LES DERNIÈRES ANNÉES
\ice, desquels Votie Majesté a eu en partie connaissance. Ce que j'ai fait pour ses prédécesseurs, je le ferai encore l)eaucoup plus volontiers pour elle. Je suis, sire, aussi riche que je nusouhaite. Quand j'aurai épuisé ma. bourse auprès de Votre ]\Tajesté, à Paris, je prendrai la hardiesse de le lui dire, et lors, si elle m'estime digne de me tenir plus lon^itemps à sa suite, elle en aura meilleur marché que du moindre de ses officiers. Sire, je supjihe Dieu pour votre prospérité et santé. Votre très Immble et très obéissant serviteur et sujet, Montaigne.
De Montaigne, ce second de septembre 1690.
Ce langage est celui d'un homme qui ne se soucie jjIus de jouer un rôle dans le monde. Les pensées de Montaigne se repliaient de plus en plus sur lui-même. Régler ses mœms, dominer les douleurs qui l'assiégeaient, rivre. sagement et se préparer à disparaître sans angoisses, telles étaient désormais ses occupations constantes. La mort ne le siurprit pas. H l'avait toujours sentie près de lui, et l'une de ses principales études avait été de l'attendre. Pasquier nous dit que durant les trois jours qui la précédèrent, atteint d'une paralysie de la langue, il était obligé d'écrire pour commimiquer avec son entourage ; que, sentant sa dernière hem-e venir, il fit avertir quelques gentilshommes voisins pour prendre congé d'eux. Comme son ami La Boétie, et conformément à la tradition qui souvent lui servait de règle, Montaigne mourut en chi-étien. « Il fit dire la messe dans sa chambre, nous dit Pasquier, et comme le prêtre était arrivé sur l'élévation du Corpus Domini, ce pau\Te gentilhomme s'élance au moins mal qu'il peut, comme à corps perdu, sttr son lit, les mains jointes, et en ce dernier acte rendit son esprit à Dieu. » n avait cinquante-neuf ans et demi (13 septembre 1592). Des lettres de M\e de Gournay, de Pien-e de Brach et de Juste Lipse nous disent combien sa perte fut ressentie autour de lui.