‹ MontaigneChapitre 71 sur 100 · Éd. M. et J., t. V, p · texte numérisé non relu

Éd. M. et J., t. V, p

« pline contraire. On n'extirpe pas ces qualités origi- « nelles, on les couvre, on les cache '. » Tout cela concorde bien avec le conseil qu'il donne dans le chapitre surTlnstitution des enfants, d'étrangler l'enfant dont la nature est basse, ou d'en faire un pâtissier.

Malgré donc Y Apologie de Raymond Sebond, il n'est pas vrai qu'il n'existe rien de stable, rien de permanent en nous. Quelque chose demeure : personnalité n'est pas un vain mot. Et sans doute cette personnalité ne se confond pas avec le Moi des gens sans philosophie, qui disent : Je suis ceci, je suis cela; ni avec le Moi des logiciens abstraits qui le réduisent à la pensée; encore moins avec le Moi des empiristes qui le comparent à une table rase : c'est, dans le vivant, une certaine disposition à s'orienter dans un sens et non dans un autre, à avoir des sensations et des sentiments de telle couleur et de telle valeur, à s'exprimer dans une série particulière d'idées et d'actes, c'est une tendance, une tendance obscure mais non indifférente ; et le mot de force ne convient pas, le mot de faculté n'est plus juste, le mot de forme n'est pas clair, le mot d'idée directrice est trop intellectuel. Contentons-nous de comprendre ce que c'est, sans le nommer.

Un pas de plus : chaque personnalité, obscure ou claire, riche ou pauvre, tient non à soi seulement, mais à l'humaine nature ; chaque homme, outre sa forme particulière, porte la « forme entière de l'humaine condition ». De là vient qu'en étudiant à fond un homme,

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