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visé Charles IX, et non Henri III, dans les dernières pages de ce document sont sans force, et, pas plus que M, Bonnefon, il n'a réussi à infirmer ma conclusion que le portrait anonyme, dans le Conir'un et dans le Réueille-Maiin, est celui d'Henri de Valois.
Voyons s'il a mieux réussi à démontrer qu'il n'y a pas eu entente entre Montaigne et les réformés, et que ce n'est pas celui-là qui a communiqué à ceux-ci le texte du Discours.
M. Strowski veut bien reconnaître que j'ai le premier signalé, « dégagé et mis en place marchande, » un certain passage des Essais dont nul ne semble jusqu'à ce jour avoir compris le sens et l'intention, et où j'ai montré Montaigne exprimant sa profonde sympathie pour les victimes de la Saint-Barthélémy. Ce n'est pas, comme il le croit, ce passage qui m'a suggéré l'opinion soutenue dans mon travail, mais il est venu à l'appui de cette opinion. M. Strowski reconnaît que j'ai établi que Montaigne, indigné par tant de cruautés, s'est penché, par pitié, vers la Réforme, « qu'il a brisé, à ce moment, avec toutes ses habitudes, toutes ses tendances, toutes ses idées de catholique et de conservateur. » Mais quand j'ajoute que Montaigne, qui avait en mains le manuscrit du Discours, et qui, suivant toute apparence, l'avait seul en sa possession, a dit aux écrivains huguenots : « Voici ce Discours, il sera utile à votre cause, je l'ai remanié pour servir à vos desseins, »
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M. Strowski m'arrête. « L'acte que vous prêtez à Montaigne n'eût pas été invraisemblable, me dit-il, si le Discours de la Servitude eût paru dans l'année qui a suivi la Saint-Barthélémy. Une intervention discrète de sa part, à ce moment-là, n'aurait rien eu d'étonnant, et je me demande même s'il ne faut pas placer à cette époque les négociations que Montaigne avait engagées entre les Guises et le roi de Navarre. » Mais, en 1574, date de la publication partielle du Discours, et en 1576, date de sa publication intégrale, Montaigne, pense M. Strowski, n'a pu apporter son concours aux réformés. « La paix, ajoute-t-il en substance, avait été accordée par l'Édit de La Rochelle (juillet 1573), et il ne dépendait que des réformés qu'elle fût définitive. Mais, au moment où l'apaisement commence à se faire, la discorde se rallume par leur faute; et c'est à ce même moment que Montaigne leur aurait apporté son appui, sa collaboration ! Ils ne sont plus les opprimés dont il a eu pitié; ils sont des révoltés dont un conservateur comme Montaigne n'a pu vouloir être le complice. »
Cette objection n'est spécieuse que pour qui oublie ou méconnaît, comme le fait M. Strowski, les causes réelles de la cinquième guerre civile. Si l'on étudie sans idée préconçue les circonstances qui ont amené cette guerre, l'on se persuade qu'il n'y avait aucune raison, bien au contraire, pour que Montaigne refusât aux huguenots en 1574, en 1575 et en 1576, l'appui
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que M. Strowski lui-même nous dit qu'il eût trouvé très vraisemblable en 1572 et 1573. Soit que l'on considère les conditions purement politiques et sociales de cette nouvelle guerre civile, plus longue que celles qui l'ont précédée, soit que l'on fixe son attention sur les odieuses combinaisons de Catherine de Médicis et ses criminels agissements à l'égard de son plus jeune fils et d'Henri de Navarre, on trouve de nouvelles raisons pour qu'un homme du caractère de Montaigne se soit plus que jamais, alors, rapproché des protestants et leur ait apporté son appui discret. La paix de La Rochelle n'accordait pas aux réformés de France ce qu'ils avaient toujours demandé, ce qu'ils avaient le droit d'exiger : la liberté de conscience et du culte. Le traité de juillet 1573, consenti par les Rochelais, qui s'étaient engagé? sans pouvoirs pour le parti tout entier, ne reconnaissait ces droits qu'aux protestants habitant La Rochelle, Montauban et Nîmes. Aux autres, on concédait théoriquement la liberté de conscience, mais on refusait l'exercice du culte. Est-il surprenant que les réformés de Montpellier, du Rouergue, de la Provence, du Dauphiné, réclamassent le droit de pratiquer leur religion? On ne peut pas s'étonner non plus de les entendre demander la réparation du passé, le châtiment des bourreaux, et, pour l'avenir, des garanties dont l'expérience d'hier démontrait la nécessité : des places de sûreté dans chaque province, des parlements composés de juges réformés. Les historiens protestants ne sont pas les seuls à justifier l'attitude alors adoptée par « ceux de la religion». L'historien catholique de Thou et l'archevêque Paul do Foix. aiubas-
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sadeur et membre du grand Conseil du roi, en parlent avec une indulgence telle, qu'on sent bien que tout au moins ils la comprennent et l'excusent. Gomment, dès lors, Montaigne ne l'eût-il pas comprise et excusée?
D'ailleurs, quel que soit le jugement que l'on porte sur cette cinquième guerre civile, quel que soit le parti auquel on en fasse remonter la responsabilité, il est certain — et c'est ce qui nous importe ici — que la conduite des réformés a été plus que justifiée par les Politiques, c'est-à-dire par les amis de Montaigne, puisque les réformés n'ont fait cette guerre qu'avec le concours des Poliliques. La Saint-Barthélémy avait divisé les catholiques. Une partie d'entre eux, faisant alliance avec les protestants et s'unissant aux « malcontents », formèrent cette Confédération dont les victoires successives, avec les chefs protestants La Noue, Condé, Turenne et Henri de Navarre, et les chefs catholiques Montmorency, Damville et le duc d'Alençon, aboutirent, en avril 1576, au traité de Beaulieu ou « paix de Monsieur ». Alors les revendications des huguenots triomphèrent. Ils obtinrent tout ce qu'ils avaient réclamé : liberté de conscience; liberté du culte; désaveu de la Saint-Barthéleray, réhabilitation de ses victimes; places de sûreté accordées aux réformés; dédommagements pécuniaires aux victimes et rétablissement dans leurs charges et dignités.
En 1574-1576, l'entente est donc complète entre les amis de Montaigne et les réformés : et c'est à ce moment même que Montaigne seul, à en croire M. Strowski, les aurait abandonnés ! N'est-ce pas tout à fait invraisemblable? Et n'est-il pas au
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contraire très présumable qu'en 1574, 1575, 1576, Montaigne, déjà très attaché à Henri de Navarre, fût de plus en plus disposé à favoriser les revendications des réformés et la politique des confédérés? Quelques faits bons à rappeler viennent fortifier ces raisons déjà suffisantes. Nous avons été conduit à placer dans les premiers mois de l'année 1574, au moment même où la mort de Charles IX était prévue comme prochaine, la communication faite par Montaigne aux protestants, des passages du Discours de la Servitude volontaire utilisés dans le Réveille- Matin. Or, à cette date, les protestants et une partie des Politiques visaient à changer l'ordre de succession au trône au profit du duc d'Alençon et au détriment d'Henri de Valois. On accusait Catherine d'avoir projeté, pour conjurer cette éventualité, de se défaire de son fils d'Alençon et de son neveu Henri de Navarre. D'autre part, quelques mois plus tard, Henri III, encore dans sa première année de règne, atteint d'un violent mal d'oreille et d'horribles souffrances dans la tête, se supposera empoisonné par d'Alençon et proposera à Henri de Navarre — qui refusera — de tuer d'Alençon afin de se faire roi de France après lui ^. Mon-
1. Le fait, nous l'avons vu plus haut, est rapporté par Pierre Matthieu, historien grave et bien informé qui, on le sait, a recueiHi bien des faits ignorés des autres historiens, de la bouche même d'Henri IV, dont il était l'historiographe. 11 déclare en particulier tenir ce dernier fait d'Henri IV lui-même; «Je tiens ce dernier point de la bouche d'Henry le Grand, qui prenant plaisir de me dire plusieurs choses qu'il jugeait dignes de son Histoire, me dit sur l'occasion de cette maladie du roi Henri HI, ces paroles que je rapporte fidèlement. » Suit le long récit où est racontée la proposition d'Henri IH et le refus d'Henri de Navarre. (P. Matthieu, Histoire de France de François /«r à Henri IV, Paris, 1631, t. I, p. 417.)
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taigne, venu à la Cour en 1574, devait être bien informé de ce qui s'y passait, par ses amis, et en particulier par Philibert de Grammont, attaché à la personne du roi béarnais; il n'est pas téméraire de penser qu'il n'ignorait pas ces circonstances.
N'est-il pas aussi très vraisemblable que Montaigne n'ignorait pas qu'au cas d'une vacance du trône, envisagée par bien des gens à la Cour, comme pouvant être prochaine par suite de la maladie d'Henri III et de l'état précaire de la santé du duc d'Alençon, l'accession d'Henri de Navarre ne rencontrerait aucune difficulté de la part de Catherine? « Je veux, écrit l'ambassadeur vénitien Jean Michel ^, montrer toute l'étendue de la finesse de la reine Catherine à Votre Sérénité. Comme les pronostics des astrologues (qui lui avaient déjà prédit la brièveté de la vie du roi Henri III et sa stérihtél annoncent à Monsieur lui-même (le duc d'Alençon) une vie courte et sans postérité, et comme en ce cas la couronne reviendrait à son gendre le roi de Navarre, Catherine se sert de sa fille, qui est la femme de ce roi, pour le gagner, et elle pense y avoir réussi. Son but est de rester toujours maîtresse et de conserver son autorité dans le cas même où la succession royale parviendrait à son gendre, comme si elle croyait ne jamais mourir, quoique âgée de cinquante-neuf ans, assurée, ainsi qu'elle le dit, qu'en ayant le roy de son côté, elle ne perdrait rien de son pouvoir et de sa réputation quand même le royaume tout entier serait contre elle. ■»
1. Belalions des Ambassadeurs vénilii'ns m France, bibliothèque royale, 1838, l. II, p. '247-2-19.
Non, Montaigne ne pouvait, à cette date, envisager comme un malheur la chute des Valois, qui aurait eu comme conséquence probable la transmission du trône à Henri de Navarre. Le geste que je lui attribue, de faire parvenir aux protestants un document qui pouvait servir leur cause, paraît de plus en plus naturel. N'est-il pas tout indique que, devant le danger que courait la vie du prince de son cœur, Montaigne, déjà indigné contre les auteurs des tueries du 24 août, ait pensé à recomposer le Conlr'iin pour en faire une arme de combat contre Henri IH, aider le mouvement contre lui et sa mère, et agir ainsi, à sa manière, en plein accord avec ses amis les Politiques et dans l'intérêt probable d'Henri de Navarre? Et, de fait, ne voyonsnous pas, peu de temps après et à peine échappé de la Cour, Henri de Navarre donner à Montaigne le titre de gentilhomme ordinaire de sa cour?
M. Strowski m'oppose, comme une objection péremptoire, un fait que j'avais moi-même signalé en lui donnant sa véritable signification^. On savait, par une courte note de Montaigne, qu'au mois de mai 1574 il avait été chargé d'une mission auprès du duc de Montpensier, chef de l'armée royale du Sud-Ouest. On ignorait quel était l'objet de cette mission, et chacun se livrait à des suppositions. On a dit notamment ceci : « Montaigne a fait du zèle royaliste en 1574; il
1. Revue polilique cl parlementaire, imiiuru ilo mai 1006. p. .Stf).
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est allé offrir ses services au duc de Montpensier.^) Or, un document authentique et officiel, dont je dois la communication à mon ami M. Céleste, l'érudit conservateur de la Bibliothèque municipale de Bordeaux, et que j'ai fait connaître en 1906, nous apprend quelle était cette mission ^. Montferrand, sénéchal de Guyenne, avait chargé Montaigne de se rendre auprès du duc de Montpensier pour l'informer que « des divisions et partialités étaient survenues entre les sieurs de Limeuil et Bourdeille », dans l'armée du Périgord, et lui demander de désigner « lequel des deux devait commander pendant la maladie ou absence du sieur de Losse ». Montaigne fit ce qu'on lui demandait et vint rendre compte au Parlement de Bordeaux le 11 mai 1574? C'est tout. M. Strowski pense que l'acceptation par Montaigne de cette mission, si peu importante, qui n'est, à vrai dire, qu'une simple commission pour le service du roi, ne permet pas de croire que, quelques mois auparavant et quelques mois après, il ait pu favoriser les intérêts des protestants. Mais l'argumentation peut être retournée, et on peut dire : si Montaigne est l'auteur de la communication que je lui attribue, il lui était impossible de refuser la mission qu'on avait peut-être le droit de lui commander. Possesseur du manuscrit du Discours contre les tyrans, — tout le monde le
1. Ce document est le Registre secret du Parlement de Bordeaux pour l'année 1574, découvert par M. Céleste dans la bibliothèque de Montesquieu à La Brède. C'est un volume petit in-folio relié en vélin, contenant la copie complète du résumé des séances du Parlement (les autres registres, ceux que possède la Bibliothèque municipale de Bordeaux, ne donnent que des copies écourlées ne reproduisant qu'une partie des séances et les reproduisant souvent très sommairement).
savait, puisqu'il l'avait annoncé dans sa Préface aux Œuvres de La Boélie, — le soupçon de l'avoir communiqué aux pamphlétaires, qui en faisaient, au même moment, un usage si injurieux pour le roi, pouvait d'un moment à l'autre se porter sur lui, ce qui eût mis sa vie en danger. Il lui était donc difficile de refuser son concours sans appeler ou sans confirmer le soupçon d'infidélité. Chez Montaigne, une conduite pleine de prudence a souvent coïncidé avec des paroles ou des actes très hardis. Quoi de plus hardi, de plus téméraire même, que de flétrir la conduite et le caractère d'Henri III par des allusions outrageantes, dans la première édition des Essais dont il lui fit hommage, et d'oser se présenter à la Cour afin de se faire complimenter par le roi sur son livre? Montaigne aimait les contrastes et comptait, non sans raison, sur son extraordinaire habileté, sur son pouvoir de fascination, dont nous avons plusieurs preuves, pour détourner les soupçons les plus naturels et quelquefois les mieux justifiés.
Enfin M. Strowski admet avec M. Bonnefon que le chapitre de l'Amitié fut écrit en 1571, que les événements l'amenèrent à supprimer la pubUcation du Contr'un dans son livre, mais non pas le chapitre qui annonçait cette pubhcation et pour lequel il avait des entrailles de père. C'est là, à son avis, une explication « plus simple » que les « ingénieuses et subtiles oonf^lnsions » du D'" Armaingaud.
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La contradiction, parfaitement consciente et intentionnelle, que s'est permise Montaigne, m'a fourni, non pas « d'ingénieuses et subtiles conclusions », mais un argument décisif. Si décisif, que l'un de mes contradicteurs, M. Pierre Villey, accorde, nous le verrons plus loin, que « si vraiment des additions importantes ont été faites au texte de La Boétie de manière à en faire un pamphlet d'actualité, Montaigne en est l'auteur, ou tout au moins cela ne s'est pas fait sans la complicité de Montaigne. » M. Bonnefon, pressentant sans doute qu'il ne me serait peut-être pas impossible de faire accepter par mes autres contradicteurs l'existence des remaniements, a voulu prévenir les conséquences de cette déclaration de M. Villey. Et croyant, d'ailleurs sans raisons valables, que si Montaigne a composé le début du chapitre de V Amilié dès 1571,1a contradiction entre le début et la fin de cet essai s'explique tout naturellement et échappe ainsi aux conséquences que j'en ai tirées, il s'est efforce de prouver que Montaigne a, en effet, écrit ce chapitre plus d'un an avant la Saint-Barthélémy.
La réfutation^ que j'ai donnée de cette allégation montre que M. Strowski n'a pas été bien inspiré en adoptant et en prenant à son compte la thèse de M. Bonnefon.
Il a voulu « faire sonner » mes arguments, et le son rendu par eux « ne lui a pas paru très purj>. J'espère avoir démontré que cela tient peut-être plus à son oreille qu'aux arguments eux-mêmes. Il pense
1. Cette réfutation a d'ailleurs été confirmée plus tard (voir page 118) par M. P. Villey.
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que ma « dévotion » à Montaigne, si elle ne manque pas de « clairvoyance », manque parfois d'esprit critique, « ou va plus loin que l'esprit critique ». Si j'ai réussi, comme je le crois, à mettre en lumière la faiblesse de ses objections, d'ailleurs présentées avec un talent et une habileté qui n'ont d'égale que sa bonne humeur, les reproches de M. Strowski tombent d'eux-mêmes et c'est sa propre critique, non la mienne, qui est en défaut.
Dans la réfutation d'une thèse historique, surtout quand elle paraît hardie et contrarie les idées reçues, si l'on ne se sent pas assuré de l'avoir renversée par l'argumentation directe, l'on est disposé, en vue d'affaiblir l'autorité de l'auteur, à le montrer mal documenté sur des points de détail, oubliant la chronologie, confondant les dates et les époques. C'est ce qu'a voulu faire à mon égard M. Strowski. Le procédé est légitime ; il est correct ; il a été employé sans nuire à la courtoisie; et j'ai d'autant moins à m'en plaindre qu'il se retourne contre celui qui l'emploie contre moi.
J'ai dit et répété que le texte intégral du Discours de la Servitude volontaire a été pubhé pour la première fois en 1577 dans les Mémoires de l'État de France, et que les fragments de ce discours utilises par le Réveille- Matin avaient été publiés en 1574. J'avais montré l'historien de Thou mal informé, puisqu'il place cette publication en 1573, et je proposais une explication de cette indication inexacte.
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M. Strowski affirme, au contraire, que les premiers fragments du Discours ont bien paru en 1573. Puisque le second et dernier dialogue du Réveille- Matin, dit-il, fait mention, à la page 165, du départ du duc d'Anjou pour la Pologne, ce départ ayant eu lieu dans les derniers mois de 1573, ce second dialogue et par conséquent les fragments du Discours qui remplissent ses dernières pages, ont donc été publics en 1573, non en 1574, comme le croit M. Armaingaud, et de Thou, qu'il croyait mal informé, est au contraire justifié. M. Strowski, s'accordant à lui-même une approbation sans réserve, ajoute : « Parfaitement. » Cet adverbe est de trop : le document que j'ai cité page 12 établit que le Réveille- Matin des Français, et par conséquent les fragments du Contr'un qui terminent le livre, ont été publiés en 1574, M, Henry Fazy,dans un livre qui date d'une trentaine d'années ^, transcrit une délibération du Conseil de Genève extraite du registre de ce Conseil et datée du 22 mars 1574, de laquelle il résulte que le Réveille-Matin des Français a été publié dans les premiers mois de l'année 1574, après avoir été imprimé, non à Genève, mais à Lausanne.
D'ailleurs, une des pièces liminaires de l'édition latine du Réveille- Matin ^, la Lettre missive au duc de Guise par un gentilhomme dont on n'a pu savoir le nom, est datée de janvier 1574, ce qui prouve non pas que cette édition a paru dès le mois de janvier, mais seulement qu'elle n'a pas pu paraître avant.
1. La Sainl-BarUiiiemi) à Genève, p. 80-83, chez Fisbacher, rue de Seine, Paris, 1879.