‹ Montaigne pamphlétaireChapitre 2 sur 108 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

position de ce manifeste politique. Aucun historien ne l'avait non plus soupçonné d'avoir communiqué aux protestants le texte du Discours pour l'utiliser comme arme de combat dans la lutte des partis. Le fait que, depuis trois cents ans, ceux qui Ont écrit sur le Contr'un n'y ont rien aperçu de ce que je crois y trouver, ne laissait pas que d'être gênant et quelque peu troublant; il m'a souvent découragé et presque déterminé à abandonner ma piste. Sans doute, cette intervention de l'auteur des Essais dans la mêlée sociale venait à l'appui de mes idées sur Montaigne politique, idées assez éloignées de celles qui sont généralement admises; elle s'accordait avec mon opinion déjà ancienne sur ce qu'étaient réellement, au milieu de tant de déclarations différentes et en apparence inconciliables, la pensée vraie, les intentions persistantes de Montaigne, recherchées dans sa vie et dans ses écrits, et comme filtrées à travers des obscurités voulues et des digressions calculées. Mais cette concordance entre mon interprétation des idées de Montaigne et l'acte hardiment conçu, prudemment exécuté, qui m'apparaissait comme devant lui être attribué, était aussi une raison nouvelle pour me mettre en garde contre l'entraînement de ma pensée. « Ce nesi pas dans Montaigne, dit Pascal, mais dans moi, que je trouve ce que j'y vois. ;: N'aurais-je pas cru

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trouver dans Montaigne ce qui était seulement en moi?

Plus j'ai revisé et comparé les textes du Discours et des Essais, plus je les ai éclairés à la lumière des événements, et plus aussi mes inductions m'ont paru justifiées. Je me suis donc décidé à les soumettre à la critique^.

Je n'ai pas eu à le regretter. Les nombreuses adhésions que je n'ai pas tardé à recevoir de tous côtés autorisent sans doute à penser que la généralité de mes lecteurs ont souscrit à mes conclusions.

La plupart des écrivains qui se sont acquis une juste renommée par des travaux sur la pensée et le caractère de Montaigne, ont favorablement accueilli ma thèse. J'ai reçu de plusieurs d'entre eux de précieuses adhésions, et n'ai rencontré qu'un très petit nombre d'opposants. M. Paul Stapfer, dont chacun connaît les deux beaux livres sur Montaigne et les Essais: M. Edme Champion -, dont V In}rodudion à Vélude des Essais a inauguré, suivant l'expression de M. Emile Faguet, pour l'étude de Montaigne, « une méthode nouvelle »; M. E, Courbet,

1. En deux articles publiés dans la Revue politique et parlementaire, numéros de mars et de mai 1906, et doni la Première partie du présent volume est la reproduction.

2. Sur le désir qu'a bien voulu m'cxprimer M. Edme Champion, j'ai transcrit à la fin de ce volume son article de la Revue Bleue du 23 mars 1907 ot la lettre publique qu'il m'a récemment adressée.

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