‹ Montaigne; textes choisis et commentésChapitre 31 sur 61 · II. — PROFESSION DE FOI PY RlUIOM ENNK · texte numérisé non relu

II. — PROFESSION DE FOI PY RlUIOM ENNK

... J'aurais trop beau jeu, si je voulais considérer l'iiommo en sa commune façon et en gros; et le pourrais faire ])ourfant pai' sa règle propre, qui juge la vérité non par le ])oids des voix, mais par le nombre. Laissons là le peuple.

Qui vigilam sterlil,

Mortiia cui vtta est prope jam, vivo alquc videuli (1),

qui no se sent point, qui ne se juge point, qui laisse la plupart de ses facultés naturelles oisives : je veux prendre riiomnie en sa plus haute assiette. Considérons-le en ce petit nombre d'honnnes excellents et triés, qui, ayant été doués d'une belle et particulière force naturelle, l'ont encore roidie et aiguisée jiar soin, par étude et par art, et l'ont montée au ])lus haut ])oint de sagesse où elle puisse atteindre : ils ont manié leur âme à tous sens et à tous biais, l'ont appuyée et étançonnée de tout le secours étranger qui lui a été propre, et enrichie et ornée de tout ce qu'ils ont pu emprunter, pour sa eoniniodité, du didaiis et dehors du monde : c'est en eux que loge la iiauteur extrême de riiumaine nature : ils ont réglé le monde de polices et de lois ; ils l'ont insti"uit par arts et sciences, et instruit encore par l'exemple de leurs mœurs admirables. Je ne mettrai en compte que ces gens-là, leur témoignage et leur expérience ; voyons jusqu'où ils sont allés et à quoi ils se sont tenus : les maladies et les défauts que nous trouverons en ce collège-là, le monde les pourra haidiment bien avouer pour siens. f Quiconque cherche (inehpie chose, il en vient à ce |M)iiil,

(1) Qui ninfic quand il veillt', dont i'e"xisli'nce est presque une mort, bien qu'il vive et qu'il ait les yeux ouverts. (LucnÈci:, 111, lOGl.)

ou qu'il dit quil a trouvée, ou qu'elle ne se peut trouver, ou qu'il en est encore en quête. Toute la pliilosopliie est départie en ces trois geiu'es : son dessein est de chercher la vérité, la science et la certitude. Les péripatéticiens, épicuriens, stoïciens, et autres, ont pensé l'avoir trouvée. Ceux-ci ont établi les sciences que nous avons et les ont traitées conune notices {connaissances) certaines. Clitomachus, Carnéade et les acadé- / miciens ont désespéré de leur quête et jugé que la vérité ne '' se pouvait concevoir par nos moyens. La fin de ceux-ci, c'est la faiblesse et humaine ignorance : ce parti a eu la plus grandi; suite et les sectateui's les plus nobles. Pyrrhon et autres scep- I tiques ou épéchistes (1), desquels les dogmes plusieurs anciens ont tenu être tii'és d'Homère, des sept sages, d'Archilocluis, d'Euripides, et y attachent Zenon. Démocritus. Xénophaiu>, disent qu'ils sont encore en clierche de la vérité, C.nix-ci jugoiit que ceux-là qui pensent l'avoir trouvée se trompent infiniment et quïl y a encore de la vanité trop hardie eji ce second degré qui assure que les forces humaines ne sont pas capables d'y atteindre; car cela, d'établir la mesure de notre puissance, de connaître et juger la difficulté des clioses, c'est une graiule et extrême science, de laquelle ils doutent que l'homme soit capable :.

' Nil sein si quis putat, id quoque neseit . An iciri possit quo se nil scire jatetui (2).

/ L'iguorancc qui se sait, (pii se juge et qui se condanme, ce n'est ' pas une entière ignorance ; pour l'être, il faut qu'elle s"ignore soi-même : de façon que la professioji des pyrrlionicns est de branler, douter et enquérir, ne s'assurer de rien, de rien ne se répondre. Des trois actions de lânie, Finuigi native, l'appétilive (3) et la consentante, ils en reçoivent les deux premières ; la dernière, ils la soutiennent et la maintiennent ambiguë, sans inclination ni approbation d'une part ou d'autre, tant soit-ellc légère.

Il) Mot ((ui vient du gi"ec inéyzvf, et (lui désigne c<>hii qui susptnid son jugement.

(2) Cehii qui cmit qu'on ne peut ilon savoir ne sait pas même si on peut rien savoir qui lui permette d'avouer qu'il ne sait rien. (T.ucRiîCK, IV, 470.)

(o) Qui fait appeler, désirer. Il s'agit do l'imagiJuilion, de la volonté et du jugement.

iri4 == MONTAIGNE. — CHAP. IV

... Or, cette assiette de leur jugement, droite et inflexible, recevant tous objets sans application et consentement, les achemine à leur ataraxie (1), qui est une condition de vie paisible, rassise, exempte des agitations que nous recevons par limpression de l'opinion et science que nous pensons avoir des clioses ; d'où naissent la crainte, l'avarice, l'envie, les désirs iinnuxlérés, l'ambition, l'orgueil, la superstition, l'amour de nouvelleté {nouveauté), la rél)ollion, la désobéissance, l'opinicâtreté et la plupart des maux corporels : voire ils s'exemptent l»ar là de la jalousie de leur disciplina (dodrine), car ils débattent d'une bien molle façon ; ils ne craignent point la revanche à leur dispute; quand ils disent que le pesant va contre-bas {m bas), ils seraient bien marris qu'on les en crût ; et cherchent f|u'on les contredie, pour engendrer la dubitation (doute) et surséance (action de surseoir) de jugement, qui est leur fin. Ils ne nuHtent en avant leurs propositions que pour combattre celles qu'ils pensent qup nous ayons en notre créance. Si vous prenez la leur, ils prendront aussi volontiers la contraire à soutenir : tout leur est un ; ils n'y ont aucun choix. Si vous établissez (jue la neige soit noire, ils argumentent, au rebours, quelle est blanche ; si vous dites qu'elle n'est ni l'un ni l'autre, c'est à eux à maintenir qu'elle est tous les deux; si, par certain jugement, vous tenez que vous n'en savez rien, ils vous mainiiendront que vous le savez : oui; et si, par un axiome aiïinnatif, vous assurez que vous en doutez, ils vous iront débattant que vous n'en doutez pas, ou que vous ne pouvez juger et établir que vous en doutez. Et, par cette extrémité 'de doute, qui se secoue soi-même, ils se séparent et se divisent do plusieurs opinions, de celles mêmes qui ont maintenu en plusieurs façons le doute et l'ignorance.

... Leurs façons de parler sont : « Je n'établis rien ; il n'est non plus ainsi qu'ainsi, ou que ni l'un ni l'autre : je ne le comprends {)oint ; les apparences sont égales partout ; la loi de parler, et j)our et contre, est pareille. Rien ne semble vrai, qui ne jMiisse sembler faux. » Leur mot sacrainental, c'est èizi/o), c'està-dire « je soutiens, je ne bouge ». Voilà leurs refrains et autres de pareille substance. Leur effet, c'est une pure, entière et frès parfaite surséance et suspension de jugement : ils se servent de leiH' raison j)our enquérir et pour débattre, mais non pas pour arrêter et choisir. Quiconque imaginera une perpétuelle con-

(1) Mut grec qui signifie tranquillité d'âme.

fession d'ignorance, un jugement sans pente et sans inclination, à quelque occasion que ce puisse être, il conçoit le pyiThonisnie. J'exprime cette fantaisie autant que je puis, parce que plusieurs la trouvent difficile à concevoir : et les auteurs même la représentent un peu obscurément et diversement.

Quant aux actions de la vie, ils sont en cela de la commune façon : ils se prêtent et accommodent aux inclinations naturelles, à Timpulsion et contrainte des passions, aux constitutions des lois et des coutumes et à la tradition des arts : Non emm nos Deiis ista sdre, sed tanhimmodo uH, voluit (1). Us laissent guider à ces choses-là leurs actions communes, sans aucune opination ou jugement : qui (ce qui) fait que je ne puis pas bien assortir à ce discours ce qu'on dit de Pj-rrhon. Us le peignent stupidf» et immobile, prenant un train de \'ie farouche et inassociahle, attendant le heurt des charrettes, se présentant aux précipices, refusant de s'accommoder aux lois. Cela est enchérir sur sa discipline : il n'a pas voulu se faire pierre ou souche ; il a voulu se faire homme vivant, chscourant et raisonnant, jouissant de tous plaisirs et commodités naturelles, embesoignant et se servant de toutes ses pièces corporelles et spirituelles, en règle et droiture. Les privilèges fantastiques, imaginaires et faux, que l'honmie s'est usurpé, de régenter, d'ordonner, d'établir la vérité, il les a de bonne foi renonces et quittés.

... H n'est rien en l'humaine invention où il y ait tant de vérisimilitude (vraisem'blmicé) et d'utilité : cette-ci présente l'homme nu et vide ; reconnaissant sa faiblesse naturelle ; propre à recevoir d'en haut quelque force étrangère ; dégarni d'humaine science et d'autant plus apte à loger en soi la divine ; anéantissant son jugement pour faire plus de place à la foi ; ni mécréant, ni étabhssant aucun dogme contre les observances communes; humble, obéissant, disciplinable, studieux; ennemi juré d'hérésie et s'exemptant, par conséquent, des vaines et irréligieuses opinions introduites par les fausses sectes : c'est une carte blanche, préparée à prendi'e du doigt de Dieu telles formes qu'il lui plaira d'y graver. Plus nous nous renvoyons et commettons à Dieu, et renonçons à nous, mieux nous en valons. « Accepte, dit l'Eeclésiaste, en bonne part, les choses au \àsage et au goût qu'elles se présentent à toi, du jour à la

(1) Car Dieu nous a refusé la connaissance de ces choses et ne nous en a accordé que l'usage. (Cicéron, De divinatione, I, xviii.)

loi, .\lii.\ 1 A li.M.. — t HA I'. i \

jduriK'i' : le dcniouiaiit est liors de la coiinaissaiico. » Doitiinus >r/7 axjilalioncs hominum, quwdain venue sunl (1).

Voilà coinmeiil, dos trois générales sectes de philosophie, les lieux t'ont expresse profession de dubitation et d'ignorance; et, (Il celle tics dogniatistes, qui est troisième, il est aisé à découvrir (|ue la pliipait ndnt pris le visage de l'assurance que pour avoir meilleure mine. Ils n'ont pas tant pensé nous établir quelque certitude que nous montrer jusqu'où ils étaient allés en cette clia.'^se de la véiilé : (juavi doeti fmgnvl magis, quam norunt (2).

Quelle que soit l'accent de conviction dos lignes qu'on vient de lire, le pyrrlionismc de Montaigne ne devait pas être de longue durée. Il a beau appeler les pyrrhoniens « le ])lus sage parti des ])hilosophes », avant même la publication de 1580 il aura tracé un progrannne de pédagogie dans son essai De V institut ion des enfants, ce qui n'est pas précisément le fait d'un sceptic|ue; un peu plus lard même, il déclarera formellement que le doute des académiciens est immodéré et que ses excès s'ex])liquent par le désir des j)liilosoi)lies de réagir contre les outrecuidantes affirmations des dogmatiques. En 157G donc, Montaigne ne se connaît pas encore })arfaitement et il n'est pas parvenu à sa })leine originalité. Il emprunte à nouveau un système j»liilosophique de l'antiquité, et ce système ne satisfait j)as (•(im|)lèt('ment ses besoins. A la différence pourtant du stoici nie de 1572, le pyrrhonisme ne lui est pas imposé par la mode, il apparaît même comme singulier et pass.iblement hardi, et il donne satisfaction à quelques-unes des tendances les plus profondes de son esprit. Le progrès dans le sens de la personnalité est donc très sensible.

(1) Dieu sait que les pensées des hommes no Sfint que vanité, (l'saumo cm, verset 11.)

(2) Que les savants furgent de leur imagination plutôt ((w'ils ne la cdunaissent.

Au point de vue de la forme, il en va de même. Si certaines parties présentent encore d'amples mosaïque de pièces empruntées à Plutarque et à Sextus Empiricus, il en est d'autres, de fort longues, qui coulent de source et ne doivent rien à personne. H serait vain de chercher dans V Apologie une méthode de composition hitermédiatre entre la forme très livresque de 1572 et la forme plus dégagée de 1579, car V Apologie me paraît avoir été écrite par fragments successifs et un peu à toutes les époques ; du moins, par le contraste même des diverses pièces qui la composent, saisissons-nous très bi?n l'opposition entre les deux manières. Montaigne a tendance à se dégager de ses anciennes habitudes. C'est que la lecture de Plutarque, en même temps qu'elle fortifiait en lui,' comme nous l'avons vu, son goût pour les problèmes moraux et l'habitude de la réflexion, substituait encore peu à peu un nouveau type d'essais à l'ancien. Au lieu d'être un bouquet d'exemples et de sentences, l'essai tend à devenir ce qu'est un opuscule de Plutarque, c'est-à-dhe un boucpiet d'obswvations pratiques et de réflexions personnelles.

Plus les réflexions qui les empUssent seront bien de Montaigne, plus il y jettera ses i}J"opres idées, et plus les Essais deviendi-ont personnels. Mais ils devaient le devenir bien davantage le jour où l'auteur déciderait d'y fane passer, non plus seulement ses opinions, mais ses goûts, ses humeurs, et toute sa personne physique et morale. Ce jom'-là, nous n'am'ons plu seiûement un compte rendu de ses méditations, nous aiu'ons son portrait tout entier. Nos idées sont bien à nous sans doute, mais elles sont ce qu'il y a en nous de moins individuel. Montaigne nous montrera ce qu'il a de plus individuel.

C'est petit à petit que ce dessein s'est formé dans son esprit. Au début il ne se mettait que rarement en scène, et toujours d'une manière discrète. Plutarcpie et Sénèque, dans leurs dissertations morales, racontent parfois, à titre d'exemples, d s faits auxquels ils ont assisté, des anecdotes dont ils ont été les héros. Bavard et gascon, Montaigne aimait sans doute à parler de lui-même. Il n'avait

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garde de se luoiitrer sur ce point plus réservé que ses maîtres, mais aussi n ne s'enhardissait guère à aller plus loin qu'eux. Un jour, deux ans seulement après l'époque mi il a commencé à écrii'c, dans un essai de 1573 ou 1574, il nous avait conté tout au long une aventure dans laquelle, renversé de cheval par un de ses gens, il avait failli mourir (l). L'affaire est narrée avec force détails. Tour qu'il se p^Tmette de faire tant de plaça à son Moi à l'époque où nous sommes, il faut que l'anecdote soit profitable, que It' lecteur en tire une utile morale. La leçon fera passer une ])areille indiscrétion.

Mais })i'u à peu l'audace lui viendra. A mesure qu'il se dégagera du stoïcisme, qu'il descendra aux détails pratiques et familiers de la conduite, que, cédant à son goût de moraliste, il cherchera à se rendre vraiment utile aux /autres et à lui-même, tout naturellement ses souvenirs j)ersonnels se presseront de plus en plus dans son œuvre. C'est dans ses impressions et dans ses expériences qu(î de plus en plus il cherchera des enseignements, et, quand il nous communiquera ces enseignements, nécessairement iin])ressions et expériences auront tendance à ne pas s'en sépnriM-. (Quelques-unes de ses lectures l'invitèrent à se ])Ousser sur le devant de la scène, tout en l'aidant à se mieux connaître. Les biographies, les autobiographies, les mémoircîs qu'il recherchait le faisaient pénétrer dans sa jHopre intimité non moins que dans celle de ses héros, et, eoiiune dans les biograplii(>s de Diogène Laërce il aimait à confronter la pratique de ses philosophes avec leurs théories, il s'habituait du même coup à toucher ses actions aux règles de la philosophie. A « coucher » tant de vies sur la sienne, il éclairait sa conduite d'une vive lumière et y attachait de plus en plus ses méditations. Ses poètes, qui étai nt pour lui des com])agnons de chaque jour, l'aidaient aussi à dém^-lei- s(>.s p/opv'es sentiments et à })rendre possession de soi-même. Parmi les huit cents citations en vers qui émaillent les Essais, sans doute beaucoup sont des

(1) Voir Essais, II, vi.

citations d'apparat, destinées simplement à orner sa [)rose, mais il en est qui le révèlent à Ini-même, qui lui découvrent un repli de l'âme humaine. Combien de l'ois, lisant son Horace, il y rencontra des portraits qui le peignaient lui, Montaigne, non moins que le poète de Tibur, des aveux qui ne lui convenaient pas moins qu'tà leur auteur ! Horace ne se piquait pas de grands sentiments. Comme Montaigne, qui lui ressemblait étrangement et par sa nature et par sa fortune, il ne rêvait que de vivre tranquillement et à son aise. Il le confessait sans cesse, sans cesse parlait de soi même, et ses confession avaient bonne gi âce. Montaigne e sentait de plus en plus enclin à l'imiter. Souvent il n'avait qu'à transporter dans les Essais les vers même d'Horace pour se confesser.

Mais par-dessus tout peut-être la maladie qui s'abattit si lourdement ur lui en 1578, et qui lui fit sentir davan- tage le poids de- années, le poussa à se replie' sur soi- ' même. Les malades et le . viei lards (1) sont volontiers bavards, bavards de leurs souvenh's lointains et de leurs maux piésents. Et puis, Montaigne n'a-t-il pas toujours désiré que sa méditation lui fût profitable? L'occasion s'offre d'essayer les effets. H a maintenant à supporter la douleur ; il sent ]a mort à ses côtés. Il faut les supporter l'une et l'autre le plus aisément possible. Montaigne nous parlera des crises de sa maladie, de ses craintes en présence de la mort, et il nous dii'a comment il en triomphe. Sa méditation demandait des cas humains : en voilà qui s'offrent d'eux-mêmes. Il a une pierre de touche où essayer ses idées.

Et voilà comment, un beau jour, Montaigne se dit à lui-même et dit à son lecteur : « Mon seul dessein est de me peindre, je ne fais que me raconter. » C'était une décou- x verte : il avait glissé là sans y penser. Mais cette décou- \o^ verte l'enchanta. EUe donnait à son li\Te une originalité, ' ^ une « étrangeté » qui le sauverait auprès du public. Et ,W^*

(1) ^N'oublions pas que Moutaigne n'a que quarante-cinq ans, mais, depuis qu'U est malade, il s'estime « vieux et décrépit ».

lOU .MoMAUiM;. — CIIAP. lY

puis, quand on a connu le pynhonisnic vt démasqué la it'Ialivité de la inoralo, on lit! croit plus aux |)iéceptcs universels ; ou ne peut plus moraliser qu'à roccasion do faits déterminés, bien certains. Où donc en trouverait-on de plus certains que dans sa propre expérience? La seule nH''lhode recevablc en morale, c'est d'exposer ces faits indiscutables et de les commenter, sans prétendre ta légiférer. Le lecteur s'aidera des observations faites par Montai,î^e sur lui-même pour s'observer à son tour, de ses commentaires pour s'en appliquer ce qui con\iendra à sa profire nature. Il écoutera Moutaiî^ne lui conter les réflexions ([iii le guérissent de la peur de la mort, et de ces réflexions il retiendra celles qui lui semblent eflflcaces pour le guérir de ses propres angoisses.

Du même coup voyez comme le titre d'essais prend un sens ])lein et expressif. Ce sont ses expériences que Montaigne nous fait connaître, les essais de sa vie. Et sous ce litre si nouveau il écrit la délicieuse préface qui s'applique si mal aux premiers chapilns el si liieii à ceux (pi'il compose maintenant.

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