Dialogi ab Eusebio Philadelpho... Edimhurgi
Or, l'édition latine a été publiée avant l'édition française, comme l'indiquent les titres respectifs de chacune d'elles^; M. Strowski, d'ailleurs, ne le conteste pas : « Nous avons, » dit-il, « trois versions : une première en latin, car le Réveille-Matin a paru d'abord en latin ! » Donc l'édition française n'a pu paraître que dans les premiers mois de 1574, ce qui concorde pleinement avec la date de la délibération du Conseil de Genève (22 mars 1574). De Thou est mal informé sur ce point, et l'argument que M. Strowski tirait de l'affirmation de notre grand historien tombe de lui-même, emportant le satisfecit que mon contradicteur s'était un peu prématurément décerné.
Y a-t-il des allusions à Henri III dans les Essais?
Ayant été amené à reconnaître le personnage d'Henri III dans le tyran du Contr'un, et à attribuer à Montaigne la publication de ce Discours avec des remaniements qui en font un pamphlet contre ce roi, je devais tout naturellement rechercher si, dans les Essais, Montaigne, qui a fait de nombreuses allusions aux hommes et aux événements contemporains, en avait fait une ou plusieurs à la personne d'Henri IIT. Ces allusions, je les ai trouvées, et elles viennent à l'appui de ma thèse. M. Strowski, croyant au contraire avoir prouvé que le tyran du Contr'un, dans les fragments du Réveille- Matin, est Charles IX,
1. Le titre de l'édition latine (2^ dialogue) porte ces mots : « Nunc primum in luccm...,. » et l'édition française ceux-ci : c( Mis de nouveau en lumière. »
iGo MONTAIGNK ET LE « CÔNTr'lîN ))
conteste en ces termes l'existence de ces allusions : « M. Armaingaud, par des interprétations qui me paraissent trop subtiles, a cherché dans les Essais des allusions à Henri III et s'est efïorcé de prouver que le portrait du iyran de la Servitude volontaire s'accordait avec ces allusions. Ces hypothèses tombent du moment que le tyran est Charles IX ^. »
Je pense avoir établi que M. Strowski s'est mépris; que le portrait du tyran tracé dans les dernières pages du Réveille-Matin n'est pas celui de Charles IX. Il reste à savoir si les allusions à Henri III dans les Essais sont bien réelles, ou si mon interprétation est simplement « subtile » comme le pense mon contradicteur.
L'auteur des Essais flétrit (en 1580) un roi efféminé, en des termes tels qu'on y reconnaît à la fois le roi qui occupe le trône et le tyran du Contr'un. Au moment où Henri refuse de monter à cheval pour défendre en personne son pouvoir contre les rebelles protestants et contre la Ligue, laisse ce soin ù ses lieutenants et se renferme dans son palais pour y vivre mollement avec ses favoris, pendant que ses sujets se font tuer pour défendre sou trône, Montaigne écrit cette page des Essais, qu'il me faut encore citer : « L'empereur Vespasien estant malade de la maladie dont il mourut ne laissoit pas de vouloir entendre Testât de l'Empire, et dans son lict mesme, despeschoit sans cesse plusieurs affaires de conséquence, et son médecin l'en tançant comme de chose nuisible à sa santé: «Il faut, disoit-il, qu'un empe-