‹ Montaigne pamphlétaireChapitre 12 sur 108 · Discours, pages 311-314 de ce volume · texte numérisé non relu

Discours, pages 311-314 de ce volume

Ce morceau ne saurait en aucune façon avoir été écrit par La Boétie, lequel ne pouvait, à seize ans, avoir la raison assez mûre et la plume assez expérimentée pour employer les incroyables habiletés de langage qu'on remarquera dans ce fragment du Contr'un, si on veut bien le lire intégralement. L'artifice y est si savant, le procédé poussé si loin, que, parmi les écrivains de ce temps, l'on n'en voit qu'un qui en fût capable, et cet écrivain-là c'est Michel Montaigne.

Que si l'on supposait un La Boétie plus âgé et plus expérimenté, retouchant son Discours, je répondrais que ce passage révolutionnaire, où le prince régnant est nettement taxé de tyrannie, est en contradiction formelle avec son esprit éminemment conservateur, avec ses actes politiques, surtout avec ses idées religieuses d'une sincérité incontestable. M. Bonnefon, qui a si bien étudié la vie de La Boétie, remarque qu'il n'a pu être l'auteur d'une violente critique contre le pouvoir royal; «ce serait, dit-il, établir entre ses actes et ses paroles une divergence qui n'existe pas ^. » Cette juste remarque est plus applicable au fragment dont il est ici question qu'à tout autre passage du Contr'un. Tout dans la vie et la mort de La Boétie s'oppose à ce

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