‹ MontaigneChapitre 70 sur 100 · MO.N I \I«.M · texte numérisé non relu

MO.N I \I«.M

Qature ne soif elle-même qu'une premi< ntuine, comme la coutume esl une seconde nature*

i J'ai bien peur, «lit Pascal; uoui ne serions plui effrayés aujourd'hui; de telles idées a*oni plus rien d'étrange et d'inouï; ei tout.- une philosophie, tantôt Bavante, tantôt attrayante, tantôt l'un ei L'autre I la ; nous enseigne que l'homm* est un rivant, un rivant indéterminé de lui-même, que Le milieu, le moment, la n déterminent et informent, et qui va de métamorphose en métamorphose, sous les influences durables, sous les influences passagères, stabilisé par les unes, assoupli par les autres, et au total, comme l'indiquait déjà Montaigne, libéré par la mode heureusement changeante. Que les mouvements de ce vivant, que les éléments de cette vie, soient les faits, comme le veut Taine. et partant soient accessibles à la science, que ce soient au contraire des nuances et une perpétuelle fermentation, comme l'entend M. Bazaillas, et par conséquent que la description de ce monde intérieur soit impossible à la science, et possible à la philosophie, à la poésie, à la musique, n'importe; et sans doute l'auteur de V Apologie de Raijmond Sebond eût jugé celui-ci meilleur disciple que celui-là ; mais il eût reconnu chez tous les deux ses idées essentielles sur l'homme et sur la coutume.

Seulement, lui, il ne s'arrête pas là. Il a complété sa pensée, dans le chapitre 11 du livre III sur le Repentir. Pascal a peu lu cet Essai, et Ta probablement lu sans sympathie; d'ailleurs on a cru y voir l'aveu d'un orgueil insupportable. Mais à regarder de près, à passer de la

« boutique » dans « l' arrière-boutique », on aie profit de faire connaissance avec un nouveau Montaigne.

« Je ne merepens jamais, » dit Montaigne. Est-ce le cri de Rousseau : « Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra; je viendrai ce livre à la main (il s'agit des Confessions) me présenter devant le souverain Juge. Je dirai hautement : Voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus »? Montaigne n'a pas de ces sentiments d'orgueil et ses pensées sont plus philosophiques.

Qu'est-ce que le repentir? « Une dédite de notre volonté et opposition de nos fantaisies qui nous promènent à tous sens. » C'est cette dédite de volonté et cette opposition de fantaisies que Montaigne ne connaît pas. Veut-il dire qu'il ne se trouve aucune faute? Non pas : il veut dire qu'il a été tout ce qu'il pouvait être ; il veut dire que sa vie a eu de l'unité ; il veut dire enfin qu'il a rempli sa nature. Il ne connaît pas le repentir, mais il connaît le regret : il s'est conduit conformément à la nature de Montaigne; il regrette de n'avoir pas la nature de Caton ou de Socrate : « Je fais coutumièrement entier ce que m je fais, et marche tout d'une pièce. Je n'ai guère de « mouvement qui se cache et dérobe à ma raison, et qui « ne se conduise à peu près par le consentement de toutes « mes parties, sau^ sédition, sans division intestine; « mon jugement en a la coulpe ou la louange entière. « Je puis désirer en général être autre :je puis con- « damner ma forme universelle, m'en déplaire, et sup- « plier Dieu pour mon entière réformation, et pour « l'excuse de ma faiblesse naturelle : mais cela, je ne

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le dois nommer repentir, ce me iemble, non j> J » 1 ^ < j 1 1 r* •• Le déplaisir de n'être ni Ange, ni Caton. Mes actions " sonl réglées, e1 conformes 6 ce que je sois, ai i ma « condition, je ne puii faire mieui : el Le repentir oe « touche pas proprement les choses qui ne lonl pas en « notre force : oui bien Le regret. l'imagine infinies « natures plus hautes et plus réglées que La mienne: « je n'amende pas pourtant mes facultés : comme ni « mon bras, ni mon esprit, ne deviennent plus eux,

« pour en concevoir un autre qui le soit 1. »

Je ne relève pas pour le moment ce témoigi - de Montaigne sur lui-même, qu'il a toujours agi par jugement; et je ne signale qu'en passant, combien est stoïcienne cette opposition du regret et du repentir. L'essentiel est de noter ces expressions : « ma forme universelle, ma condition, ma nature ». Sous le mouvement et le devenir, ce mouvement et ce devenir quelaco?/tume semble gouverner, il existe donc quelque chose. Le vivant n'est pas de soi-même indéterminé et inintelligible. Voici en effet que Montaigne le déclare d'une façon catégorique : « Il n'est personne, s'il s'écoute, qui ne « découvre en soi une forme sienne, une forme maîtresse « qui lutte contre l'art et l'institution, et contre la tem- « pète des passions quilui sont contraires2. » Ou encore : « Les inclinations naturelles s'aident et fortifient par « institution, mais elles ne se changent guère et sur- « montent. Mille natures de mon temps ont échappé « vers la vertu ou vers le vice au travers d'une disci-

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