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Tel est ce plan d'éducation, proposé par Montaigne, où, à côté de quelques banalités judicieuses, abondent les découvertes originales et les fines observations.^ s'est rencontré avec Rabelais sur plusieurs points ; et d'une façon générale, on peut dire que tous deux renversent l'éducation scolastique ; mais où il se sépare complètement de son devancier, c'est en ceci, que son élève à lui n'est pas un érudit, comme le disciple de Ponocrates. Combien Montaigne devait plaindre ce malheureux Gargantua, éveillé dès quatre heures du matin, pour entendre la lecture de la Bible « cependant qu'on le frotte. y> De l'aube au soir, ce ne sont que leçons, entremêlées de violents exercices du corps ; à table même, l'érudition vient s'asseoir, convive étrange, et parmi les coupes débordantes et riantes s'entassent les tristes et lourds in-folio. L'élèvede Montaigne, sans être proprement un amateur, n'ira guère au delà de la croûte première de chaque science. Aussi bien n'est-ce ni un professeur que Montaigne veut former, ni un légiste, ni un médecin, mais un gentilhomme.
N'est-ce rien d^ailleurs que d'avoir lu les grands poètes, les historiens, les orateurs, d'avoir médité les meilleures leçons de la philosophie, d'avoir entrevu les sciences exactes et naturelles, la physique et la géométrie ?Ce bagage,
très léger si on le compare au programme encyclopédique de Rabelais, est-il tellement inférieur à celui qu'aujourd'hui même on emporte d'ordinaire en quittant le collège ?
Nous avons dit pourtant qu'il fait trop bon marché du savoir ; il y a dans la science même je ne sais quelle vertu sévère, qu'il a complètement méconnue. Un second tort, et plus grave est de n'avoir pas compris que l'effort, la fatigue, l'abnégation de ses goûts propres et de ses fantaisies, sont des facteurs indispensables à toute éducation morale : ce qu'il exige du corps, pourquoi ne songe-t-il pas à l'exiger de l'âme ?
En dépit de ces lacunes, il reste que Montaigne a montré la w^jl^î^ et le danger d'une éducation purement livresque^, ainsi que la nécessité de faire appel, dès le début, nioins à la mémoire qu/à^ia.^^aison de l'enfant. Ses conseils, marqués toujours au coin du bon sens le plus ferme, souvent inspirés par une rare et pénétrante psychologie, — Locke et Rousseau, et combien d'autres après eux, n'ont guère fait que les développer dans leurs meilleures pages pédagogiques ; et nous-mêmes, après trois cents ans, nous les relisons avec grand plaisir et grand profit, car nul n'exprima jamais, en termes plus piquants ou plus éloquents, une plus saine et plus salutaire doctrine.