‹ MontaigneChapitre 44 sur 100 · I 28 MONTAI G NI · texte numérisé non relu

I 28 MONTAI G NI

bêtes : M'.iii,ir qc - -il ïoui Iendi h >i Lamm< d

En quittant le Lh pc il nous quittons la <le rique pour rentrer avec le livre in dans L'bistoii

Pic de la Mirandole, maintenant . i*am lei

discordances des philosophes dans l'ei ement des

arts Libéraux, leurs contradictions, 1 inutilité <I«- Leurs efforts. Il y a Là 1 1 1 î 1 1 « * détails pittoresques sur La grammaire, la rhétorique, La dialectique, I m é trie, la musique, La physique et La métaphysique, Les mœui les lois; il y a aussi bien des répétitions du Livre l .

Les trois livres suivants, <>ù Aristote est pris i partie et Aristoteleis armis se ressentent du voisinage .lu pyrrhonisme. Plus d'une fois l'i» de La Mirandole remp] les armes d'Aristote par celle> des sceptiques, des -ceptiques « nés pour refréner L'orgueil téméraire des autres philosophes ». Il y ressasse de toutes manières Le grand argument que les sens — par lesquels nous sommes e communication avec les choses — sont incertains, rient d'un homme à l'autre et dans le même homme d'une heure à l'autre : Sensus est suapte natttra varius. . . varius in diversis hominibus et quandoque ineodem. Et comme toute connaissance, selon la doctrine aristotélicienne, s'achemine en nous par les sens, il s'ensuit que toute connaissance est incertaine. La conclusion de ces trois livres contre Aristote est donc nettement sceptique, comme est le reste de l'ouvrage .

1. Montaigne se souviendra aussi des chapitres 23. 27, 29 du livre II. Pic de la Mirandole, comme plus tard Montaiune. cherche dans les découvertes nouvelles de navigateurs les preuves de 1 extrême diversité de l'espèce humaine. Il énumère les coutumes absurdes, etc.

Le livre de Pic de la Mirandole a eu un tivs grand succès. Et ce succès était mérité. D'abord la définition du scepticisme y est donnée, précise, adéquate au temps et aux gens : Pic de la Mirandole, à la suite de Sextus Empiricus, mais autrement que lui, distingue académicien et pyrrhonien, et se déclare pyrrhonien. Et, ce faisant, il exclut la notion du vraisemblable, il exclut la négation; il installe la pensée dans le doute; il lui apprend à réserver indéfiniment, à suspendre la décision. Tout le xvi° siècle, lorsqu'il parlera de scepticisme entendra par ce mot le pyrrhonisme; les siècles suivants, au contraire, appelleront sceptiques les gens qui nient, et qui nient pour affirmer, étant des dogmatiques en leur genre. Certes, Montaigne tirera un bien autre parti que Pic de la Mirandole de cette opposition de scepticisme pyrrhonien, et de la doctrine académique ; mais elle est déjà indiquée par l'auteur italien.

En second lieu, Y Examen vanitatis doctrinae gentium popularise ou vulgarise les arguments et toute la doctrine du scepticisme antique. Ces hypoty poses pyrrhoniennes de Sextus, que Pic de la Mirandole suit avec une li délité parfois servile, particulièrement aux livres II et III, n'étaient pas encore entrées dans le courant de la pensée moderne ; elles s'y font maintenant leur place. D'autant que Pic de la Mirandole ne rend pas obscures et difficiles les idées un peu subtiles du docteur grec ; au contraire. On eût pu les approfondir, les ramener à quelques principes, en dégager cette Critique latente de la Raison pure que les interprètes modernes de la Sceptique grecque y ont discernée. Mais notre auteur

MONTAICNE. 9

es! bien trop luperficiel ; il est trop peu p I i

revanche, il éclaire par d mplei actuels, p

anecdote el des Bonvenin personnels, il i m plu-

tôt il rabaisse au nii eau 'lu & mmua et de J

vation courante ce qu il prend a Sextus Si que 5 perd, si L*esprî( j a n i« »i n> à réfléchir, la mém et L'imagination \ trouvent de <|n<»i Ire. 1. 1

Sceptique grecque devient <l )<>><• du jour, cl lie;

elle conquiert un public, fil'' conquiert 1'- public : p imii on il s'agira <!»• railler ou de réfuter Le dogmatisme intempérant «lu passée regardes de près Le Us <uii été enseignés par l'i*- de la Mirando

Le second « uvrage sceptique du wi siècle a pa peu de temps après VEa amen, et on est nourri : c'est la Déclamation de l'incertitude ei vanité <l> de

Cornélius Agrippa de Nettesheym1. J'aurais hésité â la ran« ger dans la catégorie des livres sceptiques, si loi dans Y Apologie de Raymond Sebowl. n'en avait < des pages entières.

Le scepticisme de Pic de la Mirandole aboutirait à la

1. Henrici Cornelii Agrippae ab yettesheym De Incertitudine • ' Ya-

nitate scientiarum. Declamatio invectiva. La Biblioth»* ju»î Municipale de Bordeaux en possède trois éditions du xvr siècle: unede 1564, une de une de 1531, la plus recherchée. C'e>t dire que cet ouvrage, au temps de Montaigne, était fort répandu en Guyenne. Au lieu de traduire moi-iiK-rne le latin d'Agrippa, je cite : Déclamation sur l'Incertitude Vanité et Abus des Sciences, Traduite en François du Latin de Henry Corneille Agrippa. Œuvre qui peut profiter et qui apporte merveilleux contentement à ceux qui fréquentent les cours des Grands Seigneu veulent apprendre à discourir d'une infinité de choses contre la commune opinion. Paris. MDLXXX1I. Cette traduction est de Gleldevillf..

vérité de la philosophie chrétienne. Le. doute était L'antichambre de la foi. Jl en va de même pour Corneille Agrippa. Seulement celui-ci est beaucoup plus passionné. S'il doute, c'est pour mieux affirmer. Et ce qu'il a affirmé le plus/c'est sa haine contre ses ennemis : les humanistes qui méprisent l'Écriture Sainte; les Docteurs scolastiques encroûtés d'Aristote; enfin les moines, les curés et l<\s évêques. Voyez de quel ton il parle dans sa préface : « Je veux bien que tu saches que haine, ambition, (( fraude ni erreur ne m'ont induit à écrire ces cho- « ses, et n'y ai point été poussé par un désir sacrilège, « ni par un cœur fier et félon, ains par raison autant « juste et certaine que l'on pourrait penser. Car j'ai « aperçu plusieurs être devenus si insolents et orgueil- « leux à cause de quelques sciences et disciplines hu- « maines, qu'ils ont dédaigné et méprisé, voire blâmé « et persécuté les saints livres des écritures canoniques, dictés par le St-Esprit, comme choses rustiques et « sans aucune doctrine... Et si en avons vu d'autres lesquels avec quelque peu plus d'apparence de piété ont « voulu établir e1 renforcer les ordonnances de notre « Seigneur Jésus-Christ par les décrets des philosopha

profanes, se servant plus de l'autorité d'iceux que (( de celle des saints Prophètes, Apôtres et Évangélistes, (( nonobstant qu'ils soient opposés e1 éloignés en toute « distance les uns des autres. Outre ce qu'il y a une

coutume perverse et damnable reçue en toutes l< <( Universités et Collèges, d'astreindre par serment tous « ceux qui viennent à prendre quelque degré, qu'ils ne « contreviendront ni répugneront jamais à Aristote,

139 MOHTAIGM

Boèce, i bornas, Ubert, ou autre semblable dii leurs i advienl a quelqu'un •

tant s«»i! peu des opinion» el i • - le de ccux-U . ! voit Incontinent crier à l'héréti [ue »]«-ii\.

m blasphémateur el le condamner au feu. Il eal dont « nécessaire d'assaillir ces outre-cuii i nne-

« mis des saintes lettres, démolir leui <( teresses, et découvrir quel . t \ « • 1 1 ^ J j --« • 1 1 1 « ■ 1 1 1 « ppits humains, toujours errants <t se déi la

« vérité, nonobstant si grand nombre d'arts et de s <( ces, e( de maîtres auteurs et pi me

« d'icelle, el quelle téméraire et arrogante pi ésomption, « c'est de préférer à l'Église de Dieu h's écoles des phi- « losophes, faire plus de compte des opinions des hom- « nies que de sa sainte parole, en somme quelle im- « piété tyrannique, c'est de vouloir restreindre et comme u emprisonner les esprits des gens d'étud ertains

« auteurs, et ôter le moyen à ceux qui sont désireux u d'apprendre, de chercher et ensuivre la vérité. »

Avec ces intentions Agrippa, on le conçoit, ne pouvait faire une œuvre bien sceptique, ni bien philosophique : il n'a garde de soulever le problème de la certitude: il évite toute discussion un peu approfondie. Il se contente de parler successivement des différentes sciences, des arts, des habitudes de vie, des mœurs, des conditions | humaines; il entasse toutes les absurdités, toutes les opinions contradictoires, toutes les sottises que l'espèce humaine a dites ou faites. Cette revue est conduite avec verve. La Déclamation d' Agrippa n'est pas à proprement parler un ouvrage sceptique, c'est un ironique pam-

LE SCEPTICISME l>K MONTAIGNE. 133

plilet contre la bêtise; quelque chose d'intermédiaire entre les Epistolae obscuromm virorum d'Ulrich de Hutten, et YÈloge de la folie d'Érasme. Sceptique, ce pamphlet ne peut l'être que par l'impression générale qu'il laisse', comme peut l'être une comédie ou un album de caricatures K

Voici maintenant le troisième ouvrage, d'un autre ordre celui-là, c'est Sextus Empiricus lui-même. Au xvic siècle, le premier savant qui donne la traduction latine d'un auteur grec joue le même rôle que s'il était l'auteur de l'original. Des idées exprimées en grec sont scellées d'un triple sceau : le latin les délivre, et leur donne des ailes. De Platon Montaigne ne connaît que la traduction latine de Marsilc Ficin. De Sextus Empiricus personne n'aurait rien connu sans Gentian Iïervet et Robert Estienne.

Ce l'ut désormais la Bible ou le répertoire du scepticisme que ce gros volume in-V° paru à Paris en 1-">(>9, — peut-être y eut-il une édition antérieure, — où étaient réunis VAdversus Mathonatlcos el les lh//)<>h/poses de Sextus, la Vie d<' Pyrrhon deDiogène Laerce, le Contra Academicos et Pyrrhonios de Galien. Chacun pouvait 3 i hercher des arguments vraiment torts contre l'esprit humain, et une doctrine systématique du

1. Montaigne a abondammenl copié Agrippa, notamment tout le eh. ui de la Déclamation) intitulé de / [me. il est vrai qu'Agrippa, do son côté, avait copié vu- de la Mirandole. Mais du moins il avait ajouté quelques détails de son cru. Montaigne a'esl qu'un pui el simple traducteur. On

trouvera dan> l'Éd. Municipale le relevé de tous ces emprunts.

i epticismc

i eptible de devenir une d qui songe à cherchei ce]

Le Bceptii isme - oniinne <-ii effei à être tm< de

ombat; chacun s'en Berl pour ruiner le dogmati adverse au profil de bob propre dogmatisme; pen ae song e à être sceptique pour ion c m]

L'interprète de Sextus, Gentian Hervef Lui-même, p g( ut»' ta traduction soua ce jour En La dédi dî-

nai de Lorraine, il fail valoir qu'elle servira contre les hommes enfles «l'une vainc science, qui méprisenl la Vérité \\r\ élée, et qu'elle complétera L'œuvre de I Pic de la Ifirandole. Il ajoute qu'elle aura spécialement à cette heure un autre rôle plus important encore; elle minérales nouveaux académiciens, car Les académiciens contre lesquels les pyrrhoniens ont mené m ; combat, sont revenus, et ce sont lescalvinisl

Cette assimilation des calvinistes avec Les mi-

ciens est de tous points surprenante. Klle prouve que scepticisme est en train de changer de terrain: Le voilà au service des catholiques. Agrippa l'avait mis au sen i sinon des protestants du moins des novateurs. C'est toujours être au service de quelqu'un.

Ne trouverons-nous donc pas, jusqu'à Montaigne, un penseur qui étudie le scepticisme pour le scepticisme, à qui le scepticisme suffise comme direction intellectuelle, qui en fasse sa philosophie?

Il y en a un : Sanchez le Sceptique K

1. Essai sur la Méthode de Francisco Sanchez, mémoire pour le doctorat es lettres, par Émilien Senchet, Paris, 1904. Cest ce quon appelle

Les' rares savants qui ont étudié de nos jours ce mouvement, ayant l'esprit assiégé par l'image de Kant, n'ont vu dans ces sceptiques du xvie siècle que des précurseurs de Kant '. Écartons une telle erreur. Si le fond et l'essence môme de la Critique, c'est d'enseigner qu'il y a des formes de la pensée stables et universelles, que la pensée n'existe point sans ces formes, la Critique n'est-ellc pas le contraire tout juste de ce pyrrhonisme du xvi' siècle qui enseigne que chaque homme a sa manière. ( su forme de pensée — que dis-je. sa forme! — a mille formes \c pensée, perpétuellement changeantes et contradictoires? La représentation que l'esprit se donne du monde est donc, d'après la Critique, régulière, constante, uniforme, et, en un mot. rationnelle. La renré aentationdu monde par l'esprit est, suivant les sceptiques du xvi° siècle, capricieuse, individuelle, momentanée, irrationnelle. En revanche, dans la multitude des représentations que le sceptique se fait des choses, peut-être en est-il plus d'une exacte2; celle que la Critique se fait et qui est unique, est un masque qui ne s'enlève jamais,

la petite thèse, celle qui remplace la Lhèsc latine. La thèse de M. Senchel est en effet intéressante, mais petite. Plus nourri est l'article donné par M. Cazv»; en 1903 dans le Bulletin Hispanique, sur les origines et la biographie de Sanchez. Les Allemands oui beaucoup étudié Sanchez, mais assez mal, et dans un esprit systématique. i. « Un Kantiano en profeda », a dit de Sanchez M. Menendez y Pelayo. Montaigne le dit en propres termes.

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s travers Lequel pas une fois n'apparaît l'être en loi. Li Critique conduit à la science par L'analyse el La description des formes de la pensée, mais cette science, rigoureuse el parfaite, n'est qu'une science des phénomène n'est que La projection de La raison pure sur La ch< en soi. Le pyrrhonisme, au contraire, entretient L'espérance de connaître, par L'expérience, par L'observation méthodique, et parmi mille erreurs, certaines choses I réelles. Ce n'est pas à kant que nous mène L'histoire que nous esquissons ici, c'est à Bacon. En voici la preuve.

A la fin du xvie siècle et au commencement du \\\\ vivait à Toulouse un professeur de philosophie el de médecine. Ce savant personnage était issu de juifs sans doute portugais. Il était né à Tuy, au diocèse de Braga. Vers 1562, il vint à Bordeaux avec son père qui s'établit dans cette ville comme médecin. Lui, il fit ses études au collège de Guyenne; en 1569, après la mort de son père, il voyagea; pendant près de quatre ans, il séjourna en Italie, étudiant plutôt que touriste. De là il revint à Montpellier prendre ses grades et il se fixa à Toulouse en 1575. Il y était apparenté avec cette puissante famille desLopez, d'où était sortie lanière de Montaigne. Il mourut en 1623 : il s'appelait François Sanchez ; dès le xvne siècle, on l'avait surnommé Sanchez le Sceptique. Il a beaucoup écrit; chacun de ses traités se termine par une louange à Dieu et à la Vierge Marie, et par un énigmatique : Quid? Quelquefois le quid ne lui parait pas assez explicite, et il le commente : le traité De Pulsibus se termine ainsi : « N'affirmant rien, à la manière

des académiciens, nous laissons à chacun la libre faculté de choisir », et puis vient la formule :

Laus Dca V ir g inique Mariae.

Qui<l?

Sanchez, en médecine, a pour maîtres Galien et l'expérience. Il a déclaré la guerre à Hippocrate ; et quand il donne des recettes et des remèdes, il indique le plus souvent à coté : expertum. Mais la médecine est malgré tout son moindre titre de gloire.

On ne connaîtrait plus Sanchez s'il n'avait composé le Quod nihil scitur.

C'est un assez long ouvrage, écrit d'un style vif, à petites phrases courtes et serrées, plein d'interrogations el d'exclamations. La discussion y est rapide etpressante. Le lecteur est un peu étourdi par la multitude des phrases et des idées; mais il n'est pas ennuyé.

« .Ir ne sais même pas cette seule chose, débute brusquemenl Sanchez, que je ue sais rien, et je suppose que les autres n'en savent pas davantage. »

De là nous entrons directement dans le sujet. Toi sciences pour base des définitions. Qu'est-ce qu'une dé finition? C'est, dites-vous, ce qui indique « la nature d'un objet ». Or pas une définition n'es! de cette s«>rte. « Toute définition est nominale. » Toute définition n'est qu'un nom imposé aux choses; ei les noms son! imposés d'une façon capricieuse; ils n'ont aucun rapport avec la chose à nommer1. D'ailleurs ils ne sont point stables. \u chan-

i. On prétend en Allemagne qne le Quod nihil scitur a attendu la Gn du x\u* Biècle pour «Hre connu et disent.' en France. On oublie le traite De

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