‹ Montaigne; textes choises et commentésChapitre 17 sur 68 · LETTRE DE MONTAIGNE A HENRI · texte numérisé non relu

LETTRE DE MONTAIGNE A HENRI

Sire, celle qu'il a plu ;\ Votre Majesté in'écrire du vingtièuu^ de juillet ne m'a été rendue que ce matin, et m'a trouvé engagé en une lièvre tierce très violente, populaire en ce pays depuis le mois passé. Sire, je prends à très grand honneur de recevoir vos coniniandemeuts, et n'ai point failli d'écrire à M. le marcclial de j\Iatignon trois fois bien expressément la délibération et obligation en quoi j'étais de l'aller voir, et jusqu'à lui marquer la i-oute que je ])rendrais pour l'aller joindre en sûreté, s'il 1(^ trouvait bon. A (pioi n'ayant eu aucune réponse, j'estime qu'il a considéré pour moi la longueur et hasard des chemins. Sire, Votre Majesté nie fera, s'il lui plaît, cette grâce de croire (\m', j(! lie plaindrai jamais ma bourse aux occasions auxquelles je lie voudrais épargner ma vie. Je n'ai jamais reçu bien quelconqiK! de la libéralité des rois, non plus ((lie demandé ni mérité, et n'ai reçu nul paiement des pas que j'ai employés à leur ser-

LES DKKNIERES ANNEES 7:.

vice, desquels Votre Majesté a eu en partie connaissance. Ce que j'ai fait pour ses prédécesseurs, je le ferai encore heaucoup plus volontiers pour elle. Je suis, sire, aussi riche que je nwsouhaite. Quand j'am-ai épuisé ma hourse auprès de Votre Majesté, à Paris, je prendrai la hardiesse de le lui dire, et lors, si elle m'estime digue de me tenir plus longtemps à sa suite, elle en aura meilleur marché que du moindre de ses officiels. Sire, je suppUe Dieu pour votre prospérité et sauté. Voire très humble et très obéissant serviteur et sujet, Montaigne.

De Montaigne, ce second de septembre 1590,

Ce lanfi^age est celui d'un liommo qui ne se soucie plus de jouer un rôle dans le monde. Les pense''es de Montaigiu' se repliaient de plus en plus sur lui-même. Kéo;l(>r ses mœurs, dominer les douleurs qui l'assiégeaient, vivi-o sagement et se préparer à disparaître sans angoisses, telles étaient désormais ses occupations constantes. J^a mort ne le surprit pas. H l'avait toujours sentie près de lui, et l'une de ses principales études avait été de l'attendre. Pasquier nous dit que durant les trois jours qui la précédèrent, atteint d'une paralysie de la langue, il était obligé d'éciire pour communiquer avec son entourage ; que, sentant sa dernière heure venir, il fit avertiiquelques gentilshomnu's voisins pour preiulie congé d'eux. Comme son ami La Boétie, et conformément à la tiadition qui souvent lui servait de règle, Montaigne numrnt en chrétien. « Il fit dire la messe dans sa chambiv, nous dit Pasquier, et comme le prêtre était arrivé sur l'élévation du CorpKS Domini, ce pauvre gentilhomme s'élance au moins mal qu'il peut, comme à corps perdu, su.r sou lit, les mains jointes, et en ce dernier acte rendit son esprit à Dieu. » n avait cinquante-neuf ans et demi (13 septembre 1592). Des lettres de Mie de Gournay, de Piene de Brach et de Juste Lipse nous disent combii^i sa perti^ fut ressentie autour de lui.

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