LES DERNIÈRES ANNÉES
Montaigne Talla voir à deux reprises dans son domaine l)atrimonial de Gournay. Plus tard elle devait servir avec tlévouement la mémoire de son illustre ami en assumant la lourde tâche d'éditer ses Essais. D'autres liaisons encore cmbelliient les dernières années du moraliste, qui avait su peindre si vivement 1rs douceui's d'une "\Taie amitié. Le poète bordelais Pierre de Brach, qui devait seconder Mlle de Gournay dans son rôle d'éditeur, lui témoignait un attachement dont l'expression, pour nous paraître aujourd'hui bien ampoulée, n'en était pas moins touchante. H s'était lié en outre peu auparavant avec Charrou, qui vnit le voh" dans son château en 1586 et qui devint un disciple fervent de sa pensée : les trois livres de la Sagesse, tout remplis d'emprunts aux Essais, le. disent assez. Il correspondait aussi avec Juste Lipse, dont il prisait le jugement et le savou*. Mais aucune de ces amitiés ne réchauffa tant son cœur vieillissant que celle qu'il . portait à Mlle de Gournay, sa « fille d'alhance » comme il aimait à l'appeler.
Rentré dans son château en novembre ou décembre 1588, il fut, nous dit-on, retenu en Guyenne par le service du roi. Nous ignorons quelles fonctions lui furent alors conliées, mais tout porte à croire cpie son rôle à cette date fut jx'u actif. L'âge s'appesantissait sur lui. La vue s'obscmeissait, l'ouïe s'émoussait, et par-dessus tout les crises de son mal se faisaient plus aiguës et plus fréquentes. Il est probable qu'il se retmi de plus en plus dans sa tour. Les lectures que lui faisait son secrétah'e se prolongeaient de plus en plus : il lisait alors Platon en entier, les écrits pliilosophiques de Cicéron, des ouvTages qui autrefois lui paraissaient trop longs pour qu'il les entreprît. Il avait cons--i tamment sur sa table un exem})laire des Essais de 1588, l et il le gonflait d'additions nombreuses, destinées à une sixième édition qu'il préparait, insérant pêle-mêle ses réflexions personnelles et les passages de ses lectures qui ; lui semblaiout capables freiuichir son anuTC. y
Certes il continuait de suivre d'un œil singulièrement/ intéressé les événements qui se précipitaient. Le duc de
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Guise avait été assassiné, mais les ligueuis n'en niuntraieiit l)as moins d'audace. Ils étaient maîtres de Paris. Bientôt Henri III, qui s'était rapproché d'Henri de Navarre et qui cherchait avec son concours à reconquérir la capitale, tombait sous le poignard d'un fanatique. Le roi de NavaiTe, pour lequel i\Iontaigne s'était toujours senti une sympathie si vive, devenait le légitime possesseur du trône mais il lui fallait conquérh' pied à pied son royaume. Notre philosophe applaudissait avec une joie patriotique à ses succès. II l'en félicitait, il se permettait même de lui donner des conseils, et ra\isait que la clémence ne contribuerait pas moins que les armes à lui conquérir l'obéissance de ses sujets. H rêvait de l'aller voii' dans Paris repris aux fanatiques. MaLs il n'éprouvait pas le désir de rentrer dans la vie publique. Si jamais l'ambition l'avait tenté, ce 1em])s était bien passé. Henri IV l'eût bien volontiers attaché à son service. Il faut lire la belle réponse par laquelle Montaigne, tout en cissurant son monarque de son absolu dévouement, affirme sa volonté de garder entière son indépendance.
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Siro, iH'llo (|u"ii a ])lii à Votre Majesté inï-crirc du vinglièino (Ir juillet IIP m'a été reiidiie que ce matin, et m'a trouvé engafi;é en une fièvre tierce très violente, populaire en ce pays depuis le mois passé. Sire, je prends à très grand honneur de recevoir vos coiuniandements, et n'ai [joint failli d'écrire à M. le maréchal (II- .Matignon trois fois bien expressément la délibération et ohlirration en f|Uoi j'étais de l'aller voir, et jusqu'à lui marquer la route que je jjrendrais pour l'aller joindre en sûreté, s'il le trouvait lion. A (juoi n'ayant eu aucune réponse, j'estime qu'il a considéré pnin- moi la lonjjjueur et hasard des chemins. Sire, V(»tre .Majesté me fera, s'il lui plaît, cette grâce de croire (juc je ne plaindrai jamais ma bourse aux occasions auxquelles je ne voudrais éparj^'uer ma vie. .le n'ai jamais reçu bien qnel- « «'iKjiic de la libéralité des rois, non plus (|ii(! demandé ni mérité, il if.ii reçu nul paiement des pas que j'ai employés à leur ser-