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-••ut perpétuellement d'acception. Quand nooi combinons ensemble les mots <-t Les définitions, e( r|u«- no croyons ainsi exprimer ou même découvrir lei rapports des choses, nous ne «lisons rien, nous ne Usons rien. Mais serrons La question de plus p [n'est-ce que la science ? Aristote répond mhabittu per demonstrationem acquisitus ». Je ne comprends pas, s'exclame Sancb< /. C'est expliquer l'obscur par Le plus obscur; j'\ entends moins le mot habitua que le mot scientût] plus on marche moins on avance» l ! D'ailleurs, en fait, cet habittu /ter demonstrationem acquisitus consiste en prédicats liés par des syllogismes. Ces prédicats d'abord, que valent-ils .' Pour faire de Socrate un objet de démonstration, c'està-dire de science, vous remplacez Socrate par homme et homme par animal, par raisonnable, par mortel. Or si Socrate est un mot clair qui désigne une chose réelle, homme est un mot déjà obscur qui désigne une notion abstraite, et les prédicats dans lesquels on résout ce terme d'homme sont, eux, tout à fait obscurs et encore plus irréels. Ainsi les savants substituent au monde vrai un monde inintelligible de fictions2. D'ailleurs les objets
la vérité des Sciences du P. Mersenne. Mersenne y discute abondamment les idées de Sanchez et notamment ce problème de l'imposition des noms. Voir sur Mersenne et sur laVérité des Sciences, notre Pascal et son temps.
1. « Non intelligo.Et hoc pessimum, obscurum per obscurius. Quid habitus? Minus scio quam quid scientia. Minus tu... Quo plus procedis. minus moves. »
2. « Qui rerum causas et naturas investigare deberent, novas fingunt. i Cf. cette curieuse observation qu'on ne peut traduire les termes philosophiques de Essentia, Quidditas, Corporeitas, etc., dans la langue vulgaire « qui res solum veras, non fictas, nominibus propriis omnes designare solet. »
(jui sont uniques, comme le ciel et la terre, ne pouvant être ramenés à des prédicats, puisque par leur unicité ils se dérobent à tout travail de comparaison et d'abstraction, ces objets seraient hors de la science ! Beau résultat !... Puis ces conceptions ainsi incomplètes et fausses, comment les combine-t-on? par le syllogisme : écoutez Sanchcz : «Le syllogisme? Tendez l'oreille, ouvrez votre imagination : elle aura peine à contenir tant de mots. Combien subtile cette science des syllogismes, et combien longue et combien difficile! Bon! j'ai blasphémé! C'est vrai; parce que j'ai dit vrai. On va me lapider. Et, toi, te fouetter, parce que tu trompes1. » Et pourquoi le syllogisme est-il trompeur ? Parce qu'il est une pétition de principe. C'est avec Socrate qu'on a fait homme, avec homme qu'on a fait mortel, et l'on s'émerveille de trouver par le syllogisme que Socrate est mortel! Et puis le syllogisme s'égare dans les détours des prédicats, on perd contact avec la réalité, on ne saurait prendre au sérieux des conclusions aussi artificielles. Se sert-on dans la vie des figures du syllogisme? C'est se fausser l'esprit (pie de les apprendre. En vain ceux qui les défendent disent qu'il faut pourtant bien que la démonstration repose sur des principes éternels et inviolables : comme si l'homme qui vit peu de temps, qu'un rien, un moucheion, un grain de raisin arrêté dans le gosier suffisent à tuer, était capable de reconnaître l'éternité et l'inviola-.
1. « Quid syllogismos? arrige auras, eitende phantaaiam : necenimtot vcrhii capiet forsan. Quam subtilis, quarn longa, quant diflicilis syllogismorum scientia! Ali! blasphemayi! Verum, quia rerum dixi! Jam lapidiboi dignus sum. Tu contra fastibos, quia decipia ».
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bilité des principes, — ;'i supp >ser que de tels princii existent! D'ailleurs La science n'est pas une opération mécanique, une combinaison où l'esprit restant puremenl passif, tourne \& meule, sans rien voir, sans rien diriger, sans rien vouloir; c'est an contraire l'on libre de L'esprit Libre, directement placé en fac< choses : « vera scientia, si quae esset, libéra esset^ et a libéra mente : quae si ex se non percipiat rem ipsam . nullis coacta demonstrationibus percipiet ». On voit ou §anchcz vcutaboulir. Mais nous allons faire encore quelque a détours.
Sanchez examine maintenant les autres définitions que l'on peut donner de la science : puisqu'elle ne saurait être cet état de certitude acquis par la démonstration, ne serait-elle pas l'entassement des conclusions dans I l'esprit : conchisionum congcrics? Mais c'est se méprendre, car la science est une visio interna, c'est-à-dire le regard jeté par l'œil intérieur sur le monde. Ne seraitelle pas la recherche des causes : Scire est rem j»', causas cognoscere? Une telle recherche est impossible, n'aboutit pas. Elle nous fait remonter de marche en marche jusqu'à l'infini, l'immense, l'incompréhensible, l'indicible , l'inintelligible.
Après cette revue on peut conclure; la science, de quelque façon que jusqu'alors on l'ait définie, est une duperie; elle demeure ou incomplète, ou fausse, ou inutile. Mais peut-être, mais sans doute, faut-il entendre autrement la science. En effet, Platon, Aristote, les scolastiques , les Arabes, se sont mépris sur elle : Sanchez en a sa définition : <c II ne peut y avoir de
LK SCEPTICISME DE MONTAIGNE. lil
science, écrit-il, que de la chose seule. Bien plus, il n'y a de science que de chaque chose prise à part et en soi, seule, et non d'un groupe de choses1. » « La science ne diffère ni de l'intelligence ni de l'intcllection » ; et enfin : « La science est la connaissance parfaite d'une chose. » Scientia estreiperfectacognitio. Cette définition, la sienne (nostra), Sanchez la fait imprimer en gros caractères. 11 afQrme qu'elle est parfaitement claire, il refuse de la commenter, et d'en préciser les termes : toute explication lui parait plus obscure que la simple formule : contentons-nous de ce qu'il nous donne 2.
Savoir, c'est donc connaître une chose. Lois générales, symboles, théorie, voilà ce que Sanchez jette par-dessus bord, et sa science est l'ennemie de la science. Elle est môme l'ennemie des sciences particulières, il le dit en propres termes, parce que ces sciences particulières groupent les faits, isolent certains ensembles, et, dans le monde où chaque fait est lié avec tous les autres, créent des mondes artificiels, fermés et faux. Devant chaque fait, considéré tout seul, mais tout entier, l'esprit doit s'arrêter, tout neuf, tout vide, sans idée préconçue, sans théorie; l'esprit comprend, il ne conclut pas; et de lu il passera à un autre l'ait, à une autre chose, avec la mémo nouveauté, la même liberté, le même désintéressement. La science, ce sera L'observation, l'obser-
1. « Unius rei solum scientia esse potest. Imo uniu> cujusque rei per se solum est scientia, nec plurium siimil
2. « Ecce facilein, veram Uunen nominis ezplicationem, écrit-il après la définition de la science; si quaertfl genus et difterentiam, non dabo : verba enim haec sunt definito inagis obscura. »
ratios perpétuelle sans arrête! sans fin, Vob kion directe el bien faite. Sanchez mène à Bacon. M B dépassera Sanchez: l'observation, pour Bacon, servi] quelque chosi
Elle sert ;i Sanchez à prouver définitivemenl que L'homme ne sait rien. Car Sanchez revient à sonscep cisme1. Cette science <l<i choses r< ine à une,
seule vraie science, est irréalisable, tant par \a faute de l'objet que parla faute du sujet. Les choses ft ti< toutes les unes aux autres : omnia movent, omnia moventur... Il yen a une infinité, et toutes sont variées, toutes sont différentes. Aussi toute formule s de,
tout jugement en gros est-il faux. « Lue seule hirondelle ne fait pas le printemps, dis-tu; ni un seul cas particulier ne détruit un jugement universel. Si! l'universel est faux, si tous les cas particuliers qu'il embrasse n'y sont pas conformes. Serait-il vrai de dire : Tout homme est raisonnable, si quelques-uns, si un seul est déraisonnable2? » De plus, les choses naissent, meurent, changent. A quoi se prendre, à quoi s'arrêter? Et devant ce flot, l'homme qui connaît, comment connait-il? Sans doute l'œil interne voit directement les choses, mais combien peu de choses! Je vois que je veux, mais je ne
1. 11 dit ici : « Quisque sibi doctissiraus videtur : mihi omnes ignari. Forsan ego solus ignarus sum ; sed id scire vellem : non possum. Quid igitur dicam deinceps, quod ignorantiae suspicione vacet? Nihil. Cur hoc scribo? Quid ego scio? Cum stultis stultus eris : quid faciam?Perinde est. Revertor. »
2. Ici s'insère une nouvelle et curieuse étude sur l'imposition des noms. Sanchez y fait de la linguistique; et il conclut, en s'excusant de cette digression : « Nulla ergo vocibus rerum naturas explicandi facultas ».
vois pas ma volonté l. Et quant à l'œil du dehors, les sens, eux, ils sont exposés à toutes les erreurs. Reprenant les TÔicoi pyrrhoniens, Sanchez refait en médecin ce que Sextus et Pic de la Mirandole avaient écrit en philosoplies v Et de tout cela il conclut que la seule science possible est impossible : Nihil scitur.
Pourtant, malgré sa misérable condition, l'homme, qui sait? parviendra, une fois ou L'autre, à la connaissance, sinon parfaite, du moins approchée, non de toutes les choses, mais de certaines de celles qui se présentent familièrement à sa vue. Il y parviendra par l'expérience et le jugement, experimentum et judicium. Seulement le malheur est que bien peu de gens ont du jugement; bien peu savent se servir de l'expérience, pensent même à y recourir. Parmi les doctes, les uns font des Epi tomes, les autres rangent par chapitres et par livres les œuvres confuses d'autrui; les autres amplifient, étendent, augmentent, commentent et mentent-. Ceux-ci sont des perroquets. Ceux-là... le texte es! inépuisable. 11 faut d'abord regarder la nature, et dans cette découverte des choses réelles, il faut avoir pour guide un bon maître. Sanchez semble donc annoncer une pédagogie, el il annonce formellement une méthode d'expérimentation ;. Cette pédagogie, Montaigne l'esquissera :
1. En passant il indique, mais sans appuyer, l'infinie distance de Dieu el de l'homme: « Cum Deo nulla proportio, quemadmodum nec linitocum inlinito, nec corroptibili cum SBterno ». Ce sera pour Montaigne une idée capitale