Voir notre Pascal et son temps, au tome II
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est introduit dans Vataraxie, pn-min I ■ ■ - 1«— <
d'Épicure.
\ oilâ à quels termes Pascal ramène l< sent bien que La Lecture de Pa* ri éts plu m d pi londeur qu'en étendue : elle - était bornée a i itrc de
la coutume, au chapitre de La force de l'imagination, à ['Apologie de Raymond Sebond; Le rosi ailleté,
sans plus.
Cette doctrine extraite de Montaigne et qui i celle de Montaigne, ne satisfait pas mieux P que
ne l'avait fait la doctrine d'Épictète. Mais enfin I' obtint cette foi tant demandée: tout chang Montaigne revêt pour lui un nouveau sens, — non pas brusquement d'ailleurs.
Voyez : peu à peu Pascal n'est plus le savant; Les Provinciales le prennent; puis ce sont les P Quand il écrit les Provinciales, de ce ton cavalier el aisé qui nous émerveille, il oublie ce qu'a de b; de païen la doctrine qu'il prête h Montaigne, pour ne regarder que le style des E cette manière d'écrire,
il voudrait se l'approprier : il n'en connaît pas qui soit plus naturelle, qui révèle mieux l'homme, et qui se grave mieux dans la mémoire. Quand il inédite son Apologie et qu'il se prépare à l'étude de l'homme, cette fois, plus encore, il oublie l'épicuréisme, il oublie le scepticisme : les Essais sont pour lui l'admirable peinture de l'homme.
Admirable peinture, ou plutôt peinture unique. Les moralistes pourtant ne manquent pas. Pascal était l'ami de Méré, qui était l'ami de la Rochefoucauld. Mais les
l'homme LIBRE. ')•>•">
moralistes nous disent l'idée qu'ils se font de l'homme : ou encore, ils analysent les habitudes des hommes, les passions des hommes, les vertus des hommes. Mais l'homme, la pauvre, mesquine, triste petite chose qu'es! riionime, lorsqu'il n'est pas soulevé par le sentiment religieux, lorsqu'il n'est pas tendu et gonflé par la passion, par l'idée fixe, par l'instinct déchaîné, l'homme de tous les jours, l'homme de la vie quotidienne et de la mesure purement humaine, cherchez qui l'a décrit. qui l'a déshabillé, qui l'a fait gesticuler et parier. Cherchez dans la littérature universelle : si Montaigne n'avait pas écrit les Essais, vous chercheriez inutilement.
Montaigne nous permet seul de nous former une opinion juste de l'homme, de le mépriser à bon escient, et d'en rire, avec un brin de pitié et un brin d'indignation. Il ne nous met pas sous les yeux l'homme délirant par amour, vengeance, ambition ou haine; il ne nous montre pas le criminel, ni le sot; il ne nous montre pas L'automate seriné par le métier et la fonction sociale: c'est la besogne du poète tragique, du poète comique, du caricaturiste, c'est l'affaire du prêtre et du magistrat, du sociologue. 11 nous montre... lisez les Pensées : Pascal a pris à Montaigne tous les traits dans lesquels se présente :, nous l'homme; l'homme que peu de chose afflige, que peu de chose console, et qui a des aausées d'ennui, si on renferme seul dans une chambre eu tête-à-tête avec lui-même.
Voilà ce qu'est maintenant et définitivement Montaigne pour Pascal : le peintre de l'humaine condition. Et je me demande si l'auteur du Roi Lear et à'Hamlet
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n .1 pas, après tout, compris Montaigne comme l'a Cail Pascal .
Les années passent : dans la sévérité r i r m I i ^ ^ ; i r 1 1 < •
des mœurs, la même rigueur janséniste < { ■ i ï fait condamner Molière, Corneille el Racine, fail regarder Montaigne comme le moraliste dangereux de la nature déchue, refusant de recourir 6 Dieu. C'esl le jugement que porte Nicole avec son exagérati m ordinaii d'autres temps et d'autres esprits.
Bayle se couvre sans cesse de l'autorité de Montaigne; il semble se regarder comme un Montaigne moins ingénieux et moins artiste, mais plu*« abondant et plus savant; il aime chez Montaigne ce qu'il croit avoir de meilleur en lui : l'esprit critique.
N'accepter aucune idée comme vraie si on ne l'a pas essayée; se défier de celles qu'impose le consentement universel et qui courent les rues et les livres . s'amuser, au contraire, à en chercher les points faibles: heurter ces idées l'une contre l'autre, les heurter surtout contre les faits, et dans ce but, recueillir de toutes mains le plus de faits possible, c'est l'esprit critique : et c'est la qualité essentielle que pour un demi-siècle on reconnaît à Montaigne1. Mais il nous paraîtra que c'est insuffisamment définir le Thaïes finançais.
Comme Bayle a reconnu une première ébauche de lui-même dans Montaigne, Rousseau voit dans Mon-
1. Je crois bien que c'est cet esprit critique qui a rendu Montaigne si antipathique à Malebranche.
l'homme libre. 337
taigne une sorte de Jean-Jacques, non délivré encore de tous préjugés, pas entièrement sincère et libre, mais déjà sur le chemia de la nature. Je crois qu'en effet on peut 'appeler Montaigne l'homme de la simplicité naturelle, je crois qu'il est, dans une certaine mesure, non interventionniste; je crois enfin qu'il est dégagé beaucoup plus que Rousseau des préjugés qui nous viennent de la société, et surtout des préjugés qui nous viennent de nous-mêmes. Mais cette définition encore me parait insuffisante. Non, ce nest pas assez de dire que Montaigne est le peintre de l'humaine condition, qu'il est le sage, qu'il est l'homme de la nature, qu'il représente l'esprit critique, ou l'esprit positif. Il nous faut une formule plus ample et plus exacte.
Si la sincérité et l'intensité de l'admiration donnent la parfaite intelligence de ce qu'on admire, c'est aux Etats-Unis d'Amérique que nous trouverons l'impression vraie et le jugement définitif sur Montaigne.
Les Essais étaient prédestinés à ces gens de vieille race vivant sur ces terres nouvelles. Ils étaient pour 1'émigrant isolé, une infinité de livres en un seul; toute la sagesse, et toute l'expérience morale du vieux monde, y était contenue sous cette forme anecdotique et humoristique chère aux Anglo-Saxons. Et que de noms, que de personnages, que de faits! Tout ce que doit savoir du passé un homme qui n'ira pas causer dans les salons, qui ne fera pas de la littérature et du bel-esprit, qui veut avoir le sens droit et la conscience ferme, les Essais renseignent. Les Essais enseignent a compter
sur soi. .1 se contenter de vis ,i \ la 'l' soi pour juge ei p >ui cou i Lei /.
se moquenl de la société ei du monde . d< fcices <•! «In savoir des savants; jls ne se moquenl pas d< Dieu, '!•' la volonté bonne, et «1»- la vertu naturelle. El puis enfin, dans les E ais il \ ;i Montaigne; solitaire, perdu dans des prairies sans fin, on dans des forêts inviolées, l'homme qui portail sur lui Les E té de son sac de poudre, avait avec lui L'aimablt compagnie de Michel «le Montaigne.
Cette sympathie presque instinctive pour Les E ah devait être exprimée d'une f.i iscienteel rais innée
par Emerson.
« Un volume dépareillé de la traduction des Essais } « par Cotton, raconte Emerson, m'était resté de la bi- « bliothèquc de mon père, quand j'étais enfant. Il '< demeura longtemps négligé jusqu'à ce que, bien des « années après, frais émoulu du collège, je lus le livre « et je me procurai les autres volumes. Je me rappelle « les délices et l'émerveillement où je vécus avec lui. 11 « me semblait avoir écrit moi-même le livre dans quel- « que vie antérieure, tant il parlait sincèrement à ma « pensée et à mon expérience 1. »
En effet, il y a entre Emerson et Montaigne de Lien frappantes ressemblances.
Emerson n'a jamais voulu, non plus que Montaigne, être faiseur de systèmes. A l'un et à l'autre il paraissait que la pensée s'appauvrit quand elle se soumet aux exi-