Il me
semblait que la vie ne tenait plus qu'au bout des lè- ■ vres. Je fermais Les yeux pour aider, ce me semblait, à « la pousser hors, et prenais plaisir à m'alanguir et me « laisse!- aller. C'était une imagination qui ue faisait .< que nager superficiellement «m moE ame, aussi t. -mire •« et aussi faible que toul le reste; mais, à la vérité, « non seulement exempte de déplaisir, mais mêlée à cette m douceur que sentent eeu\ qui se laissent emporterait
- unmeil. Je crois certainement que c'est ce môme état