‹ MontaigneChapitre 26 sur 43 · LE TROISIÈME LIVRE DES ESSAIS · texte numérisé non relu

LE TROISIÈME LIVRE DES ESSAIS

quier le mène dans sa chambre, il ouvre les Essais et lui signale les plus frappants de ces gasconismes qui ont choqué son purisme littéraire, — sans réussir d'ailleurs à convaincre Montaigne décidé à maintenir ces gasconismes, et à se montrer « tel qu'il est », dans son langage comme dans ses mœurs.

L'assassinat du duc de Guise ne porta pas bonheur à Henri III ; le 2 avril 1589, il était frappé à son tour par Jacques Clément, et Henri de Navarre devenait l'héritier légitime du trône. Tous les vœux de Montaigne allaient au Béarnais, pour qui, on le sait, il avait toujours professé une admiration et une sympathie profondes, a J'ai de tout temps, lui disait-il, regardé en vous cette même fortune où vous êtes, et vous peut souvenir que lors même qu'il m'en fallait confesser à mon curé, je ne laissais de voir de bon œil vos succès. »

Montaigne lui écrivit plusieurs lettres dans le courant de l'année 1590 ; nous en connaissons quelques-unes, et ce sont des pages admirables, où Montaigne a mis tout son bon sens ferme et clairvoyant, les grâces riantes de son esprit, le meilleur de son âme de Français, a J'attends de ce prochain été non tant les fruits à me nourrir, comme ceux de notre commune tranquillité, et qu'il passera sur vos affaires avec même teneur

de bonheur, faisant évanouir, comme les précédentes, tant de grandes promesses de quoi vos adversaires nourrissent la volonté de leurs hommes. Les inclinations des. peuples se manient à ondées : si la pente est une fois prise en votre faveur, elle l'emportera de son propre branle jusqu'au bout. » Sire, soyez clément, ne cesse-t-il de lui répéter ; « les conquêtes les plus dilficiles... ont été parfaites par clémence et magnificence^ excellents leurres à attirer les hommes, spécialement vers le juste et légitime parti. » Henri avait manifesté à Montaigne le désir de le voir à Tours ; Montaigne le remercie de cette attention, mais c'est ailleurs qu'il se propose de l'aller saluer. « Sera-ce pas bientôt à Paris, Sire ; et y aura-t-il moyens ni santé que je n'étende pour m'y rendre ? »

Ce n'est pas que Montaigne espère du nouveau roi quelque fortune personnelle ; il est prêt à tout sacrifier, non par ambition, mais par affection, et il le lui déclare avec une noble indépendance.

« Sire, Votre Majesté me fera, s'il lui plaît, cette grâce de croire que je ne plaindrai pas ma bourse aux occasions auxquelles je ne voudrais épargner ma vie. Je n'ai jamais reçu bien quelconque de la libéralité des rois, uon plus que demandé ni que mérité, et n'ai reçu nul paiement des pas que j'ai employés à leur service ; ce

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