Les idées poliiiques de La Boélie el de Montaigne, par
F. Combe?, Bordeaux, 1882.
pouvoir et de persécutions pour justifier une violente satire contre la tyrannie. La politique de Diane de Poitiers, de Montmorency et des Guises depuis la mort de François I®^, aussi bien que celle de Catherine pendant la plus grande partie du règne de Charles IX, était une politique de tyrans. Mais, ce qui, dans cette page du Contr'un, ne se réfère à aucun de ces trois règnes, ce qui ne permet pas de n'en pas faire l'application directe au règne d'Henri III, ce sont les moyens employés par le tyran, «les ressorts», le mécanisme, le mode d'organisation de la tyrannie, ses procédés spéciaux. Ce sont les « quatre », les « cinq », les « six » favoris qui ont l'oreille du maître, appelés pour être « les complices de ses cruautés, les compagnons de ses plaisirs, les fournisseurs de ses voluptés, et communs aux biens de ses pilleries, qui maintiennent le tyran et lui tiennent tout le pays en servage. »
On ne trouve rien de pareil avant Henri III. Quelle différence entre la pohtique personnelle de ce roi au début de son règne et celle de ses prédécesseurs ! Sous Henri II, sous François II, sous Charles IX, quels sont ceux qui se disputent ou se partagent la puissance et la direction des affaires? La situation politique des princes du sang ayant été systématiquement abaissée, ce sont les chefs des grandes familles qui les rempla-
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cent comme lieutenants du roi, qui occupent les grandes charges de l'Etat, et qui, subis par Catherine, protégés par Diane, mettant leur épée « au service d'une jupe très sale », suivant l'expression de Michelet, travaillent pour leur maison, pour leurs factions, nullement dans l'intérêt de la couronne et de la royauté. Ce sont les Montmorency et les Guises, très grands seigneurs, presque des vice-rois, qui n'ont rien de commun avec les favoris d'Henri III. La pohtique de celui-ci, inspirée à la fois par ses animosités personnelles et par la raison d'État telle qu'il la comprenait, consistera précisément, dès sa prise de possession du trône, à abattre la puissance des grands chefs politiques des règnes précédents, à ruiner leur crédit et celui de leurs partisans, à les humilier, à les éloigner de la Cour. Par quels moyens? En leur substituant ostensiblement des hommes nouveaux pour la plupart; en réalisant, avec le concours de ces derniers, une sorte de programme de gouvernement que nous fait connaître mieux que les autres l'annaliste italien Davila, de tous les historiens le plus favorable à Catherine et à Henri III, et le mieux renseigné. Ces hommes nouveaux d'Henri III seront des jeunes gens comme lui ; ils seront, pour la plupart, sans passé, non recommandés par des services rendus à l'État; n'étant que les créatures du roi, ils lui devront tout ce qu'ils sont, et seront
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SOUS sa dépendance absolue. Renfermés la plus grande partie du jour avec lui, ils s'ingénieront à disposer sans contrôle des grandes charges de l'État, des commandements militaires, delà nomination aux emplois dans la magistrature et dans les finances. Le roi leur abandonnera les situations politiques et administratives les plus élevées et les honneurs les plus enviés, afin qu'ils puissent faire des fonctions publiques un honteux trafic, fructueux pour le roi et pour eux. Du haut de l'échelle jusqu'en bas, tous ceux qui ont une part quelconque de l'autorité sont placés dans leur main. Henri espère ainsi gouverner longtemps et, «comme, en Homère, Jupiter amenant vers soi tous les dieux ^, » il croit qu'en tirant la chaîne ainsi forgée, il tiendra ses sujets sous sa domination. Ce beau plan de gouvernement, qui ne pouvait avoir une longue durée, ne fut que trop exactement suivi pendant les premières années du règne. C'est à lui que le Conîr'un fait allusion. Il y est exposé jusque dans ses détails.
Ces favoris « qui maintiennent le tyran » ont, en effet, presque toujours été, comme dans le Contrun, au nombre de cinq ou six pendant les quatre années qui nous intéressent, de 1573 à 1577.