Livre II, chap. XII, t. II, p
MONTAIGNE ET LE (( CONTr'uN 0 7I
le rideau, les rois ne sont que des hommes du commun et à l'adventure plus vils que les moindres de leurs sujets, dont ils ne diffèrent, par manière de dire, que par leurs chausses ^. » Personne, parmi les écrivains de son temps, n'a porté de plus rudes coups au principe d'autorité et à la majesté du pouvoir royal. « Ce n'est pas sa raison qui se plie, ce sont ses genoux 2. »
Un homme qui pense ainsi, qui ne craint pas de le dire dans ses Essais, en face de bandits couronnés tels qu'Henri III et sa mère, qui ne craint pas de faire hommage au roi, en 1580, d'un livre où il flétrit sa lâcheté (en ternies presque identiques à ceux employés par l'auteur du Contr'un pour caractériser son tyran), n'a pu se croire lié sans retour à la cause de Catherine et de son fils, ces princes au service desquels « c'est peu d'être secret si on n'est menteur encore » '.
En recomposant le Conir'un pour en faire un manifeste contre le roi et sa cour, Montaigne atteignait une double fin. Il donnait un libre cours à son horreur de la cruauté et de la lâcheté, à son indignation contre les auteurs des « Noces