P. HONNEFON, MoiUaiyne et ses amis, I, pp
I aS MONTAIGNE ET LE « CO^Tr'uN ))
niements, il y revient cependant lorsqu'il pense être en possession d'une objection très convaincante. A celui qui avait exposé d'une façon si entraînante les horreurs de la tyrannie, il fallait, pense-t-il, ;< beaucoup d'illusion et de naïveté « pour ne pas conclure au tyrannicide, et c'est la preuve que nous avons affaire, non pas à un homme d'expérience comme Montaigne, mais à La Boétie, en sa première jeunesse.
M. Bonnefon se serait épargné le désagrément d'une singulière méprise, s'il avait lu plus attentivement le texte même sur lequel nous discutons.
La provocation au tyrannicide, loin d'être absente du Conir'un, s'y trouve, non pas une fois, mais deux fois. L'auteur proclame le meurtre du tyran légitime et glorieux; il loue éloquemment le jeune Gaton demandant un poignard pour tuer Sylla; et voulant faire comprendre ce que doivent faire, « au milieu d'un peuple qui a perdu ou même qui n'a jamais connu la liberté, ceux qui, mieux nays que les autres, ne s'apprivoisent jamais à la subjection «, il cite, en les glorifiant, les exemples d'Harmodius et Aristogiton, de Thrasybule, de Brutus et de Dion, qui ont tous « vertueusement pensé à délivrer leur patrie et qui l'exécutèrent heureusement»; en un tel cas, t quasi jamais bon vouloir ne défaut à la fortune »^, La conclusion, réclamée par M. Bonnefon, est donc dans le Conir'un; mais, au lieu d'arriver comme couronnement du Discours, elle est introduite dans le cours du développement, et pour ceux qui ont beaucoup pratiqué Montaigne, ce sera une nouvelle pré-