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SON STYLE

nous font mieux sentir, par le contraste, la simplicité habituelle du style de Montaigne.

La simplicité est peut-être, de toutes les qualités, celle qu'il prisait et souhaitait le plus. Son ambition avouée était d'écrire comme il aurait parlé. « Je parle au papier, comme je parle au premier que je rencontre. » Et il se flatte d'avoir « un style comique », c'est-à-dire familier « et privé». Cette naïveté du parler n'est pas l'un des moindres charmes des Essais.

Ces comparaisons et ces images qu'il répand à plein sac sont, pour la plupart, empruntées aux actes les plus ordinaires de la vie quotidienne, aux objets les plus vulgaires et les plus usuels. L'imagination de Montaigne est, par essence, simple, populaire, étrangère aux souvenirs mythologiques ; sa sève est toute rustique; elle est née, pour ainsi dire, du contact immédiat avec la nature ; et cela explique la grande vogue qu'obtinrent les Essclis, jusque dans les vieux manoirs, perdus au fond des provinces : « A peine, dit Huet, trouveriez-vous un gentilhomme de campagne qui veuille se distinguer des preneurs de lièvres, sans un Montaigne sur sa cheminée. »

Cette familiarité, à l'aventure, s'allie merveilleusement au nerf et à la force, et se rencontre même parfois avec Tart le plus consommé. Mon-

taigne a beau affecter le dédain des ressources de l'art ; il a beau dire:

« J'imite cette débauche qui se voit en notre jeunesse au port de leurs vêtements : un manteau en ëcharpe, la cape sur une épaule, un bas mal tendu, qui représente une fierté dédaigneuse de ces parements étrangers et nonchalante de l'art : mais je la trouve encore mieux employée en la forme du parler. ï>

Au fond, il est si peu contempteur de l'art littéraire, que jusqu'au dernier jour, il corrige le texte des Essais, dans un souci constant de rendre la phrase plus énergique, plus concise ou plus alerte. Deux ou trois exemples suffisent à le prouver. « Je veux être riche de mes propres richesses, non des richesses empruntées (édit. 1588). Je veux être riche par moi, non par emprunt (édit. 1595). — J'ai un agir ému, où la volonté me tire (1588). J'ai un agir trépignant, où la volonté me charrie (1595). — Si j'étais du métier, je traiterais l'art le plus naturellement que je pourrais (1588). Si j'étais du métier, je naturaliserais l'art, comme ils artialisent la nature (1595). »

A-t-il d'ailleurs évité l'affectation, autant qu'il Ta souhaité, et les nombreuses allitérations qu'on rencontre dans son œuvre ne témoignentelles pas d'une recherche de l'effet^ qui touche

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