‹ MontaigneChapitre 74 sur 100 · Éd. M. et J., t. VI, p · texte numérisé non relu

Éd. M. et J., t. VI, p

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tinations goni pratiquement for! indéterminé* qu'elles gardent toujours Leur fécondité spontanée, elles peuvent se réaliser dans une infinité de formel différentes, et jamais elles ue se réalisent complètement; elles changent sans cesse, elles rivent jusqu'à la mort.

L'homme est un vivant; mais il D'est pas le plasma amorphe que la vie va chercher au fond des me pour le diversifier, en tirer les êtres distincte, et Les

formes changeantes: il est une personne. Chaque homme a son nom propre : un nom mystérieux, un nom divin sans doute, que nous sommes réduits à conjecturer et dont toutes les syllabes ne seront jamais clairement prononcées ici-bas. N'appelons pas la raison pour le déchiffrer et le balbutier ; vivon-.

Avant d'être pris par la société politique, Montaigne sera pris par la société mondaine et civile. Cet amant de la solitude était extrêmement sociable; car la solitude qu'il aimait, c'était seulement la solitude philosophique, celle qui consiste à « ramener à soi ses affections et pensées, restreindre et resserrer non ses pas, mais ses désirs et ses soins ». Or, cette solitude, loin de rendre solitaire, facilite au contraire l'allégresse de la compagnie : « Il y a des naturels particuliers retirés ou internes, écrit Montaigne; ma forme essentielle est propre à la

communication et production ; je suis tout au dehors et en évidence, né à la société et à l'amitié l ».

Il y a trois « commerces » où se plait Montaigne : cclui-'des livres, celui des honnêtes dames, celui des honnêtes et habiles hommes 2.

On s'étonne qu'il n'y ait pas celui des amis : c'est qu'un ami n'est point compagnie, société, ni commerce; un ami est un autre soi-même. Se communiquer avec un ami, ce n'est pas sortir de soi-même et vivre avec les autres hommes; c'est rester avec soi et vivre avec soi. La vraie et pure amitié est d'une espèce particulière, très rare, très admirable. Montaigne l'a connue, l'a perdue, a vécu avec le souvenir de cette amitié; mais c'est dans le courant stoïcien qu'il a mis ce souvenir !.

Maintenant donc il jouit du commerce des livres. Mais comment? « Je feuillette à cette heure un livre, dit-il, à cette heure un autre, sans ordre et sans dessein, à pièces décousues; tantôt je rêve, tantôt j'enregistre et je dicte, en me promenant, mes songes que voici ». Il ne s'instruit plus, il s'amuse. « J'étudiai jeune pour l'ostentation, depuis un peu pour m'assagir, à cette heure pour m'ébattre *. »Le plaisir est donc dans la lecture tout ce qu'il cherche ; et lorsque quelqu'un lui en fait reproche, il répond : « Il ne sait pas comme moi combien vaut le plaisir : à peine que je die tout autre

t. Éd. Met. J., t. V, p. 220.

2. C'est le sujet du chapitre m du livre III, « Des Trois commerces ».

3. Voir dans l'Édition Municipale l'Essai xxvm du liviv 1, « De l'Ami tir ».

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