‹ Montaigne; textes choisis et commentésChapitre 15 sur 61 · LA MAIRLE DE BORDEAUX · texte numérisé non relu

LA MAIRLE DE BORDEAUX

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1)1 m elimn œlale jam quietus (1) ; et si elles se débauchent parfois .'i (|uel((iie iiiipression rude et pi'iiétrante, c'est, à la vérité, sans mon cutiseil. De cette langueur natxirelle on ne doit pourtant lirer aucune preuve d'impuissance (car faute de soin et faute de -eus, ce sont deux ciioses), et 'moins de méconnaissance et d'iu- 'ratitude envers ce ])euple, qui employa tous les plus extrêmes iiioyens qu'il eût en ses mains à me gratifier, et avant m'avoir (•(umu, et après ; et fit bien plus pour moi en me redonnant ma charge qu'en me la donnant preim'èrement. Je lui veux tout le bien qui se peut ; et certes, si l'occasion y eût été, il n'est rien que j'eusse épargné pour son service. Je me suis ébranlé pour lui comme je fais pour moi. C'est un bon peuple, guerrier et u'énéreux, capable pourtant d'obéissance et discipline, et de servir h quelcpie bon usage s'il y est bien guidé. Ils disent aussi (•;'tte mieinie vacation sctre passée sans marque et sans trace, il est bon ! on accuse ma cessation en un temps où quasi tout le uionde était convaincu de trop faire. J'ai un agir trépignant, (u'i la volonté me charrie ; mais cette pointe est ennemie de persévérance. Qui se voudra servir de moi, selon moi, qu"il me donne des affaires oii il fasse besoin de vigueur et de hberté, qui aient u.ne conduite droite et courte, et encore hasardeuse, j'y pourrai quelque chose ; s'il la faut longue, subtile, laborieuse, artificielle '^ et tortue, il fera mieux de s'adresser à quelque autre. Toutes

^chai'ges importantes ne sont pas difficiles. J'étais préparé à m'embesogner plus rudement un peu, s'il en eût été grand besoin ; car il est en mon pouvoir de faire quelque chose plus que je ne fais et que je n'aime à faire. Je ne laissai, que je sache, aucun mouvement que le devoir requît en bon escient de moi ; j'ai facilement oubhé ceux que Fambition mêle au devoir et couvre

; de son titre. Ce sont ceux qui, le plus souvent, remphssent les

j yeux et les oreilles, et contentent les hommes. Non pas la chose, mais l'apparence les paye. S'ils n'oyent (entendent) du bruit,

:'^il leur semble qu'on dorme. Mes humeurs sont contradictoires aux humeurs bruyantes. J'aiTêterais bien un trouble sans me ' troubler, et châtierais un désordre sans altération. Ai-je besoin de colère et d'inflammation? je l'emprunte et m'en masque. Mes mœurs sont mousses, plutôt fades qu'âpres. Je '-'X n'accuse pas un magistrat qui dorme, pour\ai que ceux qui sont sous sa main dorment quand et lui (en même temps que lui) : les

(1) De tout temps calme par nature et plus encore à présent par l'etlet de l'âge. (Q. Cicéron, De petitione consulaius, IL)

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lois donnent de mémo. Ponr moi, jo loue une vie glissante, Hunbre et muette : m'qiie snbimsad'ni cl abjeclom, nvquese ejjrl' iileni (1) ; ma fortune le veut ainsi. Je suis né d'une famille (|iii a eoulé sans éclat et sans tumulte, et, de longue mémoiri', particulièrenuMit ambitieuse de prud'liomie.

Xos liommes sont si formés à l'jigitation et ostentation (pic la bonté, la modération, l'éijuabilité, la constance et telles qualités quiètes (tranquilles) et obscures ne se sentent plus. L^s corps raboteux se sentent, les polis se manient imperceptiblement. La maladie se sent ; la santé, peu ou point ; ni les choses qui nous oignent, au prix de celles qui nous poignent {piqumD. (."'est agir j)our sa réputation et profit particulier, non pour le bien, de renu'ttre à faire en la place ce qu'on ])eut faire en la cliainbre du conseil, et en ])lein midi ce (pi'on eût fait la miit précédente, et d'être jaloux de faire soi-même ce que son compagnon fait aussi bien. Ainsi faisaient aucuns ciiirurgicns de (îrèce les opérations de leur art sur les échafauds, à la vue dis passants, pour en acquérir plus de pratique et de clialandise. lis jugent que les bons règlements ne se peuvent entendre (ju'au son de la trompette. L'ambition n'est pas un vice de petits compagnons et de tels efforts que les nôtres. On disait à Alexandre : « Votre père vous lairra (laif<sera) une gi^ande domination, aisée et pacifique. » Ce garçon était envieux des victoires de son père et de la justice de son gouvernement. Il n'eût pas voulu jouir l'empire du monde mollenuMit et paisiblement. Alcibiade en Platon aime mieux mourir jeune, beau, riche, noble, savant, tdut cela par excellence, que de s'arrêter en l'état de cette condition. Cette maladie est, à l'aventure, excusable en une âme si forte i'X si pleine. Quand ces amètes {petites âmes) naines et chétives s'en vont embaliouinant, et pensent épandre leur nom pour avoir jugé à droit une affaire, ou continué l'ordre^ des gardes d'une porte de ville, ils en montrent d'autant plus le cul qu'ils espèrent en hausser la tête. Ce menu bicnfaire n'a ni corps ni vie ; il va s'évanouissant en la première bouche et ne se promène que d'un carrefour de rue à l'autre. p]ntretenezen hardiment votre fils et votre valetj comme cet ancien, qui n'ayant autre auditeur de ses louanges et consent (conscicnl) de sa valeur, se bravait avec sa chambrière, en s'écriant : « <) l'errette, le galant et suffisant homme de maître ([ue tu as! ■■

(ij Aussi ôloigiiûe du la bassesse et de l'abjection que de rinsoleiit orj^ueil.' D'après Cicéron, De offlciis, I, xxxiv.)

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