L HISTOIRE ET LA POESIE
Les livres sont instructifs ou plaisants; entendez par ce mot : faits pour plaire plus que pour profiter. Dans la première classe Montaigne range les historiens, dans la seconde les poètes. Il demande à ceux-là des leçons de morale, à ceux-ci des leçons de style.
L'histoire fut, avec l'expérience de la vie, la grande école de ce philosophe pratique; car les phi-
losophes eux-mêmes l'intéressaient moins par leur doctrine que par les anecdotes de leur biographie, Telle était chez lui la prédominance du point de vue moral, que, poussant peut-être un peu trop loin son mépris pour l'érudition, il s'irritait contre la critique historique quand, sous prétexte de rétablir la misérable vérité des faits, elle détruit de belles et utiles légendes. Les miracles sont vrais, s'ils sont beaux, et il faut y ajouter foi quand c'est Plutarque qui les raconte. On prétend que l'auteur de la Cyropédie a embelli « les rares perfections du grand Cyrus » ? Pour moi, je veux croire qu'un pareil homme a existé; je prends au pied de la lettre la parole d'un historien tel que Xénophon, et « je les approuve tous, l'un après l'autre, quoi qu'ils disent ».
Les historiens sont bons quand ils rapportent naïvement les faits; ils sont excellents quand ils les commentent avec l'autorité d'une haute raison ou d'une compétence spéciale; mais ils ne valent rien quand ils s'écartent du simple récit pour s'élever à des considérations qui, étant trop au-dessus de leur portée, nous font perdre, sans gain pour nos intelligences, l'information nue et pure qu'ils pourraient au moins nous donner. Montaigne est, sans contredit, le philosophe du juste milieu et de la mesure; pourtant l'entre-deux n'est pas toujours la région où il se complaît et il préfère parfois les extrêmes. Ainsi l'ignorance « abécédaire » vaut bien mieux pour lui, on l'a vu, que la demi-science; les historiens d'une valeur moyenne le dégoûtent, et, en
poésie, il condamne absolument, avec Horace et toute la saine tradition esthétique, la médiocrité, pour laquelle de bons petits poètes et de mauvais petits critiques ont quelquefois plaidé, pauvres gens î montrant par là combien étaient médiocres leur intelligence et leur sentiment de l'art.
Ses idées sur la poésie sont singulières. Il faut, pour s'en étonner moins, bien comprendre d'abord le sens du mot « plaisant », qui, ôtant aux livres de cette classe l'utilité, n'entend nullement par là en amoindrir le prix. Montaigne trouve Rabelais « simplement plaisant et digne qu'on s'y amuse » : assurément il se trompe, mais moins qu'on ne croit quand on ne voit dans les mots plaisant et amuser que ce qu'ils signifient pour nous aujourd'hui. Il n'en dirait pas tant des romans de chevalerie.
Si quelqu'un médit que c'est avilir les Muses, de s'en servir seulement de jouet et de passe-temps, il ne sait pas, comme moi, combien vaut le plaisir, le jeu et le passe-temps : à peine que je ne die toute autre fin être ridicule.
Dès son enfance, la poésie l'a « transpercé et transporté ». Elle « ravit et ravage notre jugement ». Qui croit la comprendre ne la comprend pas : nos yeux en restent éblouis, comme de « la splendeur d'un éclair ». Cependant, cette poésie si magnifiquement célébrée est un art léger, « folâtre », dont les imaginations amoureuses sont le plus bel entretien et la plus noble matière, qui rit et qui triomphe dans les sujets libres mieux que dans tous les autres, et que Montaigne recommande particulièrement aux
femmes curieuses de lecture, parce qu'il est, comme elles, « parlier », « tout en montre » et « tout en plaisir ».
Dédiant à la belle Corisande des vers de la Boétie, composés « en sa verte jeunesse », notre philosophe conte à l'oreille de la maîtresse du roi Henri que ceuxci furent « échauffés d'une belle et noble ardeur », tandis que les autres, « écrits en faveur de sa femme, comme il était à la poursuite de son mariage, sentent déjà je ne sais quelle froideur maritale ». Le sommet de la poésie a été atteint par Virgile et par Lucrèce dans les vers où tous les deux nous montrent Vénus enveloppant de ses caresses, l'un, Vulcain son mari, l'autre, Mars son amant, pour que son caprice soit exaucé. Seulement Montaigne trouve la Vénus de Virgile « un peu bien émue pour une Vénus maritale » ; la divine luronne de Lucrèce le ravit davantage : il savoure l'un après l'autre chaque trait de cette peinture délicieuse, pascit, inhians, molli, medullas, labefacta, fovet, et il se pâme sur la « noble circumfusa, mère du gentil infusas ».
C'est de ces a braves formes » de parler, « si vives et si profondes », que l'écrivain part et s'élance pour donner, dans la page la plus brillante des Essais, le précepte et le modèle du style qui est son idéal. Et c'est là aussi qu'on voit toute la dévotion avec laquelle il a soumis sa langue, pour la façonner artistement, à l'école exclusive des grands poètes latins.
La poésie médiocre ne comptant pas, il y a, à l'autre extrémité de l'échelle, une poésie naïve, sans
art, qui peut seule contrepeser celle des maîtres. La grande estime de Montaigne pour les vilanelles de Gascogne et pour les chansons des « Cannibales » révèle un critique indépendant, un précurseur de l'esthétique moderne, singulièrement élevé au-dessus des préjugés aristocratiques d'où la Pléiade jetait un regard d'inintelligent dédain sur le vil populaire.
Il dépasse également, et d'une infinie distance, toute la critique classique, ainsi que ses propres idées un peu bizarres, profondes pourtant, sur l'essence erotique de la poésie, dans ses remarquables vues sur Homère et sur les génies inconscients.
« Homère est aussi grand qu'on voudra » ; c'est presque un dieu; c'est « le seul auteur du monde qui n'a jamais soûlé ni dégoûté les hommes, se montrant aux lecteurs toujours tout autre et fleurissant toujours en nouvelle grâce ». Mais « il n'est pas possible qu'il ait pensé à représenter tant de formes
qu'on lui donne De biais ou de droit fil, un esprit
ingénieux rencontre en tout sujet quelque air qui
sert à son point Il ne se voit aucun livre, soit
humain, soit divin, duquel l'interprétation fasse tarir la difficulté. Le centième commentaire le renvoie à son suivant, plus épineux et plus scabreux que le premier ne l'avait trouvé. Quand est-il convenu entre nous : Ce livre en a assez; il n'y a meshuy plus que dire? »
Voilà une vue qui va très loin sur la nature malléable et plastique des chefs-d'œuvre, moins semblables à de rigides statues de marbre ou de bronze
qu'à une molle argile livrée à la variabilité éternelle des jugements de goût. Montaigne anticipe sur ce point la critique la plus moderne, jusqu'à deviner les avantages d'un « style nébuleux et douteux », bien que, pour son propre compte, il déteste fort l'obscurité et ne veuille pas de la profondeur à ce prix.
Il sait que « la fortune » a une bonne part dans les inventions du génie, que des traits sublimes échappent quelquefois à la main du poète « non seulement sans son intention, mais même sans sa connaissance », et que, par suite, les critiques circonspects et timides qui s.e font scrupule d'aller au delà des pensées de l'auteur qu'ils commentent, ne savent pas le premier mot de leur métier. « Un suffisant lecteur découvre souvent es écrits d'autrui des perfections autres que celles que l'auteur y a mises et aperçues, et y prête des sens et des visages plus riches.... J'ai lu en Tite-Live cent choses que tel n'y a pas lu; Plutarque y en a lu cent, outre ce que j'y ai su lire, et, à l'aventure, outre ce que l'auteur y avait mis. »
Montaigne, qui vit le Tasse dans son cabanon, médita tristement sur la parenté du génie et de la folie. « Il n'y a qu'un demi-tour de cheville à passer de l'un à l'autre. » S'il n'est pas permis, en poésie, de « faire le sot », tout autre chose est la divine folie, cet « élancement qui surpasse notre jugement et discours ». Notre sagesse est moins sage que cette folie-là; nos songes valent mieux que nos discours; c'est pour néant qu'un homme de sens rassis heurte
à la porte de la poésie, et les deux voies naturelles pour « entrer au cabinet des dieux » sont « la fureur et le sommeil ».
L'esprit souffle où il veut, même dans l'ânesse de Balaam. D'où Montaigne tire cette conséquence paradoxale, mais logique, que nous avons plus de bons poètes que de bons juges de la poésie, et qu'il « est plus aisé de là faire que de la connaître ».
l'éloquence
Son style est éminemment poétique, c'est-à-dire parsemé d'images vives et originales. La musique, l'harmonie des périodes sonores, bien balancées, n'est point sa loi souveraine, bien qu'il eût de l'oreille et qu'il fût très capable d'écrire de manière à charmer ceux qui en ont.
Il goûtait surtout la musique militaire et sa « courageuse harmonie »; mais il parle de la musique d'église en homme sensible à sa « dévotieuse » suavité, et il ne pouvait ouïr de sang-froid des vers d'Horace ou de Catulle a chantés d'une voix suffisante par une belle et jeune bouche ». Il critique une phrase de Gicéron, qui sonne mal. Ce n'est pas une mauvaise chicane, puisque l'orateur latin se piquait d'harmonie soutenue. Ce qui, d'ailleurs, importe davantage, c'est qu'il blâme ce soin trop
curieux du grand prosateur, les fioritures de ses redoublements, les roulades de ses esse videatur. Pour lui, il recherche une cadence brève, coupée, et « qui tombe plus court ». Montaigne était de ces écrivains si amis de la nature et de la vérité qu'ils sont hommes à déranger exprès le carillon de leurs phrases pour rendre impossible le soupçon d'avoir sacrifié à l'arrangement oratoire des mots l'expression franche et primey-sautière.
En 1570, avant d'avoir pris conscience de sa valeur individuelle comme artiste du style et d'avoir arrêté son ferme propos de ne ressembler à personne, il écrivait, en s'appliquant, comme un excellent élève de rhétorique. Voici, dans ce genre, un passage très bien écrit de la lettre à l'Hôpital sur la Boétie :
Qui pourrait faire voir les réglés branles de son âme, sa piété, sa vertu, sa justice, la vivacité de son esprit, le poids et la santé de son jugement, la hauteur de ses conceptions si loin élevées au-dessus du vulgaire, son savoir, les grâces, compagnes ordinaires de ses actions, la tendre amour qu'il portait à sa misérable patrie, et sa haine capitale et jurée contre tout vice, mais principalement contre cette vilaine trafique qui se couvre sous l'honorable titre de justice, engendrerait certainement à toutes gens de bien une singulière affection envers lui, mêlée d'un merveilleux regret de sa perte.
Devenu l'auteur des Essais, il verse quelquefois encore dans le style du parfait rhétoricien :
A Athènes, on apprenait à bien dire; à Sparte, à bien faire; ceux-là s'embesognaicnt après les paroles, ceux-ci après les choses; là, c'était une continuelle exercitation de la langue; ici, une continuelle exercitation de l'âme.
140 MONTAICNE.
C'est proprement danser sur la corde roide de la phrase; exercice aérien, où l'équilibriste lâche et perd la ferme assiette du vrai. Je rangerais volontiers parmi les beautés d'ordre académique et scolaire certaines antithèses fameuses : « La gloire de la déconfiture de Léonidas aux Thermopyles », et : « Des pertes triomphantes à l'envi des victoires ».
Aussi bien que Molière, Hugo et autres classiques, Montaigne use et abuse, à l'occasion, du développement proprement dit ou des variations sur un même thème. Le chapitre De l'art de conférer contient, dans l'édition de 1588, vingt-deux lignes de virtuosité purement verbale sur cette idée que lés mauvais exemples, en nous faisant horreur, peuvent être plus instructifs que les bons, et le texte de 1595 amplifie encore ce petit morceau. Les vers seuls pourraient faire passer, la prose, même celle des Essais, ne suffit pas à rendre intéressantes certaines enfilades de lieux communs, par exemple, sur l'impuissance où sont les archers de la garde royale d'écarter la colique, la vieillesse et la mort. J'aime autant cette pensée profonde de la grammaire française : Tous les hommes sont mortels. Montaigne a donc parfois oublié lui-même qu'on doit prendre garde de « soûler » le lecteur et qu'il faut le « poindre », non le lasser.
Sa syntaxe n'est peut-être pas aussi impeccable que celle de Rabelais, qui presque toujours gouverne sa barque avec une magistrale sûreté parmi les écueils des phrases les plus longues. Il a trop de
phrases enchevêtrées qui se cassent, moins par quelque volontaire dessein d'en rompre la structure oratoire que par une certaine impuissance d'en serrer jusqu'au bout le fil grammatical et logique. Je recommande, comme exemple de chaos cimmérien, celle qui, dans le chapitre Du Pédantisme, commence par ces mots : « Mais la raison que je cherchais... ». Elle a dix-sept lignes dans les éditions vulgaires *. Même dans le beau chapitre Des Coches, la longueur essoufflée de plusieurs périodes nuit à leur éloquence. A la fin du chapitre xviue du livre I, Mlle de Gournay prend sur elle de corriger Montaigne; si sa phrase ne vaut rien, avouons de bonne foi que celle du maître n'était pas meilleure.
Les allitérations, les assonances et les calembours sont, dans le style, des phénomènes de Tordre auditif. Montaigne est surtout un « visuel » ; mais il joue, comme tout le monde, avec les sons :
Les haires ne rendent pas toujours hères ceux qui les portent. — Tout ce qui plait ne paît pas. — La mort est bien le bout, non pourtant le but de la vie. — Mille diverses sortes de maux accourent à moi à la file : je les eusse plus gaillardement soufferts à la foule. — Tel fait des Essais, qui ne saurait faire des effets.
Les grandes pages oratoires de Montaigne (car il en a) sont celles où l'émotion, mère de l'éloquence
1. Le chaos s'eclaircit un peu, sans que la pleine lumière se fasse, quand on consulte le manuscrit de Bordeaux, où cette longue phrase est coupée par plus de points qu'il n'y en a non seulement dans les éditions vulgaires, mais aussi dans l'édition de 1802, reproduction insuffisamment fidèle du texte autographe de Montaigne.
et du vers, imprime à son discours un rythme naturel. Elles sont l'exception, parce qu'il n'a pas coutume d'être fortement ému. Tels sont d'abord les passages que lui a inspirés sa généreuse indignation contre la conduite inhumaine des Espagnols en Amérique. Les guerres civiles de la France ne l'ont pas non plus laissé froid : « Monstrueuse guerre!... Quelle honte!... Il ne se peut imaginer un pire état des choses, qu'où la méchanceté vient à être légitime et prendre, avec le congé du magistrat, le manteau de la vertu ! » Lorsque le duc d'Anjou mourut en 1584, Henri de Navarre, héritier légitime, et Henri de Guise, prétendant en dehors de la ligne héréditaire, se trouvèrent dès lors aux prises : sur-le-champ, chaque parti répudia sa doctrine de la veille, pour prendre celle qu'il détestait et combattait hier. Montaigne fait allusion à cette volte-face éhontée dans Y Apologie de Raimond de Sebonde :
Voyez l'horrible impudence de quoi nous pelotons les raisons divines, et combien irréligieusement nous les avorts et rejetées et reprises, selon que la fortune nous a changé de place en ces orages publics. Cette proposition si solenne : S'il est permis au sujet de se rebeller et armer contre son prince pour la défense de la religion, souvienne vous en quelles bouches, cette année passée, l'affirmative d'icelle était l'arc-boutant d'un parti; la négative, de quel autre parti c'était l'arc-boutant : et oyez à présent de quel quartier vient la voix et instruction de l'une et de l'autre; et si les armes bruyent moins pour cette cause que pour celle-là. Et nous brûlons les gens qui disent qu'il faut faire souffrir à la Vérité le joug de notre besoin! Et de combien fait la France pis que de le dire?
h' Apologie est semée de beautés proprement oratoires, dont la vibration se prolonge dans les Pensées de Pascal. Elles sont citées partout. Mais je ne sais si l'on a remarqué cette petite phrase où sonne déjà, comme dans une pensée célèbre, le bruit lugubre et sourd de la pelle du fossoyeur : « Qui verra l'homme sans le flatter, il n'y verra ni efficace ni faculté qui sente autre chose que la mort et la terre ».
L'homme public a été personnellement ému aussi par d'injustes accusations. L'éloquente défense de sa mairie, dont on a lu plus haut le résumé, respire un sentiment profond, assez amer, de la bêtise des dindons humains qui se rengorgent dans leur peau de maires ou de juges, au milieu d'une sotte bassecour admirant, comme de l'activité utile, les gloussements importants de ces personnages et la pompe de leur queue épanouie en roue.
Montaigne avoue qu'il n'était pas orateur. Il avait, pour ce genre de talent, « une forme retirant trop à l'artiste ». Quand il devait parler, il était réduit à la « misérable nécessité » d'apprendre par cœur son discours, et il se sentait « peser aux écoutants ». Selon sa constante habitude en parlant des qualités de son esprit, il se dit mille injures et il aurait eu, s'il fallait l'en croire, des « inventions lourdes et troubles », impuissantes à « fournir aux soudaines nécessités ». Cependant il remarque aussi qu'il avait quelque chose du tempérament de l'orateur et qu'il pouvait, « à l'aventure, plus à parler qu'à écrire ». Nous savons, par le propre aveu de ce Gascon, que
ni l'animation, ni les gestes, ni les éclats de voix ne manquaient à cette parole soi-disant endormie et endormante. Il est probable qu'il causait bien, sans doute avec les inégalités et les intermittences d'une humeur libre et dune fantaisie rêveuse, mais, quand cela lui plaisait, avec la verve qui brille en ses écrits. « Vous reconnaîtrez dans ces inepties, écrit-il à Mme de Duras, le même port et le même air que vous avez vus en ma conversation. »
Le style des Essais est « comique », c'est-à-dire : familier, « serré », « désordonné », « coupé ». Ouvrez l'édition de MM. Courbet et Royer, compacte et peu claire à cause du manque d'alinéas, mais où les points sont multipliés conformément aux dernières indications de l'auteur; voyez, par exemple, les deux pages finales du chapitre xve du livre II : Voltaire n'est pas plus agile ; Montesquieu n'a pas de suites de phrases plus brèves.
Dans le chapitre De la Physionomie, énumérant les maux publics et privés qui l'assiégèrent en 1585, il se félicite d'avoir eu « quelque tenue contre la fortune » et d'avoir éprouvé que « pour lui faire perdre ses arçons il fallait un grand heurt ». Aussitôt, en vrai païen qu'il est, il s'effraye de cet imprudent défi à l'antique Némésis : « Je ne le dis pas pour l'irriter à me faire une charge plus vigoureuse. Je suis son serviteur. Je lui tends les mains. Pour Dieu! qu'elle se contente! Si je sens ses assauts? si fais. »
Dans le chapitre De V Expérience, il raille le vieillard qui demande à Dieu de lui « maintenir sa santé
entière et vigoureuse, c'est-à-dire, de le remettre en jeunesse » : « N'est-ce pas folie? Sa condition ne le porte pas. Mon bonhomme, c'est fait. On ne vous saurait plus redresser. On vous plâtrera et estançonnera un peu, et alongera-t-on de quelque heure votre misère. »
Voilà du mouvement, et voilà aussi de la couleur; car il faut en venir à ce dernier caractère, qui est la qualité éminente du style de Montaigne.