‹ MontaigneChapitre 47 sur 100 · V8 MON | AU. M · texte numérisé non relu

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(( ou grammairien, de se travailler pour acquérir nom » par sea ouvrages. Mais Les actions de la vertu, ellei « sont trop nobles d'elles-mêmes pour rechercher antre « Loyer ou récompense que lenr propre valeur. M déjà autre chose apparaît.

D'abord l'accent en est plus religieux. Le nom, La pensée de Dieu, absents des Essais stoïciens, reviennent ici. Non pas que l'image du Christ, Dieu et homme, du Sauveur et du Rédempteur, apparaisse. Montaigne parle en métaphysicien et il adore « celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les empires, à qui seul appartiennent la gloire, la majesté, l'indépendance ». Si je cite Bossuet, c'est qu'en vérité, Montaigne a ici le ton de Bossuet : « Dieu qui est en soi toute plénitude et le comble de toute perfection, dit-il, ne penl s'augmenter et s'accroître au dedans, mais son nom peut s'augmenter et accroître par la bénédiction et louange que nous donnons à ses ouvrages extérieurs... Voilà comment c'est à Dieu seul à qui gloire et honneur appartient. » On reconnaît aussi les termes de Raymond Sebond. La Théologie naturelle est en train de reprendre, dans l'esprit de Montaigne, la place que les É pitres de Sénèque et les Œuvres Morales de Plutarque lui avaient prise. La conscience religieuse s'est réveillée.

Ensuite Montaigne dépouille peu à peu l'habit et l'habitude du professeur de morale, il s'exhorte moins ; il ne prêche presque plus. Si le chapitre de la Gloire est encore un bon chapitre de morale, le chapitre de la Présomption a perdu tout caractère de sermon, j'entends de sermon laïque : c'est de l'observation et de la description.

Orl'étude que fait ici Montaigne, c'est celle de l'homme . Il se plaît à relever les opinions des philosophes sur Il i omnie, et il cherche à se faire directement lui-même son opinion. Il se la fait. Elle n'est guère flatteuse pour L'espèce humaine. C'est une sorte de misanthropie ou ^ de pesjûniisme, et nous voilà sur la route du scepticisme.

A propos de la gloire et après avoir dit quelle n'appartient qu'à Dieu, il ajoute : « Il n'est rien si vain, si « éloigné de raison, que de nous en mettre en quête <( pour nous; car étant indigents et nécessiteux au de- « dans, notre essence étant imparfaite, et ayant conti- « nuellement besoin d'amélioration, c'est là à quoi « nous devons travailler. Nous sommes tout creux et * « vides au dedans. Nous sommes en disette de beauté, « santé, sagesse, vertu, et telles parties essentielles. » C'est encore du Raymond Sebond. Voici maintenant du vrai Montaigne, du Montaigne d'origine : « J'ai, « en général, coi le, humeur que, de toutes les opinions m que L'ancienneté a eues de l'homme, celles que « j'embrasse le plus volontiers et auxquelles je m'atta-i « che le plus, sont celles qui nous méprisent, avilissenf « et anéantissent le plus. La philosophie ne me semble « jamais avoir si beau jeu que quand elle combat notre *£« présomption et vanité; quand elle reconnaît de bonne « foi son irrésolution, sa faiblesse et son ignorance^ Il « me semble que la. mère nourrice des plus fausses opi- « nions que nous ayons, e( publiques, et particulières, « c'est la trop bonne opinion que nous avons de nous. « Ces gens qui se logent à chevauchons sur L'épicycle « de Mercure, il me semble qu'ils m'arrachent les dents :

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« car, en l'étude que je fais, duquel le sujet < « l'homme, trouvant une si extrême rariété dajug (( ments, un ri profond labyrinthe de difficultés, les « unes sur les autres, tant de diversité e\ incertitude . « en L'école mesme <!<i La sapience, voua pouvez penser puisque ces gens-là n'ont pu se résoudre de La con- ,,j « naissance d'eux-mêmes et de leur propre condition, « qui est continuellement présente a leurs yeux, qui esl « dans eux, puisqu'ils ne savent comment branle « qu'eux-mêmes font branler, ni comment nous peindre « et déchiffrer les ressorts qu'ils tiennent et manieni « eux-mêmes, comment je les croirais, de la cause du « mouvement de la huitième sphère, et du flux et reflux « de la rivière du Nil. La curiosité de connaître les cho- « ses a été donnée aux hommes pour fléau, dit la sacroce sainte parole. »

Ce pessimisme se complique vite d'une sorte de subjectivisme ou d'égoïsme intellectuel. On s'aperçoit qu'à cette heure l'observation et la description de la personne il de Montaigne tendent à devenir la grande occupation de Montaigne. Lorsqu'il écrit qu'il « rapporte tout à sa santé, [) au repos de son esprit et à lui », il exagère; mais il ne dit que la vérité lorsqu'il ajoute : « Le monde regarde « toujours vis-à-vis, moi je renverse ma vue au dedans : « je la plante, je l'amuse là. Chacun regarde devant « soi; moi je regarde dedans moi. Je n7ai affaire qu'à « moi; je me considère sans cesse, je me contrerôle. je « me goûte. Les autres vont toujours ailleurs, s'ils y « pensent bien; ils vont toujours avant; moi je me « roule en moi-même. » De telles dispositions semblent

il SCEPTICISME DE MONTAIGNE. 1 5 i

contredire et l'enseignement stoïcien, qu'il faut en tout.' chose considérer l'ensemble du monde, et l'enseignement analogue de Raymond Sebond que chacun de nous n'est qu'une « pièce » de « l'université des choses ». Cependant l'exemple nous prouve — songez à Amiel, songez aussi à toute la grande poésie lyrique française du xi\ siècle — que d'ordinaire les deux tendances se trou- t vent réunies, ou les deux habitudes, de regarder sans cesse au dedans de soi et d'avoir sans cesse présente L'idée de l'univers. Ces deux tendances ont leur flux et leur reflux, mais en général elles aboutissent au scepticisme ou au pessimisme, on comprend sans peine pourquoi.

La pensée qu'un esprit philosophique se fait de lu- • nivers et la connaissance expérimentale que chacun peut prendre de soi-même, s'obscurcissent l'une l'autre, et si j'ose dire se découragent l'une l'autre. Un seul personnage dans un si grand cadre, et un si grand cadre « pour un si petit personnage donnent à la fois l'impression du vide, et l'impression du désert; l'homme est S perdu dans le vaste monde. L'esprit de Montaigne ne succombera pas à ce découragement, mais il perdra sa confiance dans les œuvres collectives que sont la science, la conquête de la vérité, la civilisation. D'ailleurs le fait seul de tourner ses regards exclusivement sur soi, à moins qu'on ne soit un sot, prépare à un état d'Ame dangereux.

Le tète-à-tète de l'homme avec lui-même, on peut le demander à Pascal, est la plus dure des leçons, celle dont on emporte l'impression la plus pénible, dont on garde le malaise le plus obsédant. Ne tournons pas au tragique le tête-à-tête de Montaigne avec Montaigne.

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d'ailleurs lui même s b i ri t rmiuii -l<- < <>\n\ richee âmes «lu temps p pai ••ntiriciii.nl [e sort commun.

. h in —i maintenant, aprèi l'étape stoïcienne, \<nouvel état d'âme <!<• ootre philosophe. Paf <jih-I* événements, par quelle crise extérieure '-il

établi? Qu'est-ce qui a réveillé l<- sentiment religieux? qu'est-ce quia appliqué Montaigne si étroitement à l'étude de L'homme et a l'étude de lai-mêmi P urquoi méprise-t-il si fort les prétentions de L'esprit humain? nous L'ignorons : nous urnorons ainsi bien des as-

lances et plusieurs secrets de sa vie.

Quoi qu'il ensuit, cet état d'âme déchaîne Les foi destructives que recelait L'esprit <l<i Montaigne.

Son esprit contenait en effet krop de i es. La première est l'horreur des idées es fait

Montaigne examinait tout par lui-même1 . — en écai tant avec soin les préjugés, les habitudes, les formules, que l'éducation, le milieu, l'autorité, auraient pu jeter en lui. Son sang-froid et sa liberté intellectuelles sont extraordinaires. 11 émet des idées qui paraissent monstrueuses, et qu'à la réflexion l'on est forcé de reconnaître justes. Par exemple, quoi de plus odieux que d'outrager et tourmenter les cadavres des suppliciés? Notre sentimentalité s'en émeut toute. Montaigne a vu à Rome un peuple pousser des cris de pitié et d'indignation à chaque coup que donnait le bourreau sur le corps

1. « Toutes ces conditions qui naissent en nous sans raison sont vitieuses... » Éd. D. et B., t. II, p. 335.

LE SCEPTICISME l>K MONTAIGNE. 153

d'un bandit qu'on venait d'étrangler. Lui ne partage pas cet émoi : et cela lui suggère qu'il y a là une bonne manière d'épouvanter par l'exemple, sans manquer aux lois de l'humanité : « Je conseillerais, dit-il, « que ces exemples de rigueur, par le moyen desquels

on veut tenir le peuple en ofiicc, s'exerçassent contre « les corps des criminels; car, de les voir privés de « sépulture, de les voir bouillir et mettre en quartiers, « cela toucherait quasi autant le vulgaire que les pei- « nés qu'on fait souffrir aux vivants, quoique par effet « ce soit peu ou rien » .

Jusque-là, c'est excellent, mais à force de déraciner tous préjugés, de renoncer aux vieilles sentimentalités et d'avoir un bon sens trop aigu, on ne trouve plus guère d'idées certaines et de jugements assurés. Nos affirmations naissent presque toutes d'opinions instinctives ; il est difficile souvent d'établir la légitimité de ces opinions instinctives — quoique pour un esprit très profond, comme Pascal a essayé de le démontrer, cette Légitimité se révèle — et si l'on se hâte un peu de les renier, on m* peut plus, on n'ose plus rien affirmer.

Or Montaigne se hâte souvent ei beaucoup. Ces! sa nature, et c'esl surtout sa coquetterie. Il est amoureux du paradoxe; il s'en accuse parfois; ei son paradoxe s exerce plutôt dans le sms négatif que dans le sens positif. Il veut étonner moins en affirmant des choses extraordinaires qu'en niant les choses ordinaires.

A cette Liberté d'esprit, à cet amour du paradoxe1,

i. « Celte capacité de trier le rrai, el cette humeur libre de n'assujettir aisément ma créance... i Éd. D. el B., t. Il, p. 237,

1»i HOBTTAIG.'

ajoutai une intelligence bleniei

in. ae i omprend tout . enti •• dan

partoul à I aise Le oui el le i »ui et l<

M 1rs étudie en ami, avec une bj mp ithic toujoi

prèl .1 rendi innés â le mérité. Pari mi de ion u

solution comme d'un défaut • ristiqi

lonté, U en fait remonter la cause à cette qualité de s

intelligence : • .l<" ne sais prendre parti ei

douteuses, parce que, es choses humaines, à quelque (( bande «prou penche, il me semble qu'il se présente « force apparences qui noua j confirment : de quelque « côté que je nie tourne, je nie fournis toujours sseï « de raison el de vraisemblance pour m'y maintenir. « Ainsi j'arrête chez moi le doute el la liberté de choi- « sir, jusqu'à ce que l'occasion me presse; e( 1 - « confesser la vérité, je jette le pins souvent la plui « auvent, comme on dit; c'est-à-dire : je m'abandonne « â la merci de la fortune : une bien légère inclination « et circonstance m'importe. > Montaigne se calomnie, il possède d'autres moyens de se décider, que le sort et les dés ». Nous aurons à les indiquer plus tard. Kn voici un en attendant : « En cette incertitude et perplexité que « nous apporte l'impuissance de voir et choisir ce qui « plus commode, pour les difficultés que les divers ac- « cidents et circonstances de chaque chose tirent quand « et elle, le plus sûr, quand autre considération ne nous « y conduisait, esta mon avis de se rejeter au parti où « il y a le plus d'honnêteté et de justice. » Ce n'est donc pas sa faculté de vouloir qui a été atteinte ou affaiblie par son intelligence, c'est sa faculté d'affirmer et de nier.

C'est aussi la faculté de généraliser.

Montaigne ne voit jamais gros. Il distingue, sans en perdre un seul, les mille détails particuliers des gens et des choses. Là où nous croyons apercevoir une unité, il reconnaît une multiplicité d'éléments. Là où nous crions à la similitude, il s'émerveille des différences. Il a donc, ? à on très haut degré, le discernement des indiscernables; d'où le sentiment de la complexité des êtres, et le respect des particularités irréductibles qui font que ni une minute ne se confond avec la minute précédente, ni sur l'arbre une feuille avec la feuille voisine. Rappelons la conclusion de l'édition des Essais de 1580 : « À Faven- « turc ne fut-il jamais au monde deux opinions entière- « ment et exactement pareilles, non plus que deux « visages. Leur propre qualité, c'est la diversité et la « discordance. »

Comptez enfin le sentiment — je dirais du devenir, si 10n entend que le devenir pour Montaigne n'aboutit jamais ,i être. — Montaigne qui disait déjà de lui : « A chaque heure il me semble que je m'échappe », qui dira plus tard : « Je ne peins pas L'être, je peins le passage, non un passage d'âge en autre, ou, comme dit le peuple de sept en sepl ans, mais de JOUI en jour, de minute en minute • . .1 renouvelé le sentiment aveclequel le vieil Heraclite regardait l'univers couler comme les eaux <l une rivière.

Ainsi la pénétration, la finesse, la souplesse de L'intelligence de Montaigne lui interdisent le dogmatisme. Il n'osera rien affirmer que d'une façon provisoire et pour un seul objet, et pour un seul moment. Il n'osera

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rien affirmer du tout, s'il va jusqu'au l>"n' de m-

pérament et s'il suit la pente de son esprit.

Une occasion, un heurt des événements le précip sur cette pente.

Les protestants, dogmatiques tranchants et m< nts, n'.iN aient que du dédain pour I

des catholiques. La Saint-Barthélem] nte avait

accru leur confiance dans leur cause, et leur mépris d'autruî : ne fallait-il pas que les catholiques eussent bien peu d'arguments pour avoir recouru au crime le plus odieux? On n'égorge pas de nuit, par un asf sinat monstrueux, ceui qu'on peul réfuter. Les prof tants allaient jusqu'à dire qu'il était impossible d'être catholique de bonne foi, et que tout esprit clair devait se rendre à leurs raisons. Dans L'entourage de Montaigne. parmi les grandes daines qu'il connaissait, une. — ce n'est probablement pas, comme on L'écrit, La reine Marguerite, La femme de Henri IV, — une donc, se - par les protestants, comme il arrivait en ce temps et en pays de Guyenne ou de Périgord <>ù la plupart des familles étaient mi-parti (celles de Montaigne ou de la Boëtie notamment), défendait sa foi catholique avec la Théologie naturelle de la traduction de Montaigne. Quelques indiscrets calvinistes le prirent de haut, et il semble, au ton de xMontaigne, que Sebond fut traité par eux sans la moindre considération.

La « préoccupation de jugement », la présomption. la « frénésie » de ces gens, irritèrent Montaigne. Peutêtre y avait-il en lui quatre ou cinq ans de rancunes amassées. De là est sortie Y Apologie de Raymond Sebond.

Là il donna corps à son scepticisme. Il lui donna un corps et une âme.

V Apologie de Raymond Sebond n'est pas un chapitre d'un livre. C'est un livre et un très beau livre : solide, bien lié, d'un dessein subtil. Ne vous figurez pas qu'il suffise de rouvrir au hasard, de s'y promener une heure, de le quitter, de le reprendre au gré de la fantaisie. Vous n'avez pas plus le droit d'en user ainsi avec Y Apologie, qu'avec le Phèdre ou le P/iédon.

On devrait, pour le lecteur hâtif, la diviser en chapitres ou en épisodes. En effet, elle ne contient pas une pensée unique, exprimée capricieusement de mille manières, et fortifiée d'une infinité d'exemples : elle est faite deplu^murs grandes idées, qui sont successivement y/" développées, ei dont {ensemble forme un état d'esprit y complexe et considérable, désigné sous~Te nom aujoui- y. d'hui insuffisant do scepticisme.

.le vois six de ces chapitres on épisodes. Le premier Q traite d\i genre de services que la foi doit demander â la raison; le second pourrait s'intituler : Nature et civi-(P lisation, ou L'homme et les bêtes. Le troisième définit le nr\ scepticisme. Le quatrième montre que toute philosophie fr ramené â l'attitude sceptique. Le cinquième prouve, par ftS l'analyse et la description des modes de connaissance, que l'homme est incapable d'arriver à la certitude. Le p\ sixième oppose le devenir à l'être, le fini à l'infini, Dieu à l'homme. Au total, n<»u^ voyons ainsi quelle devrait

MUM Uli.M

être l.i \ i .m . onditioo de l'homme : comment l'hon .1 erré, quand il i sa condition ;

neuf ses ei Examinons chacun de « •• - épisodes, pourbiei dre

la richesse de I ensemble.

Après un court récit dei circonstan ei dans Lesquelles il a traduit La Théologie naturelle de Raym< ad,

Montaigne nous expose immédiatement les reprehensions qu'on fail de son ouvrage «-1 la première à que les chrétiens se font tort de vouloir appuyer \( créance par des raisons humaines, qui ne se i onçoil que par foi et par une inspiration particulière de La divine ». Pour répondre à cette objection « ou il semble qu'il y a quelque zèle de pi< )\ pour - tisfaire

avec d'autant plus de douceur et de respect i ceux

qui la mettent en avant », Montaigne écrit quelques pages qui sont comme la préface religieuse del1 \ logie, et elles indiquent le thème qui sera repris et approfondi dans la conclusion.

Montaigne n'y parait plus en stoïcien irréligieux. v semhle-t-il pas chanter la palinodie de ce chapitre xn que « philosopher c'est apprendre à mourir », où il s'exhortait à la mort par les seuls arguments de la sagesse antique, lorsque maintenant il écrit : « Ces gran- « des promesses de la béatitude éternelle, si nous les « recevions de pareille autorité qu'un discours philoso- « phique, nous n'aurions pas la mort en telle horreur « que nous l'avons. Je veuil être dissous, dirions-nous, « et être avec Jésus-Christ. La force du discours de

« Platon de Y Immortalité de l'âme poussa bien aucuns « de ses disciples à la mort, pour jouir plus prompte- « nient des espérances qu'il leur donnait. » Et s'il a mis si haut dans son esprit les figures de Socrate et de (laton, iï nous prévient à cette heure que leurs « actions vertueuses demeurent vaines et inutiles pour n'avoir eu leur un, et n'avoir regardé l'amour et obéissance du vrai Créateur de toutes choses et pour avoir ignoré Dieu ».

Aussi accepte-t-il, sans hésiter, le principe même de l'objection à laquelle il va satisfaire. Mais auparavant il semble vouloir, si j'ose dire, liquider sa situation religieuse.

11 distingue en eflét le zèle ou l'apparence de religion, de la religion même; et l'entêtement, de la foi. A l'un les crimes, à l'autre les vertus: à l'un l'assassinat du grand duc de (iuise, la Saint-Barthélémy, les horreurs des guerres de religion, tout ce qui a un instant fermé son cœur au sentiment religieux ; à l'autre la confiance et la force qui transporte les montagnes; à l'un les bandes années qui désolent la France, à l'autre le petit groupe des pacifiques et des justes. « La justice qui est en l'un

<!<>> partis (le parti catholique), elle n'\ est, écrit Mon- <( taigne, que pour ornement et couverture. Elle y est « bien alléguée, mais elle n'y est ni reçue, ni logée, ni « épousée : elle y est comme en la bouche de l'avocat, « non comme dans le cœur et affection de la partie... « ConfesMMK l,i vérité: qui trierait de nos armées ceux « qui y marchent par le seul zèle d'une affection reli-

-ieuse, et encore ceux qui regardent seulement la pro- « tection des lois de leur pays, ou service du Prince, il

[60 M"N i HCHI

n'en -■un lit bâtir un*' romp ,;n-

« plèto.

D'où \ ienl qu'âne telle différer d'une même caus< l I que I lod ne s'appuie p

chez les uns el Les autres sur Les mêmes fondement , I ans sont croyants par une persuasion divine, el les autres le sont par raison purement bumaine. Montaigne, lui. s'accuse; il accuse de même ses contemp de n être

religieux que de la première manière: Nous ne >ns

« uotre religion qu'à notre façon et parnos main- et non (( autrement que comme Les autres religions se reçoi- « vent. Nous nous sommes rencontrés au pays où elle « était en usage, où nous regardons son ancienneté ou « l'autorité des hommes qui L'ont maintenue, on crai- « gnon- Les menaces qu'elle attache aui m< ils, <ai « suivons ses promesses... I ne auti«- région, «Tant « témoins, pareilles promesses el menaces nous pour- « raient imprimer, par même voie, une croyance con- « traire. »

La religion doit donc être « plantée » en nous par d'autres moyens. « Le nœud qui devrait attacher notre « jugement et notre volonté, qui devrait étreindre notre « âme et joindre à notre Créateur, ce devrait être un « nœud prenant ses replis et ses forces non pas de d - I « considérations, de nos raisons et passions, mais d'une « étreinte divine et supernaturelle, n'ayant qu'un visa - « et un lustre qui est l'autorité de Dieu et la grâce. » Et : « Si nous tenions à Dieu par lui, et non par nous, si « nous avions un pied et un fondement divin, les occa- « sions humaines n'auraient pas le pouvoir de les ébran-

« 1er, comme elles ont. Notre fort ne serait pas pour - <( rendre à une si faible batterie : L'amour de la nou- « veauté, la contrainte des Princes, la bonne fortune « d'un parti, le changement téméraire et fortuit de nos « opinions n'auraient pas la force de secouer et altérer « notre croyance; nous ne la Laisserions pas troubler « à la merci d'un nouvel argument. »

.Montaigne donne donc ainsi raison à ceux qui ne voudraient pas que Raymond Sebond et lui, cherchent à la foi une base toute rationnelle et tout humaine. Mais s'il accepte la thèse générale, il se défend contre L'application qu'on lui en fait : quand donc a-t-il songé à nier que ce fût « la foi seule qui embrassât vivement et « certainement les hauts mystères de notre religion? « Mais, ajoute-t-il, ce n'est pas à dire que ce ne soit une ! « très belle et très louable entreprise d'accommoder en- <( core au service de notre foi les outils naturels et huu mains que Dieu nous a donnés. 11 ne faut pas douter « que ce ne soit L'usage le plus honorable que nous leur « saurions donner, et qu'il n'est occupation ni dessein « plus digne d'un homme chrétien que de viser, par tous

ses études et pensements,a embellir, ('tendre et ampli- (( fier La vérité de sa créance. Nous ne nous contentons <( point de servir Dieu d'esprif et d'àmc; nous lui de- « vons encore et rendons une révérence corporelle; nous « appliquons nos membres mômes, et nos mouvements. « et les choses externes, à l'honorer. Il en faut faire de « même, et accompagner notre foi «le toute la raison m qui est en nous : mais toujours avec cette réservation « de n'estimer pas que ce soit de nous qu'elle dépende. »

■OHTAIGIII. 11

162 M01VTA10K1

i.i comment manier ces outils naturels el humain comment appliquer I >n ■■• notre foi ' Moui

pond : \ussi iM-si-il [).is « ro\ al>lc (j ne toute cette h. « chine n ail quelques marques empreintes de l i m

de i "I architecte, el qu'il n'i ail quelque

« des choses du monde rapportant aucunement a l'on « vrier qui l<s b bâties <t formées, il a l.-i « hauts ouvrages le caractère de sa divii \ tienl

(( qu'à notre imbécillil i que nous ne Le puissions décou- (( vi'ii-. C'est ce qu'il nous dit lui-même, qu< « (ions invisibles, il nous les manifeste parles visibL « Sebonds'esl travaillé à cette digne étude, et nous mon- << ire comment il n'est nulle pièce du monde qui dé- « mente son facteur. Ce serait faire tort à La bonté di- « vine, si l'univers ne consentait à notre cré Le

« ciel, la terre. Les éléments, notre corps el notre an (( toutes choses y conspirent : il n'est que de trouver le a moyen de s'en servir : elles nous instruisent, si nous « sommes capables d'entendre. Leschoses invisibles de « Dieu, dit saint Paul, apparaissent par la création du « monde, considérant sa sapience éternelle et sa divi- « nité par ses œuvres. »

La vraie matière de l'apologétique ne consiste donc pour Montaigne ni dans les arguments rationnels et philosophiques, ni dans l'étude du cœur humain, mais dans N considération de l'univers et des différentes parties de * l'univers. Montaigne à ce point de vue ne conduit ni à v Descartes, ni à Pascal; il annonce, il appelle Fénelon. Mais le but de cette apologétique ne serait pas de convaincre ou de persuader; ce serait simplement de pré-

parer le cœur; ce serait surtout de fortifier la foi et de la réjouir. Saint François de Sales offre le même but aux « discours » que la raison peut faire sur le propos de la religion. L'àme incroyante n'en devient pas croyante, tout du plus devient-elle moins incroyante. Mais l'àme croyante y trouve de l'édification, s'y complaît, s'y enivre d air et de lumière.

C'est à quoi se résume la préface religieuse de YApo- \ logie. Si elle n'est qu'habile, elle est fort habile; elle sauve d'une part la religion, elle déchaîne d'autre part le scepticisme ; elle ne place la foi à l'écart sur le rocher divin que pour laisser plus librement les Ilots du doute inonder les plages de la raison humaine. Mais elle est plus qu'habile, elle est nécessaire. On le verra, lorsque, reprenant le thème initial, Montaigne conclura son Apologie.

Montaigne s'est «loue dégagé, avec la douceur qu'il promettait, de la première « répréhension : L'ordre exige qu'il arrive à la seconde « répréhension ». Ceux qui la mettent en avant, il les secouera beaucoup « plus rudement », car ils sont a dangereux ei malicieux ». ils disent que « les arguments de Sebond sonl faibles et \K\r-

ineptes à vérifier ce qu'il veut». «Le moyen que je prends \j) ^ J/^1 h pour me rabattre cette frénésie, et qui me semble le I ^Z* ' « plus propre, répond Montaigne, c'est de froisser et ' f£y « fouler aux pieds L'orgueil et humaine fierté, leur faire

sentir l inanité, la \ anit< , l.-i i ntis«« de i Imnm

leur arracbi p dei poings lei i liétivefl armes de lem raison, leur faire baisser la tète et mordre la terrt « L'autorité ei révérence de la Majesté dh ine. \ donc, conclut notre philosophe, si l'homme b i puissance d'autres raisons |>lu- fortes <|ii'' celles (( l)oii(l : voire s il esl en Lui d'arriver à nulle certitude « j > .- 1 1 - arg liment ei par discours.

C'est par une transition fort adroite que Monts mène à cette seconde partie : il avait terminé La p dente en disant que « les arguments de Sebond se h veront aussi solides et autant fermes <ju<- nuls auti môme condition ». Et il avait ajouté : •• Qu'ils Les inci dules) souffrent la force de nos preuves, ou qu'ils nous en fassent voir ailleurs, et sur quelque autre sujet de mieux tissues et mieux étoffées, aussitôt il fait observ< qu'il a insensiblement changé de terrain : le me suis, sans y penser, à demi engagé dans la seconde objection, à laquelle j'avais proposé de répondre pour Sebond

Cependant il n'est pas encore 0 engagé » dans le pyrrhonisme et il faut le suivre à travers quelques détours.

N'attendons pas en effet que Montaigne entre imi diatement dans le scepticisme proprement dit. Le premier épisode de Y Apologie avait conclu qu'il y avait dans la nature l'image, les traces, les pas de Dieu: nous continuerons dans la même voie, et nous pousserons à d'autres conséquences ce conseil implicite de rester, par l'ingénuité et le naturel, près de la nature.

1/ homme prétend connaître seul l'univers, le dominer, y jouer légitimement le rôle d'un empereur.

« La présomption est notre maladie naturelle et orkï- « nelle. La plus calamiticuse et faible de toutes les « créatures, c'est l'homme, et quant et quant, dit Pline, i la plus orgueilleuse. Elle se sent et se voit logée ici , « parmi la bourbe et le fient du monde, attachée et « clouée à la pire, plus morte et croupie partie de l'uni - « vers, au dernier étage du logis et le plus éloigné de la <( voûte céleste, avec les animaux de la pire condition « des trois; et se va plantant par imagination au-dessus ( du cercle de la lune, et ramenant le ciel sous ses pied-. « C'est par la vanité de cette même imagination qu'il « s'égale à Dieu, qu'il s'attribue les conditions divines, « qu'il se trie soi-même et se sépare de la presse des « autres créatures, taille les paris aux animaux, ses con- « frères et compagnons, et leur distribue telle portion

de facultés et de forces que bon lui semble... »

Remettre L'homme dans la presse des autres créatures, parmi t<»us les vivants, tel va donc être le dessein de Montaigne.

Son argumentation esf célèbre : elle débute par une profession de foi astrologique qui ne doit qu'à demi nous étonner. Certes l'astrologue an bonne! pointu, qui prédit ce «pie demain sera, en regardant les étoiles, n'est pas moins ridicule pour Montaigne que pour nous. Mais la noble théorie que toutes les parties du monde sont les ;ines et les antres solidaires, et que particulièrement ce ciel incorruptible, — les taches du soleil n'ont pas été découvertes.— ces mouvements réglés des astres avec leur

166 MmM\|..M

iii.r- nifici leur harmonie el Ioui

lient , Buscitenl la i ie, l'oi dre de moi] elli

l'unie ers el !•■ flux des mers el le flux «l énemenl cette théorie qui est celle de Jordai ao el

\ .mini, méritait d'être trait* i

acceptée dam sa plus vag le-

iiicnt par Montaigne. « \ cons tte \i»- incor-

« ruptible des corps célestes, leur b ir,

« leur agitation continuée d'une si juste : !•'-

« rerla domination <-f puissance qu< l ont, non

« seulement sur n«>s vies <-t conditions de notre fortune, « mais sur dos inclinations mêmes, nos dise . -. (( volontés qu'ils régissent, poussent el agitent à là m<

de leurs influences... si nous tenons <1<- la distributi « du ciel cette part de raison que nous ai - mment « nous pourra-t-elle égaler à lui? Comment soumettre « à notre science son o>si.mic< el ^t.v conditions? »

Ainsi Montaigne, subordonnant l'homme, L'a rep] non au centre, non au-dcs>u<. mais au milieu et les lois de l'univers, et voici maintenant qu'il 1<- remet au rang des autres créatures : c'est la fameuse corn; raison de l'homme et des animaux. Montaigne se platt aux exemples, c'est son penchant; il recueille tout, il recueille môme, si j'ose ainsi dire, les racontars. Sansdor il y a des faits : ce qu'il a observé, il le raconte, et c fort bien : voyez ce joli petit tableau : Montaigne s'amusant à suivre un chien d'aveugle : « Je remarque avec plus « d'admiration, écrit-il, cet eifet qui est toutefois assez « vulgaire, des chiens de quoi se servent les aveugles et « aux champs, et aux villes. Je me suis pris garde

LK SCEPTICISME DE MONTAIGNE. KiT

« comme ils s'arrêtent à certaines portes, d'où ils oui

< accoutumé de tirer l'aumône... J'en ai vu un, le long « d'un fossé de ville, laisser un sentier plein et uni, et en « prendre un autre plus incommode pour éloigner son « maître du fossé. » Il décrira de même les rêves du chien ou du cheval pour prouver que ces animaux ont tout autant que l'homme la faculté d'imaginer et de comprendre : « les chiens de garde que nous voyons... ce lévrier que nous voyons... ce cheval que nous voyons... ». Il les a vus, c'est certain, tant sa description est vive et exacte. Malheureusement sous prétexte que nous « admirons et pesons mieux les choses étrangères que les ordinaires », il nous racontera l'histoire d'un chien de Vespasien qui jouait la comédie, et mille autres anecdotes de beaucoup de saveur, et de peu de solidité. Mais ilasonhut.il entend montrer que les animaux possèdent toutes les prérogatives dont se prévalent les hommes, lesquelles par suite ne sont plus des prérogatives. Et du même coup il veut rappeler à l'homme que la condition humaine n'es! pas d'une autre sorte que celle de toute la création : « J'ai dit tout ceci pour maintenir cette ressemblance qu'il y a aux choses humaines, et pour nous

« ramener et rejoindre au nombre. Nous ne sommes ni « au-dessus, ni au-dessous du reste; toutee qui est SOUS le « ciel, dit le sage, court une loi et fortune pareille. Il y « a quelque différence, il y a des ordres et des degrés :

< mais c'est sous le visage dune même nature. Il faut « contraindre l'homme et le ranger dans les barrières de « cette police; le misérable n'a garde d'enjamber par « effet au delà : il y est entravé et engagé: il y est assu-

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« de son ordre ei d'une condition fort moyenni « aucune prérogative ef pi vraie ei essen-

« tielle : celle qu'il se donne par opinion ei par « taisie n'a ai corps, ai goût, l.t s'il esf ainsi nue lui « seul de tous Les animaux ail c< tte Liberté de l'ima. a nation et ce dérèglement «le pensées, Lui représen- « tant ce qui est, ce qui n'esl pas, e\ ce qu'il veut, Le « faux et le véritable, c'esl un avantage qui Lui esf bien « cher vendu, et de quoi il a bien peu à ae glorifier : « car de Là naît la source principale des maux qui Le « pressent, vices, maladies, irrésolution, trouble ei dé- « sespoir. »

Voilà bien la partie topique et le point de L'argumentation de Montaigne : écoutez connue il développe abondamment, éloquemment la double idée que sa tl; renferme.

« Nature a embrassé universellement toutes ses cr< u tures, et n'en est aucune qu'elle n'ait bien pleinement « fournie de tous moyens nécessaires à la conservation de « son être. Car ces plaintes vulgaires que j'ois faire aux « hommes (comme la licence de leurs opinions les élève <( tantôt au-dessus des nues, et puis les ravale aux anti- « podes), que nous sommes le seul animal abandonné « nu sur la terre nue, lié, garrotté, n'ayant de quoi s'ar- « mer et couvrir que de la dépouille d'autrui, là où. tou- « tes les autres créatures, nature les a garnies de coquil- « les, de gousses, d'écorces, de poil, de laine, de pointes, « de cuir, de bourre, de plume, d'écaillé, de toison et de « soie, selon le besoin de son être: les a armées de erif-

< les, de dents, de cornes, pour assaillir et pour défendre, « et les a elle-même instruites à ce qui leur est propre,

■ à nager, à courir, à voler, à chanter; là où l'homme « ne sail ni cheminer, ni parler, ni manger, ni rien

< que pleurer, sans apprentissage : ces plaintes-là sont « fausses; il y a en la police du monde une égalité plus « grande, et une relation plus uniforme. »

D'où viennent donc les maux de l'homme? Ils vieil- ' neuf de la présomption humaine; l'homme souffre parce que, abusant de son imagination et s'enorgueillissanl de sa raison, il se met hors des conditions naturelles. Qu'il y rentre, il sera vertueux et heureux.

Montaigne «tend cela très loin. Quatre et cinq pages ne lui suffisent pas pour épuiser son idée et pour conclure cette partie de V Apologie : il attaque la civilisation, le savoir, tout abus, tout usage de la raison individuelle: on croirait entendre la prosopopée de r'abricius : « C'est ce

■ que disait an sénateur romain des derniers siècles, que leurs prédécesseurs avaient l'haleine puante à l'ail «•! l'estomac masqué de bonne conscience, et qu'au rebours ceui de son temps ne •>. niaient au dehors que le parfum, puansau dedans à tonte soi te de vices : c'est-

i à-dire, comme je pense, qu'ils avaient beaucoup de

savoir et de suffisance et grande faute de prudhomie.

« L'incivilité, L'ignorance, la siraplesse, La rudesse s'ac-

« compagnent volontiers de L'innocence. La curiosité, le

ir, la subtilité traînent la malice à leur suite.

De Là vient que l<is modèles que Montaigne semble

QOUS mettre SOUS les veux, ce sont les hommes primitifs,

Les Laboureurs, les sauvages ou encore les enfants que

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l'éducation n q p 1. 1 philosophie

i de &et préceptes, quoi reovoie sus exemples d'an

- athlète e( d'an muletier, auxquels • ; i

m menl beaucoup moins «I. i .>s<nf irm-nt <!■• mort, et douleurs et d'autres accidei plus de fermeté que

" la science n'en fournil oncq nul qui o'y fol né

• t préparé de soi-même par habitude naturelle I

« la connaissance nous aigui < plutùi m n-ssontin . des maux qu'elle ne les allège. Qui fait qu'on h « taille les tendres membres d'un enfanl plus « que les nôtres, e( encore plus ceux d'un cheval, n'est L'ignorance? Combien en a rendu de malades - nie force de l'imagination? Lors que l< h nous taillent, la science nous pr i. Cette

« couleur et ce teint vous présagent quelque fluxion ■ tharreuse; cette saison chaude vous mei « émotion fiévreuse; cette coupure de la ligne vital « votre main gauche vous avertit de quelq ie nof tble et « voisine indisposition. Comparez la vie d'un homme « asservi à telles imaginations à colle d'un laboureur « se laissant aller après son appétit naturel, mesurant « les choses au seul goût présent, sans science et sans « pronostique, qui n'a du mal que lorsqu'il l'a. »

Lisons encore cette page : « Comme la vie se rend | « la simplicité plus plaisante, elle se rend aussi plus in- <c noceute et meilleure, comme je commençais tantôt à « dire. Les simples, dit saint Paul, et les ignorants s'élè- « vent et se saisissent du ciel, et nous, à tout ' notr< - -

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