III, 13, Éd. M. et J., t. Vil. p. SI
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cl difficiles qu'elle n'a accoutumé Eh bien, ma] tout, aui effets rlc li coliqu< m ftn iblc
de m i econnaltre, de suivre ion train -m-
battant la douleur et la soutenant , Et il b joui un magnifique optimisme : I le reprenne i
m» ii vent que je ae sens quasi plua d'entû M i f pure de douleur: je maintiens toutefois jusqu'à cette heure mon esprit <'ii telle assiette que, pourvu que j'y |>'
apporter de la constance, je nif trouve f-n assez meilleure
condition de vie, que mille autres qui n'ont ni fièvre, ni mal que celui qu'ils se donnent eux-mêmes parla Jante
de leurs discours !. »
C'est ainsi que Montaigne met en pratique ce premier précepte de la morale stoïcienne : 'Avégou suslim . Et voici comment il s'applique au second : 'Axégou abstin
L'homme se prolonge par une infinité de manières :
par ses affections ou ses haines, ses ambitions, - tintes, ses besoin» et ses passions. Mille liens, dans l'univers entier, suivant la belle expression de Sully- 1 dhomme, « vont de notre àmeaux choses ». La fortune, pour nous rendre malheureux, n'a pas besoin de s'attaquer à nous, de nous menacer des souffrance> e1 de la mort, il suffit quelle favorise notre ennemi, qu'elle g charne sur nos enfants, quelle démolisse nos projets. Nous faisons dépendre notre bonheur de cent choses qui ne dépendent pas de nous. .
La morale stoïcienne nous enseigne donc à être in-
1. Voirdans l'édition DezeimerisetBarckhausen tout l'Essai 37 du livrell.
2. Les réflexions qui vont suivre, disséminées un peu partout chez Montaigne, se trouvent résumées dans l'Essai 39 du livre 1 Ed. M. .
dépendants et solitaires. « Faisons, dit-elle, que notre contentement dépende de nous; déprenons-nous de toutes les liaisons qui nous attachent à autrui, gagnons sur nous, de pouvoir à bon escient vivre seuls et y vis re à notre aise. »
C'est Montaigne, naturellement, qui explique avec cette précision Yabstine des stoïciens, et il faut lire quels admirables développements il donne à sa formule et comment il se l'applique à lui-même dans ce chapitre \\\i\ du livre lr intitulé « De la Solitude ».
« Stilpon, étant échappé de l'embrasement de sa « ville, où il avait perdu femme, enfants et chevance, « Demetrius Poliorcètes le voyant en une si grande « ruine de sa patrie, le visage non effrayé, lui demanda « s'il n'avait pas eu du dommage. 11 répondit que non, « et qu'il n'y avait, Dieu merci, rien perdu du sien. « Certes l'homme d'entendement n'a rien perdu, s'il a <( soi-même. Quand la ville de Noie fut ruinée par les < barbares, Paulinus, qui en était évêque, y ayant h tout perdu, et leur prisonnier, priait ainsi Dieu :
Seigneur, garde-moi de sentir cette perte, car tu sais
« (ju'ils n'ont encore rien touché de ce qui est à moi. »
<( Les richesses qui Le faisaient riche, et les biens qui • le faisaient bon. étaient encore en leur entier. Voilà m ce «pie c'est de bien choisir les trés< ra qui s<- puissent nantir de l'injure, et de les cacher en lieu OÙ personne n'aille... 11 faut avoir femme, enfants et biens, el surtout de La santé, qui peut, mais non pas s\ atta- « cher en manière que notre heur en dépende. Il se faut réserver une arrière-boutique tonte nôtre, toute
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franche, on laquelle,nous établissons noire i raie I
«•i principale retraite si solitude. En i stte '-il
prendre notre ordinaire entretien de nous I non
m mes : «Ii-' -il iï f • '•! \ rire connu»- -;ins ("«mim
enfants et sans biem . sa m train et u ifin
que, quand l'occasion idi iendra de leur perte, il << nous Boil pas m nv< m de oous en : I i plus
« grande chose du monde, c'esl '!<• ...
« D'anticiper aussi les accidents de fortune, se pir
des commodités qui nous sont en main, - « même, coucher sur la dure, se crever ' iz,
<( jeter ses richesses emmi la rivière, rechercher la « douleur, c'esf faction d'une vertu excessive... Il ; « pour moi assez affaire sans aller si avant. Il me suffit, « sans la faveur de la fortune, m-1 préparer à sa défa- « veur et me représenter, étant à m< . le mal ad-
« venir, autant ([lie l'imagination peut atteindre... Je « vois à quels limites va la nécessité naturelle, et, ce « sidérant le pauvre mendiant à ma porte, souvent plus « enjoué et plus sain que moi, je me plant** à M place <( j'essaye de chausser mon àme à son biai<. Et, courant « ainsi par les autres exemples, quoique je pense la « mort, la pauvreté, le mépris et la maladie à mes « talons, je me résous aisément de n'entrer en effroi <( de ce qu'un moindre que soi prend avec telle patience... « Et, connaissant combien ces commodités accessoires « tiennent à peu, je ne laisse pas, en pleine jouissance, « de supplier Dieu, pour ma souveraine requête, qu'il « me rend content de moi-même et des biens qui naisu sent de moi. »
Voilà quelle est la « retraite » de Montaigne « formé* aux règles de la raison, et ordonnée et rengée par préméditation et discours ». Mais la solitude de « l'arrière-boutique » n'y est pas aussi absolue que Montai n'y 'ait quelque compagnie. Les stoïciens avaient coutume d'ennoblir les imaginations, de soutenir leur courage, par la présence idéale dans leurs pensées de quelque grand homme, de Socrate particulièrement : c'est un des moyens de leur pédagogie. Montaigne ne manque pas d'en user. « Présentez-vous toujours à L'imagi- « nation Caton, Phocion, etÂristides, en la présence des- « quels les fols mêmes cacheraient leurs fautes, et était hlisscz-les contrerolleurs de toutes vos intentions; si « elles se détraquent, leur révérence les remettra en « train. Ils vous contiendront en cette voie de vous con-
tenter de vous-mêmes, de n'emprunter rien que de « vous, d'arrêter et fermir notre âme en certaines et « Limitées cogitations, où elle se puisse plaire, et, ayant <( entendu les vrais biens, desquels on jouit à mesure >< qu'on les entend, s'en contenter, sans désir de pro- « longement de vie ni de nom '.
Il y a un point jusqu'où va le .stoïcisme; Montaigne \ aller, lui aussi. Après tout, ce1 édifice de la sagess stoïcienne n'est pas très robuste. <>n peut concevoir un moment où la douleur est telle, que la constance de L'âme en est submergée; certaines circonstances politiques rendent le monde inhabitable pour le sage. Dans ce .as Le s "- • a Le droit de se tuei . Le suicide, extrême
i. Éd. M.. :. I. p. S
conséquence, mais « « .n-« < j m* r >\>- In morale
Stoïcienne, le suicide sans lequel I. tant jan
certain de n'être pas vaincu par I
jamais L'entière tranquillité de I âme et m ti"1
suite avoir manque l'objet essentiel »!•• la \<>n
taigne n'en écarte ni La pensée, ni le 1 au
contraire, «lu moinj a ce moment de u ne. Il c inclut ainsi ce fameux chapitre \i\ du livre I S'il est n vais de vivre eu nécessité, de vivre en nécessité il 1 aucune nécessité. » E1 il ne dissimule paa son admiration pour (la h» m d'Utique. «Ce personnage-là, écrit-il, fui ritablemenl nu patron que nature choisit pour montrer jusqu'où l'humaine vertu ef fermeté pouvait atteindre Et ailleurs : « Quand je le vois mourir et se déchirer lea «Mitrailles, je ne me puis contenter de croire simplement qu'il eût lors son âme exempte de tout trouble et de tout effroi de la mort. Je ne puis croire qu'il se maintint seulement en cette démarche que Les règles de la secte stoïque lui ordonnaient, rassise, sans émotion, el impassible. Il y avait, ce me semble, en la vertu de cet homme, trop de gaillardise, et de verdeur pour s'en arrêter là. Je crois sans doute qu'il sentit du plaisir et de la volupté en une si noble action, et qu'il s'y ag plus qu'en autre de celles de sa vie. » Montaigne termine en comparant la mort de Socrate à celle de Caton, et s'il donne la préférence à la première, c'est avec peine : « Caton me pardonnera, s'il lui plait ; sa mort est plus tragique et plus tendue, mais celle-ci est encore, je ne