ESSAIS DE 1S
par M. lo inaioclial de Clial^annes, été mis gouverneur de Fontalabie au lieu de M. de Lude, et l'ayant rendue aux Espagnols, fut condamné à être dégradé de noblesse, et tant lui que sa postérité déclaié l'oturier, taillable et incapable de porter armes : et fut cette rude sentence exécutée à Lyon. Depuis, souffrirent pareille punition tous les gentilshommes qui se trouvèrent dans Guise, lorsque le comte de Nansau y entra ; et autres encore, depuis. Toutefois quand il y aurait ime si grossière et apparente ou ignorance ou couardise, qu'elle surpassât toutes les ordinaires, ce serait raison de la prendre pour suffisante preuve de méchanceté et de malice, et de la châtier pour telle.
A côté de. ces essais très maigres, il eu est de plus éteudus. Moutaioiic alors uj souible plus partir d'un exemple, uuiis d'uue idée. Il se propose de développer quelque lieu commun. Là sans doute sa part d'originalité est moins négligeable. La morale est nu) lus élémentaire, et il intervient ])lus souvent pour glisser des observations personnelles. Pourtant, défiant de ses forces, « faible de reins », comme il dit lui-même, il en revient trop souvent à bâtir d!.>s mosaïques d'exemples et de sentences. On dirait parfois que l'essai n'est qu'un cadre destiné à recevoir ces mosaïques, tant elles en constituent la pièce de résistance. Dans le chapitre qu'on va lire, le thème à développer est une sentence d'Épictète : « Les hommes sont tourmentés par les opinions qu'Us ont des choses, non par les choses mêmes. » D?ux arguments établissent cette vérité : 1° La mort, le phis grand des maux, a été méprisée par certains hommes ; 2° la douleur, plus redoutable encore que la mort a, elle aussi, eu ses contempteurs. La douleur et la mort, ne sont donc que des maux d'opinion. Or, voyez comment chacun de ces deux arguments est présenté. Les développements en sont parfaitement symétriques : nous trouvons dans chacun d'eux d'abord quelques sentences, puis une ample collection d'exemples. A-t-il du moins trié lui-même à grand'peine ces exemples? Il s'en faut : deux ou trois au plus sont des souvenirs personnels. Quelques-
uns, en fort petit nombre, viennent de ses lectures présentes. Mais beaucoup étaient déjà très vulgafisés. Presqu(^ tous avaient été précédemment ramassés en grappes, telles que nous les voyons ici, par d'autres auteurs et utilisés pour illustrer les mêmes idées. Sans doute l'introduction du chapitre, sa conclusion, la page de transition aussi qui séparent les deux parties sont de Montaigne ; la méthode de composition n'en est pas moins très significative. Et voici qui est peut-être plus important encore : la manière d'argumenter et les sentiments eux-mêmes qui emplissent l'essai sont directement inspirés de Sénèque. Sénèque a fourni presque toutes les sentences et bon nombre des exemples. Parmi mes premiers essais, dira plus tard Montaigne, il en est qui« puent l'étranger ». Il ne les calomniei-a pas en parlant ainsi.