Éd. M. et J.} t. VI, p
nues et l'interprétation de mœurs mal observées, ou des à peu près sur la physique, la chimie, l'atome, l'unité de la matière, ou, comme au temps de Montaigne, les versets mal entendus de la Bible?
Montaigne ne saurait être de ces partis et. à défaul d'autre raison, tout ce qu'ils proclament d'affirmations hautaines, l'aurait fait fuir de leur compagnie. Ils lui arrachent les dents, ces gens-là!
Mais il y a une autre raison qui empêche Montaigne d'être, je ne dis pas un révolutionnaire ni même un radical, mais simplement un réformiste, un politicien de Vidée, — et c'est la bonté.
Dn des vices les plus odieux à Montaigne était la cruauté ; il pousse jusqu'à un degré dont il a presque honte, sa répugnance instinctive à voir souffrir; à faire souffrir. « Je n'ai pas su voir seulement sans déplaisir, dit-il, poursuivre et tuer une bête innocente, qui est sans défense et de qui nous ne recevons nulle offense l. » Non seulement il déclare abominable la torture; mais encore « il ne peut soutenir dune vue ferme les exécutions mêmes de la justice, pour raisonnables qu'elles soient ».
Or toute innovation ou toute nouvelleté dans L'État, si elle ne s'introduit pas d'elle même par la force des choses et avec le consentement unanime, si elle n'a d'autre fondement que rationnel, est une source immédiate de souffrances et une cause de cruauté. Certes, ceux qui la préconisent en attendent merveilles;