‹ MontaigneChapitre 40 sur 43 · SON STYLE · texte numérisé non relu

SON STYLE

parfois à la puérilité? « Tel fait des Essais, qui ne saurait faire des effets. — Voici mes leçons : celui-là y a mieux profité, qui les fait que qui les sait. Si vous le voyez, vous l'oyez : si vous l'oyez, vous le voyez. — Il en peut être aucun de ma complexion^ qui m'instruis mieux par contrariété que par similitude, et par fuite que par suite. — Il fait laid se battre en s'ébattant. — Il m'est bien avis que (la mort) c'est bien le bout, non pourtant le but de la vie. » — Il en est qui sont de purs calembours : « Les haires ne rendent pas toujours hères ceux qui les portent », ou des à peu près. « Les courtisans n'ont pas seulement leur retrait pour retraite. »

Il ne serait pas difficile pourtant de trouver dans les Essais quelques traces de cette « nonchalance de Fart », qui a tant de charme pour Montaigne. En général, la phrase des Essais est vive et nette; elle est courte ; Montaigne est, en ceci, l'élève de Sénèque, comme il est l'élève d'Horace, par sa grâce enjouée et sa délicatesse. Mais, à côté de ces phrases prestes et agiles, il en est d'autres, et en grand nombre, enchevêtrées d'incidentes, surchargées de relatifs^ alourdies par de gauches et maladroites reprises; même allégées par une ponctuation plus rationnelle, elles cheminent péniblement, obscures, diffuses, et ne rappellent en rien le style

habituel de Montaigne, si clair, si alerte, si souple et si nerveux.

Montaigne a énuméré les qualités qui, selon lui, font le bon écrivain.

« Le parler que j'aime, c'est un parler simple et naïf, et tel sur le papier qu'à la bouche, un parler succulent et nerveux, court et serré, non tant délicat et peigné, comme véhément et brusque, éloigné d'affectation, déréglé, décousu et hardi. »

Ajoutez-y une riche imagination qui égaie ce parler et le colore de ses chauds rayons, et vous aurez défini le style même de Montaigne.

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