Davila, Histoire des guerres civiles, 1757, t. II, p
4. Que dis-je? devant son propre témoignage; car M. Bonnefon a écrit (pages 274-275 de son livre sur Montaigne el ses
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refuser à reconnaître qu'à ce moment ce n'est plus Charles IX que les protestants redoutent? Gomment peut-il soutenir qu'à la date où se publiait le Réveille- Matin, les protestants n'avaient aucun motif d'appréhender la tyrannie prochaine du roi de Pologne; « qu'ils ne nourrissaient aucune animosité particulière contre lui, ne le regardant pas alors d'un mauvais œil ; que d'ailleurs, il était roi de Pologne, et que rien ne faisait craindre qu'il dût quitter son royaume pour venir régner en France? »
Pour défendre cette opinion étrange, il est surprenant de voir M. Bonnefon faire état d'un document où se trouve précisément l'expression la plus vive de la haine des huguenots pour Henri de Valois et de la crainte de son retour. C'est VEpisire aux princes, gentilshommes et peuple polonais, qui se trouve en tête du Réveille-Matin des Français. M. Bonnefon en cite deux fragments. Dans ce document qui, imprimé en gros caractères, est la pièce liminaire principale du volume, Henri n'est pas traité moins violemment que les autres Valois. C'est même surtout lui qui est visé. Si on y parle beaucoup de son frère Charles IX, le tyran qui va mourir, c'est pour
amis) : «... La maladie de Charles IX permet de supposer que la vacance du trône ne va pas tarder à s'ouvrir. Telle étai» la situation au commencement de 1574... la révolte faisait chaque jour des progrès, et la santé de Charles IX, au contraire, donnait de moins en moins d'espérance. >
maudire ses crimes passés; mais c'est avec terreur que presque à chaque page on parle d'Henri et des « suppôts et appuis de sa tyrannie ». L'auteur menace les Polonais de tous les châtiments s'ils avaient le malheur de s'en dessaisir et de le laisser libre d'aller en tyranniser d'autres.
Gomment M. Bonnefon a-t-il pu méconnaître, comme il l'a fait, le sens de cette lettre? Sans doute, il n'en a pas lu le texte tout entier, et il a plusieurs fois interrompu sa lecture au moment même où, à mon avis, se formulait avec le plus de netteté la pensée dominante de l'auteur. M. Bonnefon cite d'abord ce passage de VEpislre: «Surtout ils vous sont tenus (les Français aux Polonais) de ce que vous, ayant eu compassion du rude et barbare traitement que les Français souffrent sous la tyrannie des Valois, vous avez ôté du milieu d'eux ce roi frère du tyran, avec un bon nombre de suppôts et appuis de sa tyrannie, que vous avez fait conduire en triomphe captifs sous les lois de votre patrie, au très grand bien et contentement des vrais naturels Français, lesquels en cet endroit s'assurent que vous ferez de façon et manière ^ que jamais plus ces bêtes farouches ne retourneront pour les mordre. »
« Voilà qui est catégorique, s'écrie M. Bonnefon ^ : Polonais, vous avez voulu choisir le duc d'Anjou pour votre roi, grand bien vous fasse; vous l'avez, gardez-le, et même prenez par-dessus le marché, tant que vous y êtes, toute la famille .des Valois. » « C'est un sentiment de joie, ajoute M. Bonnefon, qui
l. Revue poHlique el parlementaire. niimiTi) do jan\ icv 1907, II. Hi7.
MONTAIGNE ET l.E « CONTr'L'N » I o3
éclate en tout ceci. Le duc d'Anjou est pai'ti, on en a fait un roi en Pologne; puissions-nous ne jamais le revoir... Il ne pourra nuire à la France, puisqu'il règne ailleurs, là où on l'a voulu. Cela suffit pour que l'auteur du Réveille- Matin éprouve de l'allégresse. »
Oui, sans doute, c'est à cela que se réduitait la pensée des auteurs de YEpistre, si celle-ci se terminait là. Il semble jusqu'ici qu'ils se croient débarrassés d'Henri de Valois et qu'ils n'ont qu'un regret, c'est que son frère le tyran Charles IX ne soit pas aussi loin et même plus loin que lui. Mais si l'on continue la lecture, il apparaît clairement qu'à cette satisfaction, à cette « allégresse » d'avoir vu partir Henri, se joint la crainte la plus vive de le voir revenir.
« A tout le moins, illustres princes, magnanimes seigneurs, vertueux gentilshommes, faites en sorte que ces tigres tant inhumains que Dieu a par sa providence traîné et mis entre vos mains ne vous eschappenl nullement; et tenez-les serrés, de sorte qu'ils ne nuisent à vos voisins : vous gardans en toute façon de leurs aguets et leurs embusches. Autrement si quelcun de vos bons voisins venait quelque jour à périr pour avoir lasché ces léopards, son âme vous serait sans doute redemandée du Souverain. Que s'il vous en advenoit quelque mal en particulier, vous seriez en risée aux peuples qui habitent autour de vous, estans allez quérir si loin des sangliers pour vous dissiper^.»
M. Bonnefon a bien cité les parties de ce morceau reproduites ici en caractères romains, mais il a omis