Emerson, les Surhumains, Irad. Izoulet. p
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genccs d'une structure doctrinale : la pensée doit rester vivante, c'est sou premier mérite ; et qui dit \ i vante, dit spontanée, féconde et imprévisible. L'un el l'autre ont aimé la forme de L'Essai, la seule qui laisse à la vie de la pensée, la liberté et l'imprévu : le développement suivi et logique étant après tout un grand chemin dont on ne peut s'écarter et dont on devine le bout. L'un et l'autre ont voulu que la pensée ne constituât pas une spéculation vaine et une pure satisfaction intellectuelle, mais qu'elle se confondit avec le maniement de l'Ame et que le philosophe fut un sage.
En 1837, Emerson prononçait devant la société « Phi- Bêta-Kappa », à Harvard, une conférence mémorable intitulée : « The American Scolar ». Il enseignait que l'individu doit, dans la pensée e( dans l'action, rejeter tout lieu conventionnel et tout modèle prédéterminé, pour prendre en soi-même ses inspirations et le principe de toute sou activité. Ce fut, dirent ceu\ qui l'ont entendu, comme la promulgation d'un cinquième évangile, l'évangile américain *. Cet évangile américain, c'était du Montaigne.
Les développements que prend cet évangile, sont encore du Montaigne.
Le temps et l'espace, les choses passées et les choses présentes, l'histoire et la nature, ne sont qu'images et symboles, — images et symboles infiniment multiples, emportés dans un prodigieux tourbillon; peut-être
1. Tous ces détails sont pris aux garantes études publiées, en 1903 et 1908, par te Père Vàh Bb< ilaere dans la Revue Thomiste, sur la philosophie aux États-Unis.
d'ailleurs n'est-ce qu une illusion tans consi Or,
dans ce flot, l'individu seul esl réel; celui qui j 4 1 1 1 1 a une conscience, es( vraiment d'un ordre particu lier el unique, esl seul important : dans le inonde, I individu e>t loi.
Mais l'individu nY>f p.'i-. comme l'imaginent l<
matistes, une substance, \\n être immobile, * ■* - in essence ne se l'amène pas à L'identité. L'individu i il vivant; et les deux principes de BS conduit» t La
non- conformité et la non-persistance. Emerson répète sans cesse : « Croyez en votre pensée, sans vous inquiéter de ce que pensent les autres. Ne redoutez pas non plus de passer pour non-persistant dans votre opinion. Vouloir être toujours conséquent avec soi-même, c vouloir rattacher par des sophismes ce qui est à ce qui fut1. » Une telle règle implique nécessairement que la direction de la personne n'appartient pas à la raison élaboratrice de concepts, mais à cette raison universelle qui nourrit la spontanéité intérieure et qui s'exprime par le bon jugement et par la conscience droite. Emerson l'enseigne en effet, mais Montaigne l'avait enseigné déjà. Montaigne avait enseigné aussi cette conséquence, que non seulement il faut être soi-même, mais encore qu'il faut simplifier soi-même et sa vie, et se rapprocher de la nature : « Notre vie, dit Emerson, pourrait être un lieu plus heureux que nous ne la faisons, le monde pourrait être un lieu plus heureux qu'il n'est: il ne serait pas besoin de tant de combats, de convulsions.
1. Emerson, Essais de philosophie américaine, trad. Emile Montégut, p. 35.
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de désespoirs, de grincements de dents, et de maine tordues de rage, et nous créons nous-mêmes nos propres maux. Nous mettons évidemment obstacle à l'optimisme de lu nature en intervenant hors de propos 1. » N'est-ce pas la première partie de Y Apologie de Raymond Sebond.
Emerson a voulu un jour peindre le portrait en pied de ce Montaigne à qui il devait tant2. Il a vu en lui le type d'un certain esprit qu'il définit ainsi :
« Ayons une robuste, virile vie; sachons ce que nous « savons, de science certaine ; ce que nous avons, que « ce soit solide, et de saison, et bien à nous. Ayons « affaire à des hommes et à des femmes réels, et non « à des esprits capricieux. Voilà le vrai terrain du scep- « tique, celui de circonspection, de retenue, pas du tout « d'incroyance, pas du tout de négation universelle, ni « de doute universel, encore moins de railleuse et liber- « tiue moquerie pour tout ce qui est stable et bon. La « philosophie qu'il nous faut, c'est une philosophie de <( fluxion et de mobilité... Le sage sceptique désire voir « de près le meilleur jeu et les principaux joueurs; ce « qu'il y a de mieux sur la planète, art et nature, <( lieux et événements, mais surtout hommes. Tout ce « ce qu'il y a d'excellent dans l'humanité, — une forme « gracieuse, un bras de fer, des lèvres persuasives, un « cerveau de ressources, fout homme habile à jouer et à « gagner, — il veut tout voir et juger. Les conditions « d'admission à ce spectacle sont qu'il ait une certaine