Bévue philomalhiquc de Bordeaux, février
MO.NTAIGNF. ET LE « CONTR'l>" » I /j r
encore plus de cola que de sa courtoisie que je le remercie — une critique sévère, commandée, remarque-t-il avec raison, par la hardiesse d'une thèse qui « bouleverse tout ce que nous avions cru sur La Boétie et le Conir'un ».
Voyons si les objections de M. Strowski sont aussi solides qu'elles veulent être nettes et précises.
Pour renverser mes conclusions, il faut qu'il démontre que le portrait du tyran dans le Contr'un n'est pas celui d'Henri III, et que le tableau du gouvernement tyrannique, tel qu'il est tracé dans ce Discours, ne s'apphque pas à son règne. Il faut qu'il prouve que les raisons que je donne pour établir la comphcité de Montaigne avec les protestants dans la publication du Contr'un sont sans fondement.
Les Mémoires de l'Etat de France, qui, les premiers, contiennent le texte entier du Discours, n'ont été publiés qu'en 1576-1577, et le portrait du tyran, qui fait partie de ce texte, a été publié avec des fragments du Contr'un dès 1574 dans le texte latin et dans le texte français du Réveille- Matin. Les auteurs de ce dernier livre ont donc eu entre les mains, trois ans avant la publication des Mémoires de l'Etat de France, soit le Discours entier, soit seulement, comme je le pense, le portrait du tyran et quelques autres fragments. Ce portrait et ces fragments n'ont pas été reproduits textuellement dans le Réveille- Matin; les auteurs de ce pamphlet les ont un peu modifiés pour les adapter à leurs fins. Je reviendrai là-dessus et montrerai plus loin quelles conséquences nous devons tirer des altérations
l4a MONTAIGNE ET LE « CONTr'uN »
introduites dans les fragments utilisés par les auteurs du Réveille- Matin.
J'avais montré que chacun des cinq traits de la peinture du tyran ^ est attribuable à la personnalité du duc d'Anjou. M. Strowski n'a pas même tenté de prouver le contraire. Sur cette frappante ressemblance, il garde un silence prudent. Il se contente d'affirmer, comme l'a fait M. Bonnefon, et sans d'ailleurs donner aucun argument à l'appui, que s'il est vrai que les protestants ont utilisé ce portrait, en le détournant de son véritable sens pour l'adapter à leur sujet, il ne visait, dans l'intention de celui qui l'a tracé, aucun tyran particulier.
J'ai déjà répondu sur ce point en discutant les objections de M. Bonnefon -. Sur les multiples allusions qui visent la politique d'Henri devenu roi de France et la forme particulière de sa tyrannie, si facilement reconnaissable en certains passages du Discours de la Servitude, mon contradicteur garde le même silence. Il se contente d'alléguer, dans une note de trois lignes, qu'aux « traits du portrait, M. Armaingaud en ajoute d'autres dont la précision est beaucoup moins incontestable, et qui ne paraissent s'appliquer ni au règne de Charles IX ni à celui de Henri III j)^. S'en tenir, quelques lignes plus loin, à affirmer que « le Discours de la Servitude ne peut être qu'une déclamation très générale sans application particulière », ce n'est pas là, on en conviendra.
1. Je ne reproduis pas ce portrait; le lecteur le trouvera aux pages 93 et suiv.