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impliquaient dans co sonnent une protestation contre redit de toléiance accordé aux huguenots, de von* dans celte démarche la preuve d'une farouche intolérance ou d'uni' ;imbition démesurée chez Tami de La Boétie.
Je ne piétends pas assurer qu'en se défaisant d(^ sa charge Montaigne n'avait pas quelque arrière-pensée .'mbitieuse, mais je suis persuadé que d'antres motifs ont pesé davantage dans sa détermination. Et d'abord une déception qu'il subit à la fin de 1569 (1) n'y fut sans doute pas étrangère. Il siégeait à la Chambi'e des enquêtes, la moins élevée en dignité. Une chai'ge de conseiller s'étant trouvée vacante à la (Trand' Chambre, il la sollicita (il nvait donc bien encore à cette époque le désir de rester luagistrat); on la lui refusa parce que son beau-frère de r!*]stonnac siégeait déjà à la ( Iran d' Chambre, et on l'avert it par surcroît que l'accès de la Tournelle lui était éga- I 'mont interdit tant que son beau-père La Chassaigm^ en s 'rait le président. De toutes parts l'avancement était ol)strué.
Dans ces conditions, les fonctions de magistrat, qui de tout temps avaient pesé peut-être à sa nature indépendante, devaient lui sembler plus encore qu'auparavant ;iu-dessous de l'état de grand seigneur auquel la mort de nm père venait de l'élever. Il aspirait sans doute à vivre la vie brillante et oisive d'un châtelain, ])etit roi sur ses domaines. Peut-être ses terres demandaient-elles quelque surveillance. Chef de famille, il était convenable qu'il suivît l'exemple paternel et fît de Moutaigne sa résidence habituelle.
Enfin, et par-dessus tout, je ci"ois, il avait le goût des loisirs studieux. Il aimait la retraite. H se plaisait à lire e1 à méditer. Il veuait de ])ul)lier une traduction de la Théologie naturelle de Raymond Sebonde. N'était-ce pas marquer son désir de faire œuvre d'écrivain? Son premier
(1) Sur ce détail de la vie de Montaigne, tout récemment mis en lumière, on peut voir le Temps du 3 août 1911 et la Rei'iie de la Renaissance, juillet 1911.
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jicle iiprès la résiliation de sa charge fut de veiller à l'impression des (Ëiivres de La Boétie, et quelques jiréraccs de sa main en ont enriclii la première édition. N'allait-il |)as, comme son ami, essayer, lui aussi, ses « facultés naturelles »? Une inscription en latin placée par lui sur la paroi de sa bibliothèque, et qui ])orte la date du 28 février 1571, nous affu'me ce dessein de se consacrer aux muses. « L'an du Christ 1571, à l'âge de trente-huit ans, la veille des calendes de mars, anniversaire de sa luiissanee, Michel de Montaigne, depuis longtemps déjà ennuyé de l'esclavage de la cour du Parlement et des charges publiques, se sentant encore dispos, vint à ])ari se reposer sur le sein des doctes vierges dans le calme cl la sécurité ; il y franchira les jours qui lui restent à vivre. Espérant que le destin lui permettra de parfaire cette habitation, ces douces retraites paternelles, il les a consacrées à sa liberté, à sa tranquillité et à ses loisirs. » Nous pouvons faire crédit à cette inscription et admettre que l'amour de la traiu[uillité fut pour beaucoup dans la résolution de Montaigru', ce qui n'empêche pas que les raisons précédemment mentionnées," la vanité du gentilhomme surtout, n'y aient pu contribuer pour leur part.
(/'est dans cette retraite, consacrée aux « doctes vierges », que notre hnagiiuition se ])laît d'ordinaire à se représenter l'auteur des Essais. Des générations l'ont contemplé en pensée dans sa « librairie » qu'il s'était aménagée lui-môme au haut de sa tour pour y réfugier sa méditation loin des importuns, pour s'y soustraire « à la communauté et conjugale et liliale et civile ». Il est assis devant sa table de travail, feuilletant son cher Plutarque, ou bien, tout en marchant de long en large, il « remâche » la lecture qu'il vient d'achever. Il est tout enveloppé de ses mille volumes qui, rangés sur les rayons de la bibliothèque, font cercle autour de lui et tendent vers lui leurs titres en toute langue. Tout autour, sur les travées, il a gravé des maximes qui condensent pour sa pensée l'expérience des sages. Elles disent la vanité de riiomme, l'inutilité du savoir, la folie de notre itri^dinntimi 11 n";i qu'à lever les yeux [umv les
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rencontrer. Elles s'imposent à son imagination et elles l'emplissent. C'est la retraite du sage, du'( Thaïes moderne «, comme disait Juste Lipse. Les voyageurs qui font là un pieux pèlerinage en retrouvent encore l'image, car le temps et l'incendie, qui ont détruit presque entièrement la résidence seigneuriale, ont respecté ce sanctuaii'e. La chapelle est encore là au rez-de-chaussée de la tom", puis la chambre à coucher du pliilosophe à l'étage au-dessus, et tout en haut la pièce où fiu'ent ses li\Tes aimés, ténioms de ses réflexions solitaii'ee. Les voyagem's en imaguiation ne sont pas de ceux que Montaigne redoute. Ceux-là ne troublent pas sa solitude. H leur fait très civilement les honneurs de la tour. Au fond il est flatté que le pnlîhc sache son goût pour la retraite philosophique.
Cliez moi (1), je me détourne un peu plus souvent à ma librairie (biUiolJièqué), d'où tout d'une main je commande à mon ménage. Je suis sur l'entrée et vois sous moi mon jardin, ma basse-cour, ma cour, et dans la plupart des membres de ma maison. Là, je feuillette à cette heure un h\Te, à cette heure un autre, sans ordre et sans dessein, à pièces décousues. Tantôt je rêve ; tantôt j'enregistre et dicte, en me promenant, mes songes que voici. EUe est au troisième étage d'ime tour. Le premier, c'est ma chapelle, le second une chambre et sa suite, où je me couche souvent, poiu" être seul. Au-dessus, elle a une grande garde-robe : c'était au temps passé le heu plus inutile {le plus inutile) de ma maison. Je passe là et la plupart des jours de ma vie, et la plupart des hem'es du jour ; je n'y suis jamais la nuit. A la suite est im cabinet assez poh, capable à recevoir du feu pour l'hiver, très plaisamment percé ; et si je ne craignais non plus le soin que la dépense, le soin qui me chasse de toute besogne, j'y pourrais facilement coudre à chaque côté une galerie de cent pas de long et douze de large, à plaiu-pied, ayant trouvé tous les miu"s montés pour autre usa.îre à la hauteur qu'il me faut. Tout heu retiré requiert un
(1) E^t(iii>, 111, ur.
;{n MON lAICNK. — CHAI'. I"
prwiiiciioir : Jiics iiciisrcs doiiiioiif, si je les assis; mon esprit ne ^ va pas seul, eoiiiine si les jambes raf,nt.eiit. Ceux i\u\ étiulieiil sans livre en sont tous là. La figure en est, ronde et n'a de plat «pie ee qu'il faut à ma table et à mon siège, et vient m'otïranl en se courbant d'une vue tons mes livres ran/rés sur des pupitres à cinq degrés tout à l'environ. Elle a trois vues de riche et libre prospect et seize pas de vide en diamèire. En hiver, j'y suis moins continuellement: car ma maison est juchée sur un tertre connue dit son nom, et n'a point de pièce })lus éventée «pn^ cetti^-ci ; qui me plaît d'être un peu pénible et à l'écart, tant pour le fruit île l'exercice, qncs pour reculer de moi la presse, ("est là mon siège. J'essaye à m'en rendre la donu'nalidM jmre et à soustraire ce seul coin à la communauté cl conjugale, et filiale, et civile; partout ailleurs je n'ai ([uiine autorité verbale: en essence, confuse. i\liséral)le à num gré cpii n'a chez soi. où être à soi, où se faire particidièn^nu'Ut la cour, où s(t cacher ! L'ambition paye bien ses gens de les tenir toujours en montre comme la statue d'un marclié : uiiiijiia semiits est vuhjiki /(./- , hiiiii (]) : ils n'niit pas seulement leur l'elrait pour retraite.
^"all<m^ pa.s jmuriaiit prendre 'Montaigne jxmr un misantlirope on nïênio ))our un soiifaire. Ce serait lui faire tort (pie de li' représenter enfermé dans sa tour du matin an soir, sé([ues1ré, fuyant la bonne comj)agnie, pour mener l'existence d'un ermite. L'ascétisme n'est point du t(Mil son fait, et il méprise ces hommes qui s'adonnent aux livres avec tant d'ardeui- qu'ils en devieiment incisils et ((u'ils perdent le souci de bien vivre. Jamais il lu; tombera dans ces excès. Il est bien vrai que, à mesure ([ue l'âge et les maladies le rendront ])his « i)arti(ulier >- et moins j)ropre à la société civile, sa tour le retiendra davantage. Jusqu'au bout cependant il recherchera les com- ])agnies distinguées, il aimera la société des « honnêtes femnn-s » et le commerce des « liabiles et honnêtes lionmu's ». Nous sommes bien mal renseignés sur ce que fut sa vie. dans les premières années qui suivirent la vente de sa ( haigf. Je n- (huile pas ce|M'ndanl (pTil n'ait voisiné fort
(l) ("ost une grande scrvitudt! qu'une gnoidc fortuiir. (Si';.nk,ii i:, ' nnsolaiio ad Polybium, XXVl.)
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civilpineul avec k-s comtes de Giirson, ses amis d avec les ( liâte'lains d'autres gentilhommeries d'alentour. Quand ((uelque hôte de marque, passant dans 1p pays, venait le visiter chez lui, il l'accueillait avec empressement. Il y a, reçu Pelletier, comme son père avait reçu Bimel, et plus tard nous verrons le roi de Navarre à deux reprises loger au château de Montaigne avec toute sa suite. Il y a plus : il ne se défendait pas à l'occasion de se mêler des affaires publiques. En 1574 le Parlement de Bordeaux le charge d'une mission auprès du duc de Montpensier alors en Poitou. Quelques contemporains nous disent qu'il a porté les armes. Lui-même parle des choses militakes en homme qui en a tâté. Il n'est pas impossible qu'il en ait fait l'expérience précisément vers l'époque qui nous occupe, entre 1573 et 1576, à la reprise des guerres ci\àles (1). Les études qu'il aime n'envahissent donc point sa vie tout entière, et il est toujours prêt à faire des infidélités aux doctes vierges auxquelles il a voué sa vie.
La maladie sembla le rendre moins volage et le amener à elles, mais ce fut poiu- peu de temps et, les premières crises passées, elle lui servit même de prétexte pour rompre passagèrement tous ses engagements. Jusqu'à quarante ans notre philosophe avait joui d'une santé
(1) On a été dans cette voie jusqu'à le mêler ti'ès passionnément à la guerre do pamphlets que déchaîna la Saint-Barthélémy. D'après M. le docteur Armaingaud, Montaigne aurait à cette époque trans formé le Contre-un de La Boétie, dont il était le dépositahe, en un libelle ardemment séditieux, dirigé contre la personne du roi et contre le régime monarchique, et il l'aurait Uvré, ainsi travesti, aux protestants pour le publier au milieu de leurs pamphlets. Voir, sur cette thèse et sur les nombreuses objections qu'on y a faites, Armaingaud, Montaigne pamphlétaire, Véni^imedu Con/re-îi/i (Hachette, 1910). L'appui qu'a donné M. Courbet, dont on sait la grande autorité, à cette opinion de M. le docteur Armaingaud {BuUeiin du hibliophil^, 1910, p. 25R) nous obhge à la mentionner. Je dois dire pourtant que ie ne la crois aucunement fondée. Ceux qui se montrent le plus sensibles aux arguments de IvL 'e d .cteur Armaingaud, ne l'estiment pas démontrée et n'v voient qu une hypothèse; mais, même à titre d'Iiypothèse, ell'. ne me semble présenter aucune vraisemblance.
.;i' MOMAlGxNE. — CHAI'. 1
parfaite, pleine, allègre, entière comme il dit. Il portait en lui pourtant, sans le savoir, le germe de doulems bien ^•i\■es qu'il devait endiu'er par la suite. H était guetté par la maladie de la pierre, dont son père avait souffert dans ses vieux jours. En 1573 seulement ses eins commencèrent à le taquiner. Ce ne furent d'abord que des fièvTes intermittentes et faciles à supporter. Mais en 1578 le mal se déclara brutalement. Les premiers accès furent d'une violence inaccoutumée. Force lui fut de mener une vie plus sédentaire. Il annote son César pendant cinq mois ; il écrit bon nombre d'essais. Enfin, de'ux saisons d'eaux dans les Pyrénées aux stations alors fameuses d'Aigui's- Caudes et de Bagnères n'ayant donné que des résultats Irop passagers, il se décide à essayer des bains les plus renommés, ceux de Plombières, de Baden, do Lucques en Italie, etc. Et voilcà un excellent prétexte à faire un grand voyage dans le cen're de l'Europe, et surtout dans cette Italie oîî son imagination d'humaniste vivait depuis son enfance. Entendez bien qu'il n'a pas une confiance très robuste dans ces eaux tant vantées. Pourtant, s'il méprise toutes les formes de la médecine, celle-là lui paraît un peu moins vaine que les autres parce qu'elle n'emploie que des agents naturels. Et puis, si les bains ne le soulagent pas, il aura toujours le bienfait de la distraction, le plaisir do voir du jiays, d'observer des mœurs étranges, d'interroger des honunes qui lui sont inconnus. Ce profit-là n'est point du tout mépri:«able. Précisément, grâce à la bonne administration que; sa présence sur ses terres a rendue possible, il a depuis dix ans fait de notables économies, et son désir n'est })oint du tout de thésauriser, mais de jouir savamment de son épargne. Le départ fut peut-être un peu retardé par la publication des Essais. Elle occupa les premiers mois de 1580. Cette j)remière édition ne comportait (|ue deux livres, qui jiarurent chez le grand imprimeur du pays, le Bordelais Simon Millanges. Enfiîi le 22 juin il iiu)ntait en selle. "■ Nul (1) d'entre nous ne se p?ut vant( i ,
(Ij F.ssaK* I, \-\.\vjii.
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quelque voyage qu'il fasse à sou souhait, que cucore an départir de sa famille et de ses amis il ue se sente frissonner le courage, et si les larmes ne lui en échappent lout à fait, au nioius met-il le pied à l'étrier d'un visage morne et contristé. »