Voir ci-dessus, pages
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Sur d'autres passages séditieux, sur d'autres remaniements importants, tels que ceux où je reconnais des allusions au gouvernement des favoris sous Henri III, et où M. Villey ne voulait voir que de simples souvenirs de l'histoire romaine, de simples allusions aux compagnons de Néron, à la chute de Séjan, aux affranchis de Claude, il n'oppose rien non plus à la démonstration que j'ai faite de l'impossibilité de cette explication. Tout argument auquel il ne peut répondre devient désormais pour lui, dans « le procès », une « pièce superflue ».
M. Villey, dans sa réplique, pose cette question : « Ya-t-il dans le Discours un trait, un seul qui désigne exclusivement Henri III et qui ne puisse s'appliquer, je ne dis pas à tel -ou tel tyran déterminé, mais à la peinture du tyran en général, moderne ou ancien ? »
Ainsi, mon contradicteur n'hésite pas à penser qu'on puisse dire d'un tyran de la Grèce ou de Rome, qu'il était peu accoutumé au sable des iournohlW pense aussi qu'en général, les tyrans modernes (modernes à l'époque de La Boétie, qui pour lui est l'auteur du portrait) n'aimaient pas les tournois? Et il ne veut pas voir qu'il n'y en a au contraire qu'un seul, non seulement à, qui ce trait puisse s'appliquer, mais à qui on l'ait reproché, et que ce seul tyran, c'est Henri III ! Quel poids, après cela, peut avoir la supposition émise par M. Villey, que l'auteur du portrait ait pu vouloir mêler à la peinture d'un tyran ancien « un trait de couleur moderne »?
M. Dezeimeris et M. Barckhausen ont mieux senti la portée de l'argument relatif au sable des tournois.
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et ils ont bien vu qu'ils ne pouvaient s'en défaire qu'en soutenant qu'au temps de la jeunesse d'Henri de Valois, il n'y avait plus de tournois en France. Je leur ai montré par des textes précis qu'il y en a eu plusieurs, et qu'Henri y fit triste figure.
M. Villey s'amuse beaucoup de la remarque que j'ai faite que le reproche d'«être empesché de servir vilement la moindre femmelette », puisse désigner Henri HI, quel que soit le sens où l'on prenne l'expression «empesché de...».
Est-il donc impossible qu'un prince, qu'un homme quelconque ait été à la fois faible au point de vue génital et se plaisant à l'excès dans la société des femmes, à vivre de leur vie, à être ridiculement empressé auprès d'elles, et cela, soit au même moment de sa vie, soit à des époques successives? N'est-ce pas précisément le cas d'Henri III lui-même et n'est-il pas certain que ces deux reproches lui ont été faits? Et puisqu'il les a encourus tous les deux, y a-t-il lieu de trouver étrange qu'on se demande lequel de ces deux reproches a voulu viser l'auteur du portrait? Serait-il même surprenant, si c'est Montaigne qui a écrit, le portrait, qu'il ait voulu qu'on prît l'expression a empesché de... » dans les deux sens à la fois? N'est-il pas coutumier de l'emploi de phrases et même de mots à double entente? Et n'est-il pas puéril de parler d'arbitrage, de venir me proposer de choisir autour de moi dix arbitres qui décideraient dans quel sens il faut entendre la fameuse phrase, et en particulier celui du mot vilement I Pour un peu, M. Villey me convierait à une sorte de conférence de La Haye !
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Pour mon critique, les allusions que je signale dans le Discours sont « invisibles »;« ce n'est qu'au moyen de subtilités aventureuses autant qu'ingénieuses » que j'ai pu les y voir, et surtout que j'ai pu assurer qu'elles avaient été « très intelligibles pour beaucoup de protestants d'alors »; « et en effet, ajoutet-il, qu'aurait signifié un pamphlet incompréhensible?»
Ce qui est aventureux, mais pas ingénieux, c'est de se prononcer avec tant de confiance, avant d'avoir pris ses informations. Si M. Villey ne s'était pas borné à parcourir le Réveille- Maiin des Français, s'il avait lu aussi la réponse qui fut faite à ce pamphlet au nom du roi et des catholiques dans le Vrai Réveille- Matin des Calvinistes et des publicains français (1576), M. Villey aurait pu s'assurer que les invectives dont est rempli le Discours à l'adresse d'Henri III ne sont pas restées incomprises, et que les allusions ont paru très intelligibles aux contemporains, tant catholiques que protestants. Au chapitre suivant," il pourra lire dans ma réponse à M. Barckhausen, le texte qui l'établit.
M. Villey demande aussi comment, si le Discours, dans certaines de ses parties, a été une arme forgée contre Henri III, et si par conséquent on voulait que ce monarque fût reconnu, les huguenots n'ont pas protesté quand Montaigne, dans les Essais, est venu leur enlever « le bénéfice de ce pamphlet en le présentant comme une simple déclamation d'école ».
Il est très vraisemblable, en effet, s'il n'y avait pas eu entente pour la publication du Discours, entre Montaigne et les huguenots, que ceux-ci auraient démenti sa déclaration, et peut-être aussi auraient
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protesté, comme le voudrait M. Villey, contre la conduite de l'auteur des Essais vis-à-vis de son ami dont il feignait de déprécier l'œuvre. Mais si au contraire l'entente a existé, il est non moins vraisemblable que cette déclaration était une de ses conditions ; d'autant qu'ayant été faite plusieurs années après la publication du libelle, cette déclaration ne pouvait plus enlever aux huguenots le bénéfice du pamphlet. Et cette apparition si tardive du désaveu de Montaigne est elle-même un nouvel argument en faveur de l'entente. Toutes les questions posées par M. Villey se réduisent donc à celle-ci : l'entente a-t-elle existé? Ce qui nous ramène purement et simplement au point de départ et à la solution déjà donnée, laquelle serait affirmative pour M. Villey comme elle l'est pour moi, s'il était resté conséquent avec ses prémisses.
M. Villey termine ainsi sa réplique : « En soulevant cette discussion, M. Armaingaud a, je crois, plus servi ses adversaires qu'il ne l'aurait souhaité. Mon interprétation, qui est aussi celle de M. Bonnefon, n'y a rien perdu. Bientôt, à force de batailler, on aura reconnu dans le Contran tous les tyrans de l'histoire. On y a déjà vu Charles VI, Henri II, François II. On a nommé même Charles IX. M. Armaingaud tient qu'il s'agit d'Henri III. Ne désespérons pas d'entendre citer d'autres noms encore. Et quel meilleur argument pourrais-je invoquer pour montrer que l'auteur n'a eu en vue aucun tyran déterminé, mais que tous peuvent se reconnaître dans sa peinture, parce qu'il a tracé l'image idéale du tyran?»
M. Villey n'aperçoit donc pas que cet argument,
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son «mîilleur argument» comme il dit, peut être retourné? Si dans le portrait du Conir'un, M.Lenient^ a cru reconnaître Henri II, si M. Combes a désigna François II, et M. Dezeiraeris, Charles VI; si un quatrième, enfin, a désigné Charles IX, c'est donc qu'aucun de ces auteurs n'a consenti à n'y voir que l'image idéale du tyran. S'ils n'ont pas réussi à trouver « le tyran déterminé » qu'ils cherchaient, est-ce une raison pour qu'en cherchant mieux on ne puisse enfin le trouver? Parce que le tyran n'est ni Charles VI, ni Henri II, ni François II, ni Charles IX, est-ce une preuve que ce tyran n'est pas Henri III? Il faut donc, pour en juger, revenir aux raisons apportées à l'appui de cette dernière attribution, ce qui ramène encore au point de départ et à la solution déjà formulée.
Donnant complaisamment audience à ses propres pensées et ne voulant rien entendre du dehors, M. Villey tourne dans un cercle et en arrive insensiblement à un raisonnement tautologique qui revient à celui-ci :
Le portrait vise le tyran en général puisqu'il ne vise aucun tyran particulier; et ce qui prouve bien qu'il ne vise aucun tyran particuher, c'est qu'il vise le tyran en général.