La Bruyère, Caractères, cli. i
MONTAIGNE ET SON LIVRE. "i
plus bienveillants, ont donc dépassé le point de vue de Malebranche.
Sainte-Beuve, si ennemi des raccourcis systématiques, mais si habile à tâter chaque fibre, une à une, et à la faire résonner, a essayé Montaigne par mille cotés différents1. Il s'est d'abord aperçu qu'il y a chez Montaigne une infinie variété de pensées, de réflexions et (Vidées; tout cela naît capricieusement, se succède, peut-être sans raison, sauf des raisons d'art. Oui, c'est bien la causerie vagabonde. Mais si l'on insiste, et Sainte-Heuve a insisté, on est étonné : ces pensées capricieuses ne seront pas superficielles : voyez, elles se prolongent, elles courent par de sinueux chemins, qui pénètrent, qui s'enfoncent, qui vont indéfiniment. Il y a « l'arrière-boutique », et « toute l'enfilade de ses pensées et arrière-pensées, ce labyrinthe de cabinets et de chambres, où Montaigne se plait, sans qu'on sache jamais, non plus quePygmalion, dans laquelle il couche ».
Soyons curieux, soyons patients : entrons çà et là dans quelques demeures de Montaigne, mais n'en quittons aucune que nous n'ayons exploré « Ta nirre- boutique », et « l'enfilade des pièces ». Une surprise nous est réservée : tous ces labyrinthes aboutissent à un même carrefour. Toutes ces sources jaillissantes qui percent le sol au hasard, viennent d'une nappe commune.
Point de système, sans doute, point de doctrine, rien de ce qui pourrait diminuer la richesse et la va-