Ibid., p
le contraire de ce que vous comprenez : « Empesché à », ou « empesché de... » dans la langue du xvi^ siècle, veut dire: tout occupé à...; le sens de la phrase est : le moindre jupon le détourne et l'absorbe; et si l'on conçoit qu'on s'exprime ainsi sur le compte du tyran en général, il est peu admissible qu'on ait songé à qualifier ainsi Henri III, « l'avarié » de Venise. Le traducteur latin ne s'y est pas trompé ; il a forcé encore les couleurs : impudicse mulierculse serviiio toius addiciiis.
J'ai déjà répondu à ce dernier argument dans ma réponse à M. Bonnefon ^, et montré que la traduction latine ne saurait être invoquée comme autorité pour établir le sens du texte -. Il vaut mieux chercher cette
^ 1. Page 95 du présent volume.
2. Pourquoi ne pas égayer cette discussion d'un petit intermède anecdotique? Le cardinal de Guise ayant dit assez publiquement et à diverses reprises qu'il comptait tenir bientôt entre ses genoux la tête d'Henri III pour lui faire une couronne de m^ine, et quelque humaniste ayan donné à cette pensée la forme poétique par ce distique latin :
r^ f^ Qui (ledit anle cluas, imam abslulii allera nulal. ■- . ^jj.. Tertia lonsoris est facienda manu,
on fit du distique une traduction française, qui fut attribuée au président de Mesmes (l'ami de Montaigne), qu'en tout cas on trouva dans sa bibliothèque :
Valois, qui les dames n'aime, Deux couronnes posséda.
Bientôt sa prudence extrême Des deux l'une lui ôta.
L'autre va tombant de mesme Grâce à ses heureux travaux; Une paire de ciseaux Lui baillera la troisième.
Je rends M. Villey attentif au premier vers : Valois qui les dames n'aime. L'auteur de l'épigramme n'aurait pas compris Ycmpcscfié de... comme le traducteur latin du Réveille-Malin.
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autorité dans les écrivains du xvi® siècle et dans Montaigne lui-même. C'est ce que j'ai fait dans ma réponse à M. Dezeimeris ^, auquel j'ai cité plusieurs exemples. J'en ajoute d'autres, dont l'un m'est fourni par une note de M. Villey, qui n'a certainement pas été donnée par lui avec l'intention de venir à l'appui de ma thèse : « Ceux qui s'exercent à contrôler les actions humaines ne se trouvent en aucune part si empeschés qu'à les rapiesser et mettre en mesme lustre... » (Les Essais, livre II, quinzième phrase du chapitre II ^.)
Voici un exemple tiré des Mémoires de Marguerite de Navarre : « Il y eust beaucoup de peine à l'y faire consentir (à faire consentir Charles IX aux massacres du 24 août)... La reyne ma mère ne se vit jamais tant empeschée qu'à faire entendre au roy Charles que cela (l'attentat contre Coligny) avait été fait pour le bien de son Estât. » {Mémoires de Marguerite de Navarre, femme de Henri IV, édition Petitot, pages 49-50.)
Autre exemple, pris encore dans Montaigne. Parlant de La Boétie mourant : « Il dicta si vite son testament qu'on était bien empesché de le suivre. » (Lettre de Montaigne à son père, in Bonnefon, Montaigne et ses amis, t. I, page 142.)
i Au xvi^ siècle, la phrase en litige peut donc être prise dans un des deux sens ou dans l'autre, et s'il