‹ Montaigne pamphlétaireChapitre 27 sur 108 · Livre III, chap. V, p · texte numérisé non relu

Livre III, chap. V, p

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vermeilles », et en même temps, s'unissant aux protestants, avec une partie des Politiques, non pas en tant que réformés, mais comme vengeurs de la Saint-Barthélémy, il espérait contribuer, pour sa part, à en provoquer, sinon le repentir, du moins le désaveu ^.

En 1570, il avait annoncé l'existence du Discours, mais il semble avoir été seul à en connaître le texte. Ces deux circonstances lui permettaient, sans oublier son ordinaire prudence, sans manquer à son précepte « de suivre la bonne cause, mais jusqu'au feu exclusivement, si je puis » ^, de se mettre à l'abri du nom de La Boétie. Il s'enveloppait dans la robe juvénile de son ami, comme il a su, presque à chaque page des Essais, s'envelopper de déclarations orthodoxes, en politique comme en religion, pour couvrir ses hardiesses et pour lancer, avec une prestigieuse habileté, les idées émancipatrices et révolutionnaires. Ces idées, le dix-huitième siècle, dont il est le véritable précurseur et introducteur, se chargera de les mûrir, de les développer, de les faire passer dans la pratique.

1. Ce désaveu eut lieu en effet {Paix de Monsieur, Traité de Beaulieii, avril 1576), mais il fut lui-même bientôt rétracté-

2. Dans une étude spéciale sur la Politique de Montaigne, je montrerai que sa vraie pensée dans les Essais a été mieux comprise par mon ami, M. Edme Champion, dans son très remarquable livre : Introduction aux Essais de Montaigne, qu'elle ne l'avait été jusqu'ici.

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D'autres considérations encore devaient décider Montaigne à se départir de sa règle habituelle d'abstention, et, sa tranquillité personnelle une fois assurée, — autant qu'elle pouvait l'être, — à apporter son concours aux hommes d'action.

Dès les premiers mois du règne d'Henri III (1574), l'accession d'Henri de Navarre au trône de France était une éventualité à prévoir. C'était une opinion assez répandue, partagée par Catherine de Médicis, qu'Henri III et son frère d'Alençon, tous les deux ruinés de santé, ne vivraient pas longtemps et mourraient sans enfants. La haine des deux frères l'un contre l'autre paraissait encore rapprocher du trône Henri de Navarre, car ils étaient toujours sur le point de s'entretuer ^. Montaigne était fort au courant de ce qui se faisait et se disait au Louvre. Il avait déjà de l'affection et de l'estime pour le jeune roi de Navarre qu'il avait vu de très près; il avait pressenti ce qu'on pouvait attendre de lui pour la grandeur de la France, et i'I savait, en outre, qu'à la Cour où il était prisonnier, la vie de ce prince était constamment menacée.

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