Éd. M. et J., t. vu, p
« et cependant les traces de son instruction, et ce peu « qui par le bénéfice de l'ignorance reste de son image, « est empreint en la vie de cette tourbe rustique « d'hommes impolis ; la Science est contrainte de l'aller « tous les jours empruntant, pour en faire patron à ses « disciples, de constance, d'innocence, et de tranquil- « lité. Cette raison qui se manie à notre poste, trouvant « toujours quelque diversité et nouveauté, ne laisse « chez nous aucune trace apparente de la Nature. Et « en ont fait les hommes, comme les parfumiers de « l'huile : ils Font sophistiquée de tant d'argumenta- « tions et de discours appelés du dehors, qu'elle en est « devenue variable et particulière à chacun : et a perdu « son propre visage, constant et universel *. »
Or cette « forme entière » de la condition naturelle, il se trouve que plus tard Montaigne l'a définie : c'est la semence de la raison universelle empreinte en tout homme non dénaturé 2.
Tel est l'homme. Mais n'oublions pas que cette « raison universelle », ces caractères généraux de l'humanité, ces caractères particuliers des individus, n'ont rien de commun avec cette raison qui sépare de la nature, qui s'impose à la nature, à l'humanité, à l'individu, qui prononce des arrêts et asservit à de prétendues vérités, les esprits les cœurs, les corps, enchaînés, immobilisés, fixés ou à vrai dire ankylosés pour jamais. N'oublions pas davantage que ces prédes-