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2. J'avais cru que, pris dans le sens « qui éprouve de la difficulté à ou pour...», empesché prenait toujours la proposition de. Je reconnais, après examen, qu'au xvi"^ siècle on dit aussi bien empesché à qu'« empesché de », sans que le sens soit changé. 11 n'y a donc jikis de (léluil .sur co point entre M. Villey et moi.
n'y avait dans l'image du tyran que ce trait, le lecteur serait libre d'interpréter la phrase à sa guise.
Mais que dire, si les autres traits de cette image ne s'appliquent pas au tyran classique, au tyran cruel et violent? Que penserons-nous si tous ces autres traits, si différents du type, s'appliquent au contraire à un tyran déterminé, et si ce dernier trait s'applique encore à lui, à la condition d'être interprété comme nous l'interprétons? Il ne s'agit pas, je le répète puisque M. Villey renouvelle ici l'objection déjà faite par M. Bonnefon, de l'avarie contractée par Henri à Venise au moment où il se sauvait de Pologne pour venir régner en France. J'avais expliqué dans mon premier mémoire^ que «tout empesché de...» devait faire allusion, non pas aux conséquences de ce mal vénitien, mais à la quasi-impuissance qui était antérieure, que toute la Cour connaissait, et à laquelle fait allusion une lettre du nonce au Saint-Siège. Dès 1573, plus d'un an avant la publication du portrait dans le Réveille- Malin, l'ambassadeur vénitien Morosini, écrivant sa relation annuelle, s'était fait l'écho des bruits de la Cour sur cette faiblesse spéciale; il peint Henri d'Anjou comme peu résistant aux fatigues de l'amour, ayant besoin de repos quand il s'y est livré, ce qui, remarque-t-il, se traduit visiblement sur son visage et dans ses yeux par une langueur caractéristique^.
C'est dans ces conditions que j'ai été amené à
1. Revue politique el parlenienlaire, 1906, n° de mars, et ma brochure : La Boéiie, Montaigne el le Contr'un, p. 9 et 10. Et ci-dessus, pages 8, 9, 10.
2. Belazionc di Morosini, anno 1753, dans Collection Alberi, série 11, vol. VI,. p. 2G2.
comprendre la phrase : « tout empesché de servir... » dans le sens où elle dénonçait cette particularité de la complexion amoureuse du roi.
Si, comme le déclare M. \ illey, le nœud de la question est là, il devrait donc me donner gain de cause. Et il devrait le faire, même dans le cas où l'interprétation du traducteur latin en 1574 et de M. Villey en 1907 serait adoptée. Le portrait du tyran, en effet, n'en serait pas moins celui de Henri III. La phrase comprise telle que la comprend M. Villey s'appHque à lui* aussi exactement, peut-être avec plus de précision, si, adoptant le second sens, le seul que M. Villey avait cru acceptable, l'on traduit par : « tout occupé à servir vilement la moindre femelette ». Pendant qu'il était encore duc d'Anjou et lieutenant général du royaume, il passait en effet une partie de ses journées dans l'intimité des filles d'honneur de sa mère, véritables filles de joie, choyé par l'escadron volant dont cette reine avait grand soin de s'entourer, Henri aimait, nous l'avons vu, à habiller, à attifer les dames. Ceci correspond bien à l'expression : « servir vilement... » Par contre, si ce trait ainsi compris s'applique à merveille à Henri III, on est surpris d'entendre dire par M. Villey qu'il est très applicable au tyran en général, au tyran traditionnel. Parmi les nombreux tyrans de l'Orient, de la Grèce et de Rome, dont le jeune La Boétie, à l'âge de seize ans, aurait dû avoir les faits et gestes assez fidèlement représentés dans sa mémoire d'écolier pour y puiser les traits d'un despote idéal, y\. Villey aurait sans doute quelque peine à en citer beaucoup qui fussent tout occupés à prodiguer aux femmes
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des soins vils, c'est-à-dire d'ordre inférieur; tandis qu'il ne peut méconnaître que, visant Henri III, la censure est d'une parfaite justesse.
Mais reprenons avec lui le signalement du tyran : Henri III, comme le tyran du Contran, était un « hommeau » dans tous les sens : il l'était dans le sens d'homme chétif et atteint d'infirmités précoces; il l'était parce qu'il était, suivant l'expression du Contr'un, mou et « femmelin ». M. Villey pense que cela n'a rien de caractéristique, qu'on en peut dire autant de la plupart des tyrans. Il me semble qu'il se trompe. Je ne crois pas que les tyrans aient été, aussi souvent qu'il l'imagine, « issus de races usées par les débauches et les excès, » ce qui en ferait des « homeaux », ni que « à peu près tous les tyrans soient représentés comme efféminés ». D'ailleurs, ma prétention n'est pas que les traits du tyran du Contran, pris séparément, appartiennent exclusivement à Henri III. Je dis simplement que les cinq traits du tyran décrits par le pamphlet publié sous le règne tyrannique d'Henri III, s'adaptant fidèlement à sa physionomie et ne se trouvant réunis chez aucun tyran antérieur, il est beaucoup plus naturel et plus raisonnable d'y voir le portrait de ce roi que celui d'un tyran idéal, tracé par un jeune écolier. En y réfléchissant, M.Villey ne pensera-t il pas avec moi qu'il est tout à fait invraisemblable que ce publiciste inexpérimenté, faisant un choix parmi les attributs si divers des tyrans anciens, en ait composé, en 1546, un type conventionnel, un portrait anonyme qui se trouvera correspondre exactement à celui du tyran effectif qui régnera vingt-huit ans plus tard; surtout lorsque
parmi ces cinq traits, il y en a un qui, non seulement comme les quatre autres, s'adapte à Henri III, mais ne peut convenir qu'à lui? Est-ce à un tyran de l'antiquité que peut s'appliquer le reproche de n'être pas même « accoutumé au sable des tournois », alors que les tournois n'ont existé qu'à partir du Moyen- Age? D'autre part, chez quel prince français, antérieurement à Henri III, et ayant pu mériter la qualification de tyran, l'auteur aurait-il puisé cette idée d'un tyran n'aimant pas le tournoi? Il est de toute évidence qu'ici est visé un prince contemporain, soit de la composition du Discours par La Boétie, soit de sa publication par les protestants. Or le prince contemporain de la composition du Discours par La Boétie, c'est Henri II, lequel ne pouvait, en 1546 ou 1548, passer pour un tyran, mais qui, par contre, était déjà, alors qu'il n'était que le Dauphin de France, le plus infatigable jouteur du royaume qui fut, toute sa vie, passionné pour ces exercices, et trouva la mort dans un tournoi. L'invective ne peut donc s'appliquer qu'au prince qui règne ou va régner, en 1574, au moment de la publication du Conir'un. Ceci est confirmé par les documents de l'époque : le peuple a toujours reproché à Henri III, nous l'avons vu \ de n'avoir aucun goût pour les « joutes et tournois ».
Le Discours de La Boétie a, par conséquent, été remanié par une main étrangère, pour en faire un pamphlet d'actualité contre Henri III. M. Villey en aurait peut-être été convaincu comme moi si le trait