‹ MontaigneChapitre 67 sur 100 · Voir tout le chapitre x du livre III · texte numérisé non relu

Voir tout le chapitre x du livre III

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contient : toute personne suspecte d'apporter la uion, est mise hors la vie civilisée. Tout sures sont prises en L'absence du notaire , Mont .était justement dans son château; mais il en est chasa par une effroyable attaque de la peste. Il fuit doi . escortant sa vieille mère, sa femme, sa fille, d - D

amie en maison amie, bien embarrassé parfois pour leur trouver un abri, et souffrant non de son mal. non de ses craintes, mais du mal et des craintes de ses compagnons : « Moi qui suis si hospitalier, dit-il. fus en « très pénible quête de retraite pour ma famille, une « famille égarée faisant peur à ses amis et à soi-même et « horreur où qu'elle cherchât à se placer: ayant à « changer de demeure, soudain qu'un de la troupe « commençait à se douloir du bout du doigt : toutes u maladies sont alors prises pour peste, on ne se donne « pas le loisir de les reconnaître. Et c'est le bon. que selon « les règles de l'art, à tout danger qu'on approche, il « faut être quarante jours en transe de ce mal : l'ima- « gination vous exerçant cependant à sa mode, et en- « hévrant votre santé même. Tout cela m'eût beaucoup

1. Voir A. Duc a inné s- Du val, Inventaire sommaire des Registres de la Jurade, t. III, à l'article Contagion.

LE SAGE VIT AVEC LES HOMMES. ±"i')

« moins touché, si je n'eusse eu à me ressentir de la « peine d'autrui, et servir six mois misérablement, de « guide à cette caravane. Car je porte en moi mes « préservatifs, qui sont résolution et souffrance1 ».

Dans ces conditions que faire? rentrer à Bordeaux? la présence du maire dans la cité n'ajouterait pas un iota aux mesures de préservation; serait de nul profit, de nul secours. En revanche Montaigne verrait empirer la situation des siens. Le seul acte de sa charge qui rappellerait à Bordeaux, ce serait la transmission des pouvoirs à un nouveau maire; tant de mal pour une simple formalité? il n'hésite pas. « Je n'épargnerai ni la vie, ni autre chose pour votre service, écrit-il aux jurats, et vous laisserai à juger si celui que je vous puis faire par ma présence à la prochaine élection vaut que je me hasarde d'aller en ville ». Il ne se hasarda donc pas. Rotrou se jette dans la ville où l'on meurt de la peste, pour mourir avec ses concitoyens : il met son courage à se sacrifier. Montaigne met son courage à vivre en remplissant les devoirs nécessaires et raisonnables, mais à vivre sans effroi et sans tremblement, les yeux ouverts maître <le soi.

A la suite de cette péripétie, Montaigne se retira peu à peu des affaires publiques et de la vie active. Il se mêla bien encore aux événements politiques pour soutenir les ambitions légitimes de Henri IV; il entreprit bien, en 1588, un grand voyage qu'il poussa jusqu'en Picardie et qui l'exposa à bien des périls, voire qui le

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