HON1 M'.M
parents. Cet amour naturel les attendrit trop
relâche, voire Les plui I
de châtier ses fautes, ni de le \ oir nourri
rii.nf c imme il faut, el Bans délie ■■ Ui ne le iiiraienl souffrir revenir suant et poudreux de < exercice, ni le voir hasarder, tantôt -^y un cbi
farouche, tantôt un Ûeurel au poing, tantôt une bar- - quebuse. Car il n'y a remède : qui en veui forire un « homme de bien, sans doute il Le faut hasarder an " peu en cette jeunesse, et souvent choquer Les règ « de la médecine.
L'enfant ne sera donc pas élevé chez Lui, mais vous pensez bien qu'il n'ira pas au collège : Je ne veni pas « qu'on emprisonne cet enfant, je ne veux pas qu'on « l'abandonne à la colère et humeur mélancolique « d'un furieux maître d'école; je ne veux pas corrom- « pre son esprit à le tenir à la géhenne et au travail, â « la mode des autres, quatorze ou quinze heure- p « jour, comme un portefaix; ni ne veux gâter ses « mœurs généreuses par l'incivilité et barbarie d'au- « trui. »
On le confiera à un précepteur. Ce précepteur, ce « conducteur » aura plutôt la tête bien faite que bien pleine et l'on y requerra tous les deux, mais plus les « mœurs et l'entendement que la science n ; et il se conduira en sa charge d'une manière nouvelle .
D'abord, nous l'avons dit, il ne « criaillera pas, comme qui verse dans un entonnoir » ; mais il ne s'occupera pas uniquement de reconnaître si son élève a compris la leçon; il regardera si le jugement de l'enfant en a pro-
[.'iH SI I T LTION I) ES I M 'A N I S . l'i \
fité : le maître habituera l'élève autant à juger qu'à comprendre.
« Qu'il lui fasse tout passer par l'étaniine et ne loge « rien en sa tête par autorité et à crédit; les principes
d'Âristote ne lui soient principes, non plus que ceux « des Stoïciens ou Épicuriens. Qu'on lui propose cette « diversité de jugements : il choisira s'il peut, sinon il « en demeurera en doute. Car s'il embrasse les opi- « nions de Xénophon et de Platon par son propre dis- « cours, ce ne seront plus les leurs, ce seront les sien- « nés. Il faut qu'il emboive leurs humeurs, non qu'il « apprenne leurs préceptes. Et qu'il oublie hardiment, « s'il veut, d'où il les tient, mais qu'il se les fasse appro- « prier. La vérité et la raison sont communes à un « chacun, et ne sont non plus à qui les a dites premiè- « rement, qu'à qui les dit après. Les abeilles pillotent « deçà delà les ileurs, mais elles en font après le mie!, m qui est tout leur; ce n'est plus thym ni marjolaine : « ainsi les pièces empruntées d'autrui, il les transfor- « mera et cou fondra, pour en faire un ouvrage tout
sien : à savoir son jugement. Son institution, son tra- « vail et étude ne visent qu'à le formel
Mais la Leçon proprement dite n'est pas le plus profitable exercice de l'entendement. Tout ce qui se présente et particulièrement le commence de* hommes est « merveilleusement propre » à cet apprentissage.
Or c'est par La visite des pays étrangers qu'on s'informe des humeurs des hommes et des nations, et qu'on « frotte et lime sa cervelle contre celle d'autrui ». Aussi Montaigne veut-il qu'on commence à promener son
l'il MOM UGIfl •
éleva dès la tendre enfance, et premièrement, pour faire d'une pierre deui coups, parlai oatUmi voisinai (jui ont la langage plus éloigné du nôtre et auquel, ■ vous ne la formez de bonne heure, l.i langue in: -<• [>eut hçonner ».
Seulement « en cette éeolo du commerce des hommes », tout le monde ne sait pas s'instruire. Tels ne cherchent dans leurs voyages que des détails précj indifférents et de minutieuses mais vaines constatations : maniaques de la curiosité ou pointilleux érudits. Tell ne sont occupés que d'eux, et, tout pleins de suffisance, au lieu « de prendre connaissance dautrui, ne travaillent qu'à la donner d'eux-mêmes » ; ils sont contentieux, disputeurs, formalistes et susceptihles. Tels enfin sont frivoles; et, tout occupés du goût de la malvoisie ou de quelque anecdote saugrenue, laissent perdre, sans les entendre, mille beaux trait-. L'élève de Montaigne sera mis en garde contre ces trois défauts : il s'intéressera à tout ce qui a une portée générale et une utilité morale, il s'habituera « au silence et à la modestie, qualités très commodes à la conversation des hommes ». Il ne se « formalisera point des sottises et des fables qui se diront en sa présence ». Il saura rendre et quitter les armes à la vérité , tout aussitôt qu'il l'apercevra, soit quelle naisse es mains de son adversaire, soit qu'elle naisse en lui-même par quelque ravissement ». Il sera attentif, aura k les yeux partout », il ne se laissera pas tromper par les « grandeurs de fortune qui ne se trouvent guère mêlées à la suffisance », il « sondera la portée d'un chacun » : il trou-
l'institution des enfants. 2V3
vera profit à la conversation « d'ua bouvier, d'un maçon, d'un marchand ». «A contrôler les grâces et façons d'un chacun, il s'engendrera envie des bonnes et mépris des mauvaises. »
Cette « pratique des hommes » ne se bornera pas aux hommes du présent. Il y faut comprendre « ceux qui ne vivent qu'en la mémoire des livres ». Il pratiquera, « par le moyen des histoires, ces grandes âmes des <( meilleurs siècles. C'est une vaine étude, qui veut et qui « ne se propose autre fin que le plaisir ; mais qui veut « aussi, c'est une étude de fruit inestimable. Quel profit « ne fera-t-il en cette partie-là, à la lecture des vies de « notre Plutarque? Mais que mon guide se souvienne « où vise sa charge ; et qu'il n'imprime pas tant à son « disciple où mourut Marcellus, que pourquoi il fut « indigne de son devoir qu'il mourût là. Qu'il ne lui <( apprenne pas tant les histoires, qu'à en juger. »
En tout cela je vois que l'enfant acquerra une grande expérience, un jugement sûr, et le courage de juger. Je vois heureusement aussi, quoique Montaigne ne le dise pas, — mais il le sous-entend partout, — que le principe de ces jugements sera la noblesse morale. Machiavel également apprend au prince à connaître les hommes, mais c'est pour les réduire en esclavage ; et le prince ne retire d'une telle éducation que des leçons d'égoïsme, de domination, de force et d'habileté. Pour le disciple de Montaigne, les hommes ne sont pas une matière à exploiter; ce sont des exemplaires de vertu ou de vice, de bien ou de mal, de bon sens ou de folie, que la sagesse a profit à connaître pour vivre plus sage.
l'\ 'l MON | \H,\| .
Or voici maintenant un autre profit que L'en£an! trouve à avoir ainsi parcouru 1* i < n des parties d( rasfc monde j>1jn ^j<jii«* qu'es! la terre, de ce vaste monde moral qu'es! L'humanité. La sagesse, qui n'es! pas seulement amour du J>i*n et haine «lu mal, admiration de la vaillance et mépris de la bassesse, répugnance an mensonge et passion de la sincérité. La sagesse qui est en outre modestie intellectuelle, conception juste et modérée des choses, et qui a parfois besoin — Montaigne L'a éprouvé — d'une cure de scepticisme, la sagesse va par un autre biais s'y compléter et s'y affermir. Lisez cette page qui est capitale, et que je cite dans la forme définitive que Montaigne lui a donnée après 1588 :
« Use tire une merveilleuse clarté, pour le jugement « humain, delà fréquentation du monde. Nous sommes « tous contraints et amonceliez en nous, et avons la vue « raccourcie à la longueur de notre nez. On demandait à « Socrates d'où il était. Il ne répondit pas : d'Athènes, « mais : du monde. Lui, qui avait son imagination plus « pleine et plus étendue, embrassait l'univers comme sa « ville, jetait ses connaissances, sa société et ses affec- « tions à tout le genre humain, non pas comme nous qui « ne regardons que sous nous. Quand les vignes gèlent « en mon village, mon prêtre en argumente lire de « Dieu sur la race humaine, et juge que la pépie en « tienne déjà les cannibales. Avoir nos guerres civiles, « qui ne crie que cette machine se bouleverse et que le « jour du jugement nous prend au collet, sans s'aviser « que plusieurs pires choses se sont vues, et que les dix « mille parts du monde ne laissent pas de galler le
l'institution des enfants. 2&5
« bon temps cependant? Moi, selon leur licence et im- « punité, admire de les voir si douces et molles. A qui « il grêle sur la tête, tout l'hémiphère semble être en < tempête et orage. Mais qui se présente, comme dans « un tableau, cette grande image de notre mère nature « en son entière majesté; qui lit en son visage une si <( générale et constante variété ; qui se remarque là de- « dans, et non soi, mais tout un royaume, comme un <( trait d'une pointe très délicate, celui-là seul estime « les choses selon leur juste grandeur. Ce grand monde, « que les uns multiplient encore comme espèces sous « un genre, c'est le miroir où il nous faut regarder « pour nous connalire de bon biais. En somme, je veux « que ce soit le livre de mon écolier. Tant d'humeurs, « de sectes, de jugements, d'opinions, de lois et de « coutumes nous apprennent à juger sainement des « nôtres, et apprennent notre jugement à reconnaître « son imperfection et sa naturelle faiblesse : qui n'est « pas un léger apprentissage. Tant de remuements d'état « et changements de fortune publique nous instruisent « à ne faire pas grand miracle de la nôtre. Tant de « noms, tant de victoires et conquêtes ensevelies sous « l'oubliance, rendent ridicule l'espérance d'éterniser « notre nom par la prise de dix argoulets et d'un « pouillier qui n'est connu que de sa chute. L'orgueil « et la fierté de tant de pompes étrangères, La majesté « si enflée de tant de cours et de grandeurs, nous fer- « mit et assure la vue à soutenir l'éclat des nôtres sans « sillerles yeux. Tant de milliasses d'hommes, enterrés « avant nous, nous encouragent à ne craindre d'aller