SA PREMIÈRE JEUNESSE
oisives, il « enfila tout d'un train Virgile en l'Enéide, et puis Térence, et puis Plaute, et des comédies italiennes, leurré toujours par la douceur du sujet. »
Ecolier fantaisiste, passionné pour les grands poètes latins, mais ne les « gourmandant », comme il dit gentiment, qu'à ses heures et à la dérobée ; incapable de « se rendre à la force et violence » ; « malicieux » ; « pesant^ mol et endormi )) ; capable en même temps (c d'avoir à part soi des remuements fermes et des jugements sûrs et ouverts autour des objets qu'il connaissait » ; avec cela, « une assurance de visage, et une souplesse de voix et de geste » qui le désignaient pour « soutenir les principaux personnages es tragédies latines de Buchanan, de Guérente et de Muret, qui se représentèrent au collège de Guyenne avec dignité » : voilà le portrait de Montaigne écolier, tel qu'il se dégage des Essais ; portrait sincère, car nous retrouverons dans rhomme les principaux traits qui nous frappent dans l'enfant, cette fantaisie d^allurey, cette curiosité sans cesse en éveil, ce penchant à une paresse occupée, et aussi, disonsle tout de suite, cette humeur libre, indépendante, ou, pour nous servir d*un mot qui revient souvent dans les Essais, ennemie de toute « obligation. >'
Montaigne resta sept ans au collège ; il avait donc treize ans quand il en sortit. Que fit-il à ce moment? à quelles études se livra-t-ilet dans quelle ville ? Il ne nous a rien appris sur cette période de sa vie, et malgré les recherches les plus laborieuses et les plus patientes, ses nombreux biographes ne sont parvenus à établir aucun fait certain. On suppose, non sans quelque vraisemblance, qu'après avoir v^ achevé son cours », Montaigne étudia « la logique » à la Faculté des Arts de Bordeaux (nous dirions aujourd'hui la Faculté des Lettres), mais qu'il se rendit à Toulouse pour étudier le droit. Ce qui est certain, c'est qu'il a habité Toulouse avant sa vingtième année ; et l'on retrouve dans les Essais quelques souvenirs de ce séjour.
L'un des plus intéressants se rattache à un médecin dont la réputation était grande, Simon Thomas.
« Simon Thomas était un grand médecin de son temps ; il me souvient que, me rencontrant un jour à Toulouse chez un riche vieillard pulmonique, et traitant avec lui des moyens de sa guérison, il me dit que c'en était Tun de me donner occasion de me plaire en sa compagnie : et que, fichant ses yeux sur la fraîcheur de mon visage, et sa pensée sur cette allégresse et vigueur qui regorgeait de mon adolescence, et remplissant tous ses sens de cet état florissant en quoi j'étais, son habitude s'en