‹ MontaigneChapitre 46 sur 100 · Commentantnr et eommentiuntnr · texte numérisé non relu

Commentantnr et eommentiuntnr

3. Il promet un livre, libellus m qoo methodum sciendi, quantum fragilité* hnmana patitur, exponemus ».

I 'l 'i MONTAIGNE.

cette méthode, Bacon la fixera. Sanchez, plai empirique < j u < - sceptique, esprit de second ordre •• tout l»i endre, d 'a fait que les promettre.

M.iis <iu moins il a arrêté Lee forme* essentielles du scepticisme. Il l'a débarrassé de toute intention de con troverse ou de conversion : c'est le sa pticisme pour le scepticisme. Il l'a débarrassé en même temps dn poids des discussions historiques : il n'établit paa le scepticisme à la suile des erreurs des anciens, il le conclut de l'analyse même du concept de science, de l'étude de l'objet à connaître et du sujet connaissant. Il est allé plus loin. Il a conçu le monde comme l'addition d'une infinité de choses, toutes ayant leur individualité, si j'ose dire, toutes différenciées les unes des autres. Il a fait consister le savoir, non dans la réduction du monde à. des lois simples, non dans la représentation idéale et dans la méthode, mais dans le contact direct de l'esprit avec les choses, de l'esprit libre avec les choses réelles. Ce savoir ne se communique pas, chacun fait le sien avec son bon sens et son tact affiné.

Le scepticisme à la Sanchez, à condition que l'on n'insiste pas aussi lourdement que le fait l'auteur du Quod nihil scitur sur le nihil scitur, ou simplement à condition qu'au lieu d'écrire : « Je ne sais rien », on écrive : « Que sais-je? » eh bien, il n'est pas nonchalance etincuriosité, paresse et découragement; il ouvre à l'esprit, à l'esprit vivant, libre et fécond, un champ immense.

II enseigne que le savant peut et doit connaître à chaque regard jeté sur le monde, à chaque pas fait dans l'uni-

vers, une chose nouvelle, sans jamais épuiser, même dans la moindre parcelle, à plus forte raison dans l'univers total, ce discernement et cette connaissance.

La'pensée de Sancliez n'est donc pas loin d'être pro-, fonde. Elle est profonde quand elle est la pensée de Montaigne. A-t-elle passé de Sancliez à Montaigne ou de Montaigne à Sanchez? Le Quod nihil scitur a été imprimé en 1581. Les Essais avaient déjà paru depuis plus d'un an. Mais Sancliez a daté la préface de son traité de Tannée 1576. Or Y Apologie n'a pas été composée avant 1576. Sanchez et Montaigne avaient bien des raisons de se connaître. Ils avaient des parents communs. Montaigne aimait fort les esprits originaux et hardis. Il se plaisait à causer avec les médecins. Il n'est pas invraisemblable ([ue Sanchez et Montaigne aient été au courant des travaux et des idées l'un et l'autre.

Gela ne veut pas dire qu'ils se soient emprunté l'un à l'autre leurs idées. Le scepticisme de Sanchez et sa conception de la science répondent tout à fait à l'état d'esprit d'un médecin clairvoyant, intelligent, qui a réfléchi sur son art, et qui étend ces réflexions au domaine entier de la connaissance. Et d'autre part le scepticisme de Montaigne tient très profondément aufonddeson ameet au développement de sa vie intérieure. La précaution que Sanchez prend pour marquer que son traité n'est pas imité de Y Apologie, n'est nullement une revendication de priorité. Admettons jusqu'à preuve du contraire que ces deux esprits — cousins, sinon frères — sont arrivés ensemble au même point, par des routes différentes,

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ei «pi ils onl eu qod La surprise, mais Le plaisir d< rencontrer.

Ainsi Montaigne trouvait abondammenl autour de lui les arguments, les idées et tous Les éléments de dis

cussion pour établir le scepticisme. Mais La disposition

sceptique venait de lui.

L'évolution si curieuse qui le conduit du stoïcisme au scepticisme se révèle dans une série d'Essais du livre II. les Essais xvi, xvn, xvm, qui se tiennent l'un à l'autre, qui sont, par conséquent, du même temps. Montai^ nous y raconte qu'il a dépassé la quarantaine, mais sa santé est encore entière. Au contraire, dans Y Apologie ae Raymond Sebond, il nous confie qu'il est malade. Ces trois Essais sont donc antérieurs à Y Apologie. Ils ^ont d'une importance capitale. J'y joins quelques autres Essais du même livre, par exemple le chapitre xiv : « Comment notre esprit s'empêche soi-même », et le chapitre xx : « Nous ne goûtons rien de pur ». Ceux-là sont moins importants. Montaigne y pose quelques-unes des thèses de son Apologie ; n'ayant sans doute pas encore lu Pic de la Mirandole et Sextus, il ne les enrichit pas d'exemples et d'arguments ; ils sont le premierdessin très sommaire mais très gros de Y Apologie.

Ces Essais xvi, xvn et xvm du livre II, « De la Gloire », « De la Présomption », « Du Démentir », comme tous ceux que nous avons étudiés jusqu'ici, sont suscités par

/ les cirç^i^tanccis, et Montaigne s'y l'ait la Leçon. C'est,

me semble-t-il, à propos d'un épisode qui faillit le rejeter dans la vie politique. Au mois de mai 157V, — on attendait d'heure en heure la mort de Charles IX, et les forces protestantes tenaient tout le pays, — le duc de Montpensier, qui commandait l'armée royale, chargea Montaigne d'une mission auprès du Parlement de Bordeaux. Montaigne fut reçu avec beaucoup d'honneurs par ses anciens collègues; il présenta les lettres de Montpensier et lit une longue harangue. Ces! la [neuve qu'il avait repris contre les Huguenots qui s'étaient relevés du coup de la Saint-Barthélémy et menaçaient de redevenir les maîtres à leur tour, les sentiments qu'ayant 1570 il avait professés contre eux. En même temps l'ambition, le désir de la gloire, tout ce qui avait t'ait battre son cœur se réveille en cette occurrence. Mais Montaigne, devenu vraiment sage, se morigène discrètement lui-même. Qu'est-ce que la gloire? qu'est-ce que l'ambition? Et toi-même, qu'est-ce que tu vaux nom- les grands desseins de l'ambition et de la gloire? se dit-il. Ces trois Essais restent encore stoïciens d'inspiration et d'allure ('/est dans celui de la Gloire que se lit cette belle page sur le rôle de la Vertu : « Il faut être vaillant « pour soi-même... Ce n'esi pas pour la montre <n i< - « notre âme doit jouer son rôle, (/est chez nous, au « dedans où nuls yeux ne donnent que les nôtres », et le icste1; ou encore ceci : « 11 serait à l'aventure excusable à <( un peintre ou autre artisan, ou encore à un rhétoricien

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