Du latin laxus
3. Relazione di Morosini, collection Alberi, série I, t. VI, p. 262. — Relation de Jérôme Lipomano. Relations des Ambassadeurs Vénitiens. Paris, Imprimerie royale, 1838, t. II, p. 615. — Voir aussi Henri de Valois et la Pologne, par le marquis ue Noaillks, 18G7, t. 1, p. 42-43.
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3'' « A grand peine accoustiimé au sable des tournois. )>
Sur ce point encore nous avons le témoignage de l'ambassadeur vénitien. Jean Correro apprend à son gouvernement ce que nous savons, d'ailleurs, par d'autres informations, « que le peuple reproche au duc d'Anjou de n'avoir aucun goût pour les joutes, tournois et autres choses semblables » ^.
40 « Non pas qui puisse par force commander aux hommes, mais tout empesché de servir vilement à la moindre femmelette. »
La faiblesse et l'infériorité d'Henri III, à ce point de vue, non pas seulement après qu'il fut devenu roi de France, mais quand il n'était encore que di^c d'Anjou ou roi de Pologne, sont assez connues pour qu'il soit utile d'insister. Le nonce du pape, si exactement au courant de tous les secrets d'alcôve, fait allusion à cet état de faiblesse (je ne dis pas d'impuissance totale), que toute la Cour connaissait, dans une lettre au Saint-Siège, en 1574 ^i « Lorsque ce roi faible et luxurieux passe une nuit ou deux avec une femme, il reste huit jours au lit. »
Un peu plus tard, tous les saints du paradis et aussi les magiciens et nécromanciens furent
1. Thom^ij^seo, Relalion des Ambass. Vénii. sur les affaires de France. Paris, Imprimerie royale, 1838, t. II, p. 237. î. Archives du Vatican, carton III, 388. Citées par Michelet.
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invoqués par Catherine et par la jeune femme d'Henri III, pour que la virilité lui fût obtenue, et pour qu'il fût mis en état de satisfaire à l'exigence principale d'une monarchie héréditaire.
Mézeray et l'évêque historien Péréfîxe nous disent à leur manière pourquoi sont restés sans résultats les ex-voto, les pèlerinages et les processions, pour avoir des enfants qu'on savait ne pouvoir tenir que d'un secours du ciel ; Henri III avait contracté à Venise, à son retour de Pologne (1574), un mal incurable auprès d'une dame qui lui fut trop prodigue d'une faveur qu'il se repentit toute sa vie d'avoir acceptée. Cette « avarie » peut expliquer la stérilité d'Henri III, mais non la quasi-impuissance qui était, je le répète, antérieure, et à laquelle a voulu faire allusion l'auteur du Conlr'un.
Non seulement ce trait s'applique très exactement à Henri III, mais il ne peut s'appliquer à aucun autre roi de France. L'expression « tout empesché de servir...» était employée, au xvi® siècle, en deux sens différents. Tantôt elle voulait dire : aincapablede...)), tantôt aiout occupé à... », « tout absorbé par le soin de... ». Nous avons choisi la première acception parce qu'elle était peut-être la plus fréquemment employée. Mais si on adoptait la seconde, comme le font MM. Faugère et Bonnefon, le trait s'appli-
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querait avec autant et plus de précision encore à Henri III. Il se plaisait à habiller les femmes, à les coiffer. Il passait une grande partie de son temps à dessiner les modes et les costumes qu'il imposait aux dames de la Cour, et que son caprice changeait à chaque instant. Vivant dans l'intimité des dames d'honneur de Catherine, il aimait à leur servir de femme de chambre. Le jour de son mariage avec Louise de Vaudémont, à Reims (février 1575), la cérémonie nuptiale devait avoir lieu dans la matinée ; mais il passa toute la journée à habiller, à attifer et coiffer sa femme, et la messe ne put être dite qu'à six heures du soir; la cérémonie dut être écourtée, l'heure tardive ayant obligé à supprimer le « Te Deum » ^.
5° « Non pas accoustumé à la poudre des batailles. »
J'ai réservé pour la fin ce membre de phrase, qui mérite une attention spéciale. Quand, en juin 1574, après six mois de règne, le roi de Pologne eut abandonné son royaume pour venir occuper le trône de France, il scandalisa et
1. Il y a, d'ailleurs, à cette date, un écrivain, un seul, qui excelle à exprimer dans une même phrase, quelquefois par un même mot, deux idées très différentes; et c'est justement celui auquel nous allons être amené à attribuer la composition de ce portrait d'Henri III : c'est Montaigne. Et il ne serait pas surprenant qu'il ait voulu, dans la phrase que nous analysons, taire allusion à la fois à l'infériorité génésique d'Henri III et à ses frivoles occupations auprès des femmes.
dégoûta sa Cour et son peuple par sa mollesse, sa fainéantise, la corruption la plus avilissante, la honteuse dépravation qu'il affichait, plus encore par son incapacité, sa morgue, ses déprédations, et surtout sa lâcheté. A Lyon, tout le jour couché chez lui, il ne se levait que pour s'étendre encore dans une barque peinte aux couleurs les plus brillantes, bien enveloppé de rideaux et mollement porté sur la Saône ^. De tous côtés on le sollicite de monter à cheval pour commander son armée contre les rebelles qui se lèvent en Languedoc et dans le Dauphiné, Il n'écoute rien, ne veut quitter ni ses favoris, ni ses confréries de pénitents et de flagellants, et pendant que ses lieutenants se battent pour sauver son trône et assiègent les forteresses des révoltés, il se renferme à Avignon, faisant alterner les orgies avec les exercices d'une dévotion grotesque et indécente.
Cette aversion bien établie pour la poudre des batailles complète la ressemblance frappante du tyran flétri par le Contr'un avec le personnage d'Henri IIL Toutefois, la ressemblance se maintient-elle aussi bien avec Henri encore duc d'Anjou ou roi de Pologne? La questionne se présenterait même pas à l'esprit, si, comme
1. Voir DE Thou, Histoire, t. VII, p. 134, et les autres historiens.
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on le croyait jusqu'à ces derniers temps, le Réveille-Matin des Français, lequel a publié pour la première fois, compris dans un fragment du Conir'un, le portrait que j'analyse, n'avait paru qu'à la fin de l'année 1574. Dans ce cas, en effet, personne ne pourrait objecter que le passage « non pas accoutumé à In poudre des batailles » n'est pas applicable à Henri III, qui, dès le mois de septembre, à son arrivée en France, témoigne pour la vie militaire et pour toute occupation virile l'éloignement invincible souligné par le pamphlétaire. Mais un document mis au jour il y a quelques années par M. Henry Fazy ^ paraît établir que le Réveille- Matin fut imprimé avant le 22 mars 1574. La satire viserait donc Henri, non roi de France, mais roi de Pologne. Or, à ce moment, cet Henri-là, loin qu'on pût le reconnaître à cette qualification : « non accoutumé à la poudre des batailles », était encore dans l'opinion (que j'avais cru, comme la plupart des historiens, autorisée) couvert des lauriers de Jarnac et de Moncontour. J'ai dû m'arrêter devant cette difficulté. J'avais pensé d'abord pouvoir la résoudre en supposant que le pamphlétaire, écrivant dans les premiers mois de 1574, avait visé à la fois le duc d'Anjou et son frère
1. Henry Fazy, La Saint- Barlhélemy à Genève, chez Fischbacher, 1879.
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Charles IX; celui-ci, le tyran qui règne encore et qui est officiellement responsable des massacres de 1572, celui-là, le tyran qui régnera demain et que les protestants considèrent, à ce moment surtout, comme le plus coupable des auteurs de la Saint- Barthélémy. Cette conception d'un portrait combiné n'aurait rien eu que de très admissible; et cette double attribution ne changerait rien à la donnée fondamentale de ma thèse.
Mais un examen approfondi de la personnalité d'Henri III et un retour sur la première partie de sa vie politique m'ont permis de me passer de cette interprétation et de reconnaître que tous les traits de la peinture, même le trait final, lui sont exclusivement attribuables ^
Beaucoup de protestants n'ont jamais consenti à croire qu'ils avaient été vaincus à Jarnac par ce généralissime de dix-sept ans. Ils n'ignoraient pas que Tavannes seul dirigeait l'armée, et le bruit courait que d'Anjou avait été lancé sur le champ de bataille de Moncontour par sa cavalerie plutôt qu'il ne l'y avait conduite. Même parmi les catholiques, les gens renseignés étaient fixés sur sa prétendue bravoure. DeThou
1. Je parle ici du portrait du tyran spécialement visé, mais si, comme nous allons le voir, la plupart des autres censures du Contr'un se rapportent au règne d'Henri III, il est naturel qu'on puisse y trouver aussi quelques allusions au règne de Charles IX.
llx MONTAIGNE ET LE U GONTR UN »
nous raconte que Simon du Bois, lieutenant général de Limoges, lui dit un jour, à Lyon, au moment de l'entrée d'Henri III en France, « que bien des gens ne pensaient pas du roi comme le commun, et que les espérances qu'on avait conçues d'un règne glorieux étaient fondées sur une réputation usurpée » ^.
Il n'en fallait pas davantage pour que, dans le pamphlet que nous analysons, le duc d'Anjou fût déjà qualifié, au point de vue militaire, comme il le fut unanimement par tous les partis, lorsque, quelques mois plus tard, il fut devenu roi de France. Ce jugement sur d'Anjou doit être également celui de l'impartiale histoire, si deux informations qui paraissent avoir échappé y à nos historiens modernes sont, comme je le pense, dignes de crédit. La première nous est fournie par l'Histoire de France de P. Matthieu S la seconde par les Mémoires de Tavannes. P. Matthieu nous dévoile comment fut créée, par la collaboration de Catherine de Médicis et du pape Pie V, la légende de la vaillance militaire du jeune prince, quelle ingénieuse comédie fut imaginée pour imposer au monde et au duc d'Anjou lui-même la conviction qu'un grand homme de guerre s'était révélé à Jarnac