‹ MontaigneChapitre 86 sur 100 · MONTA · texte numérisé non relu

MONTA

Ce dilettantism* indéniable, el l< du

premier coup achevé et parfait Aussi, soit «lit en sant, ressemble-t-i] trait pour trait Loi de Renan.

Le premier de ces traits, c'est une singulii

de curiosité.

Tout ce qui est nouveau et renn, amuse main-

tenant Montaigne. Il recueille les fait-, les anecdotes que gens et livres lui fournissent; et il ne demande

plus guère aux livres que cela :« je lis à cette heure pour m'ébattre ». Aussi les Essais sont-ils devenus, cornu dit M. Stapfcr, « un répertoire divertissant des pires

absurdités humaines, des pratiques et d M locales les plus étranges et les plus ridicules ».

La curiosité ne s'arrête pas aux faits: elle va aux hommes et aux systèmes : idées hétéroclites, philo- »] mal famés prennent place dans les Essais, et des idées plus saines, et des gens mieux famés aussi. Cette foule, discordante et bigarrée, se coudoie le long des pages sans jamais s'organiser en procession ou en régiment et sans aller nulle part; chacun y tire de côté, indifféremment : « Autrefois, écrit Renan, chacun « avait un système; il en vivait, il en mourait. Main- « tenant nous traversons successivement tous les sys- « tèmes, ou, ce qui est bien mieux, nous les comprenons « tous à la fois. » C'est l'histoire de Montaigne.

Mais c'est aussi du scepticisme, dira-t-on; et l'on se

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demandera si ce dilettantisme-là diffère en rien de VAj)olofjw de Raymond Sebond.

Regardez : les différences sautent aux yeux. Le Pyrrhonien amasse les faits contradictoires, oppose les hommes pour en conclure : « que sais-je? » ; et le dilettante ne conclut rien. Le Pyrrhonien exerce son jugement, et, sans prononcer des arrêts, se forme au contact des choses l'entendement et la conscience ; le dilettante se contente de s'amuser : jamais un dilettante n'écrira de traité sur Y Institution des Enfants.

D'ailleurs, le dilettante apporte un souci nouveau : il ne se contente pas de comprendre et de se divertir à comprendre; il est à la poursuite d'un divertissement plus difficile et plus exquis.

C'est amusant de vivre; mais cet amusement s'épuise vite par la monotonie, et s'attriste par le sérieux; on vit sa vie, rien que sa vie ; on y trouve des devoirs, des peines; et cela n'est pas gai, surtout si Ton est vieux et malade. Eh bien, donnons-nous l'agrément de vivre par l'esprit la vie d'une infinité de gens différents de nous; c'est à peu près le plaisir que nous fournit le théâtre, mais avec beaucoup plus de variété, et sans cette secousse des nerfs qui fatigue ; et même nous serons à la t'ois Les spectateurs et 1rs acteurs. Sans compter que nous pourrons choisir chez autrui tout ce qui nous plaira, nous goûterons ee qu'il y a de contentement dans toutes les conditions et dans tous les cœurs. Nous serons partout chez nous, nous ajouterons à notre sensibilité toute sensibilité heureuse et satisfaite. Ce n'est pas un enrichissement du moi, c'est une multiplication :

::is nom tiom

chacun de ces m

jouir du bonheur. Écoutons encoi e Montai

m. • sentir i â une forme, écril il, je a j ob

• pas le monde, comme chacun fait .. mille contraire os de rie; et, an n du

« commun, reçois plus facilement la différence qu< « ressemblance en nous, le décharge tant qu'on reut « un autre être de mes conditions ef principes, et le « considère simplement en lai-même, sans relation, « l'étoffant sur son propre modèle. Pour u'< nti-

« nent, je ne laisse d'avouer sincèrement la contint « des Feuillants et des Capucin-, et de bien trouver « l'air de leur train : je m'insinue par Imagination « bien en leur place; el si, les aime et les hou « d'autant plus qu'ils sont autres que moi \ On j rapprocher de cette déclaration caractéristique Ci lignes fameuses de Renan : u Je goûte tout L'uniTen « par cette sorte de sentiment général qui fait que nous « sommes tristes en une ville triste, gais en une vill«- « gaie. Je jouis ainsi des voluptés du voluptueux, des « débauches du débauché, de la mondanité du monu dain, de la sainteté de l'homme vertueux, des mé- « ditations du savant, de l'austérité de l'ascète... tout <( ce qui a été beau, aimable et juste me fait comme « un paradis. Je défie avec cela les malheurs de rn'at- « teindre; je porte avec moi le parterre charmant de « la variété de mes pensées. »

1. C'est au début du chapitre xxxvn du livre I (Édition ml nicha « Du jeune Caton. »

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Parmi ces états d'âme étrangers, il en est un que Le dilettante, s'il est un peu vieux, fait souvent revenir : c'est l'amour; non pas la passion de l'amour, non pas l'amour subtil et fort, mais un sentiment frais et spontané, dont la beauté naturelle de la femme est l'objet. <( Le cerveau brûlé par le raisonnement a soif de simplicité comme le désert a soif d'eau pure, écrit Renan. « Quand la réflexion nous a menés au dernier terme « du doute, ce qu'il y a d'affirmation spontanée dan> La « conscience féminine, nous enchante, et tranche pour « nous la question. La femme belle et vertueuse est « le mirage qui peuple de lacs et d'allées de saules <( notre grand désert moral. »

Comme c'est poétiquement dit et avec quelle délicat <■ pureté !

Mais la pureté est chose fragile, et le dilettante ne se contente pas de mirages, pour peupler son désert; il appelle de plus chaudes images; les allées de saule mènent ou ramènent à l'abbesse de Jouarre.

Montaigne a passé par un chemin encore plus rapide, et il est allé beaucoup plus loin que le cachot où l'abbesse de Jouarre s'abandonne à son chevalier. Montaigne n'eut pas la jeunesse chaste de Renan; et son dilettantisme, Lorsqu'il s'agit des honnêtes dames et bien nées, dédaigne la discrétion que Renan a mise dans ses rêves les plus abandonnés. Mais, indiscrètes ou discrètes, les images de la volupté sont les compagnes du dilettantisme; elles ne manquent pas à celui de Montaigne.

Et maintenant, si un esprit rompu aux métamorphoses

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