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Corrompues, infernales

MONTAIGNE ET LE « CONTr'uN » 2^5

rompre.» C'est aussi bien dit que parfaitement puéril. Mais tournez la page et vous entendrez un tout autre langage. Au milieu d'un éloquent parallèle entre la mollesse, la triste endurance de ceux qui, faute d'avoir connu la liberté, souffrent la tyrannie, et ceux qui lorsqu'elle est menacée ont le courage de la défendre, « non pas avec la lance et l'escu, seulement, mais avec les dents et les ongles, » et, après qu'elle est perdue, savent la reconquérir au prix de leur sang, l'auteur s'interrompt pour rappeler l'exemple du jeune Caton : « Gaton l'Utiquain, estant ancore enfant et sous la verge, alloit et venoit souvent chés Sylla le dictateur, tant pource qu'à raison du lieu et maison dont il estoit, on ne luy refusoit iamais la porte, qu'aussi ils estoient proches parens. Il avoit touiours son maistre quand il y alloit, comme ont accoustumé les enfants de bonne maison. Il s'apperçeut que dans l'hostel de Sylla, en sa présence et par son commandement, on emprisonnoit les uns, on condamnoit les autres ; l'un estoit banni, l'autre estranglé ; l'un demandoit la confiscation d'un citoyen, l'autre la teste : en somme, tout y alloit, non comme chés un officier de ville, mais comme chés un tiran de peuple; et c'estoit non pas un parquet de iustice, mais un ouvroir de tyrannie. Le noble enfant dict à son maistre : « Que ne me donnés-vous un poignard? ie » le cacherai sous ma robe : ie entre souvent dans »la chambre de Sylla avant qu'il soit levé : j'ay le » bras assés fort pour en despescher la ville. » Voilà certes une parole vraiement appartenante à Gaton;

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