‹ MontaigneChapitre 87 sur 100 · MON I \I«,M · texte numérisé non relu

MON I \I«,M

ri habitué aui plaiain do dilettantisme, veuf exprii ^mii dilettantisme, ou simplement dei livres sem-

l*t.i 1 > les A lui, quel air auront ses livn

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liaison et de la logique; mon moi, de l'unité; je tii ;i mon moi ef à mes id je oie ou j'affirme selon

les cas, maie avec ordre; ei s'il ] a désordre, c de talent, non de volonté. Mais le dilettante a mille moi; il volte capricieusement de rein celui-là, el il

faut qu'il s'élance d'un bond Bans transition, sali par déduction e1 avec régularité d'un moi I L'antre, ce serait en somme un même moi qui évolu< perpétuerait en se modifiant : L'incohén condition de la différence; elle déconcerte Le Lecteur; que le lecteur s'y fass .

Qu'il se fasse aussi à l'ironie. Klle est ici néV ssai / Car si je m'attachais à un état d'âme ou à un< . j'y

demeurerais, et je ne m'en dégagerais qu'au prix d'un effort, d'une peine. Le dilettante, pour évite] cet effo et cette peine, pour ne jamais s'attacher ni se prend] doit sans cesse se rendre compte qu'il >c joue à luimême une féerie; il croira aux choses qu'il dit, juassez pour être un acteur sincère. ju>te a-sez peu pour n'être pas un acteur convaincu. Il a l'air de se moquer de lui, et nous avons peur qu'il ne se moque de nou- : c'est qu'il réserve sa liberté, qu'il ménage sa sensibilité et qu'il fait des exercices d'assouplissement intellectuel. N'est-ce pas le secret même de l'ironie déconcertante de Montaigne?

Enfin, le dilettantisme, en littérature, s'accompai

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souvent de l'humour. Et ce dernier trait se retrouve chez Montaigne. Lui aussi, il se sert de cette humeur, ou de ces humeurs, de cette individualité capricieuse et à plaisir inventée, à travers laquelle l'humoriste nous fait voir les choses. Quand Taine veut décrire et juger Paris en humoriste, il place entre Paris et nous la rondepersonne qu'est M. Frédéric Thomas Graindorge, marchand de porcs de Chicago. De même et plus délicatement Renan, lorsqu'il parle en humoriste, met ses opinions dans la bouche d'un homme naïf et simple, plein de bonhomie, de modestie, d'ignorance, qu'il appelle Renan, mais qui est un bon et spirituel curé de campagne et non pas le professeur illustre du Collège de France. De même enfin, Montaigne devenu dilettante nous raconte les petites habitudes d'un gentilhomme un peu maniaque, qu'il ne prend pas fort au sérieux et qu'il appelle Montaigne, mais qui ne ressemble pas au Montaigne dont Henri IV recherchait l'amitié et dont Florimond de Rœmond nous a fait le portrait.

Ainsi, L'intelligence, la sensibilité, l'art, le livre de Montaigne sont, à cette période, saturés de dilettantisme. Mais sa personne? C'est ce qu'il est essentiel de savoir pour mesurer la profondeur ei L'étendue d< lilet-

tantisme.

Ce dilettantisme doit être assez superficiel : il n'a pas atteint le fond; il est resté à L'extérieur de l'entende-

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« morphoses lui vois ire tous les jours, en pi -

<( de mes connaissances? c'est une puissante maladie,

« et qui se coule naturellement et imperceptibl « il y faut grande provision d'étud< a tion, pour éviter les imperfections qu'elle nonce charge : ou au moins affaiblir leur progr* t. « que nonobstant tous mes retranchements, ell- g G « pied à pied sur moi : je soutiens tant que je puis, « mais je ne sais enfin où elle me mènera moi-même : « à toutes avantures, je suis content qu'on sache d'où « je serai tombé1. » Montaigne reconnaît donc qu'il a vieilli, et qu'il a faibli.

Certes, ce n'est pas la vieillesse seule qu'il faut accuser. Et qui sait en effet si en 1588. comme en 1570. Montaigne n'a pas été découragé de l'action par le cruel spectacle des crimes publics, et par l'injustice d'un

1. C'est la conclusion du chapitre ni du livre III : Du Repentir ».

L'HOMME LIBRE. *$i? *3

monde, où le sage malgré sa bonne volonté, » i à cause

de sa volonté bonne, n'a point de place? Qui sait si le meurtre du duc de Guise, au château de Blois, l'as sinat de Henri III, le fanatisme des ligueurs, le fanatisme des huguenots n'ont pas condamné Montaigne aux loisirs inutiles, au tête-à-tête avec soi-même, au définitif

à quoi bon »? Mais, malgré ou avec tout cela, c'est bien la vieillesse qui, la première, a conduit Montaigne au dilettantisme.

Comment? Par le regret des beaux jours passés? par le désir de se raccrocher à la vie fuyante et aux plaisirs défaillants? Sans doute; puisque d'ailleurs Montaigne l'avoue avec tant de bonne grâce :

« .le me vais amusant en la recordation des jeunesses « passées, dit-il. Les ans m'entraînent s'ils veulent, « mais à reculons : autant que mes yeux peuvent recon- « naître eette belle saison expirée, je les y détourne à « secousses. Si elle échappe de mon sang et de mes

veines, au moins n'en veux- je déraciner l'image de « la mémoire.

« hoc est

fivere l'i>, vita posse priore frui. »

« Platon ordonne aux vieillards d'assister aux exer- « eiees, danses et jeux de La jeunesse, pour se réjouir • en autrui, de la souplesse <'t beauté du corps, qui <( n'est plus en eux, et rappeler t>n leur souvenance la

-t'àcc et faveur de cet âge verdissant '. » Et comme le corps est désormais bien abattu et que seul L'es-

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